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Repère : Pourquoi tenter le diable ?

14 janvier 2015 à 10 h 00 min

La présidence de la République vient de dépêcher des émissaires à In Salah pour tenter de convaincre les protestataires de mandater une délégation à l’effet de discuter avec un représentant de Bouteflika de l’exploitation du gaz de schiste. Voilà donc ce qui arrive à un pouvoir qui scie la branche sur laquelle il est assis.

Dans un pays fonctionnant selon les normes de la démocratie moderne, la Présidence n’aurait pas eu besoin de convoquer des citoyens lambda pour discuter des choix politiques et économiques. Le débat sur ce genre de choix stratégiques pour le pays revient, naturellement, aux élus nationaux et locaux, aux partis politiques et à la société civile structurée. C’est le modus operandi d’un pays civilisé qui respecte son peuple et qui fait preuve d’un sens des responsabilités.

Tout ce beau monde va évidemment s’appuyer sur des experts du domaine pour peser et sous-peser la décision à prendre. Rien de tout cela n’a été fait s’agissant de l’exploitation, presque en catimini, du gaz de schiste à In Salah. Le pouvoir a, comme toujours, foncé tête baissée dans le forage de puits alors même que les citoyens de cette région ont fait savoir qu’ils sont catégoriquement opposés au projet.

Ni le ministre de l’Energie ni les experts dépêchés sur place pour prêcher la bonne parole n’ont réussi à faire plier une population, unie comme un seul homme pour dire : «Non au gaz de schiste !» Le fait que la Présidence prenne les choses en main, via cette méthode usuelle d’achat des voix discordantes pour étouffer la protesta, montre à quel point le pouvoir a cassé tous les ressorts de la société.

Il n’y a hélas plus aucune possibilité d’intermédiation sociale pour examiner et peut-être dépasser les divergences de vues sur des sujets qui engagent l’avenir de l’Algérie. Ayant réduit les partis politiques à une foultitude d’entités éparses qui évoluent en électrons libres dans une immense galaxie, le pouvoir a créé un vide sidéral autour de lui. Et avec un Parlement-appendice, une centrale syndicale complice et des partis politiques aux ordres, le pouvoir est quasiment dans la posture d’un soliloque.

Mais c’était sans compter sur la capacité des citoyens d’In Salah à résister au pouvoir d’Alger et à lui fixer une ligne rouge à ne pas dépasser.
Le mouvement citoyen d’In Salah est en l’occurrence un autre acte fondateur de la résistance populaire face aux tentatives de passage en force du régime. Il sonne aussi comme un avertissement des habitants de la région aux responsables – qui décident dans les salons feutrés d’Alger – qu’ils ne sont pas prêts à subir les dommages collatéraux de leur échec à mettre en place une économie hors hydrocarbures.

Le pouvoir de Bouteflika, qui a dilapidé une formidable cagnotte qui se chiffre en milliards de dollars, est aujourd’hui dos au mur. Les «injazate» déclinées tout le temps et sur tous les tons ne peuvent plus masquer une réalité bien têtue : sans la rente pétrolière, l’économie nationale ne vaut pas un clou.

Ce gaz de schiste que Bouteflika et ses ministres veulent imposer est impopulaire pas seulement à In Salah, mais dans toute l’Algérie. Il y a sans doute de brillants Algériens qui savent faire autre chose que vendre le sol et le sous-sol du pays. C’est cela le sens des responsabilités. Un passage en force risque de gazer l’atmosphère à In Salah et ailleurs. Le pouvoir serait mieux inspiré de ne pas tenter le diable.

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