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Les Algériens ont le droit de savoir ce que le pouvoir a promis à Madani Mezrag

26 décembre 2014 à 10 h 00 min

-L’appel au meurtre lancé contre Kamel Daoud a suscité une profonde indignation nationale et internationale. Mais pourquoi la classe politique a observé un silence assourdissant ?  

Notre parti, l’UCP, a réagi sur la page facebook où nous avons condamné fermement cet appel. Une attitude qui nous fait revenir à l’âge moyen. L’islam est une religion de tolérance et personne ne peut se substituer à Dieu. Aucun n’est mandaté pour être un intermédiaire et c’est là toute la force de notre religion. Nous n’avons pas compris cet appel qui démontre l’obscurantisme de ces gens qui rejettent l’autre. Nous sommes au XXIe siècle, alors que l’Algérie fait partie des pays qui appellent à l’abrogation de la peine de mort, aujourd’hui il y a encore des personnes qui appellent au meurtre. C’est une grave atteinte à la liberté d’opinion et d’expression.     

-Un appel qui fait replonger le pays dans les années d’islamisme et de violence…  

Nous avons l’impression que nous n’avons pas avancé depuis vingt ans. Notre expérience des années de terrorisme n’a pas servi à accepter notre pluralité. Car il faut comprendre qu’aujourd’hui notre société est plurielle. Nous sommes dans un Etat de droit où la loi protège le droit d’expression, et avoir une libre opinion est un droit également préservé par la Constitution.

-N’est-il pas temps de mettre en place un organisme qui prendrait en charge les fatwas ?  

Nous avons proposé un projet d’une nouvelle Constitution que nous avons remis à Ahmed Ouyahia dans le cadre des consultations politique. Ce projet définit la nature du régime établi sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs où le Président n’est pas ministre de la Défense ni même président du Conseil supérieur de la magistrature. Il ne doit pas non plus procéder aux nominations des ambassadeurs, il restera comme un simple arbitre et donner un statut pour le wali. Dans le même projet, nous avons proposé de constitutionnaliser les ressources du pays (eau, environnement, forêt…).

C’est également dans ce sens que nous avons proposé la création d’une Maison de fatwa. Pour lire un texte coranique ou l’expliquer, il faudrait, comme disait Rachid Benzine (islamologue), faire appel à la théologie. Nous avons besoin non seulement de gens de la religion mais de sociologues, psychologues, psychanalystes et d’autres scientifiques qui feront dans l’idjtihad pour le distribuer ensuite dans tout le pays. Une méthode pour faire barrage aux charlatans. Mais nous assistons aujourd’hui à ce silence du pouvoir face à ces charlatans, car il a encore besoin de manipuler à travers la mosquée. On se souvient tous comment l’ancien ministre des Affaires religieuses a utilisé la mosquée dans la propagande partisane en distribuant des tracts pour appeler les gens à aller voter lors de la présidentielle 2014. L’Etat a enfreint la loi des élections ! Lorsque j’ai dénoncé cette pratique, le ministre a rétorqué qu’il n’a pas précisé dans sa propagande sur quel candidat doit-on voter !   

-Madani Mezrag dit avoir fait un compromis avec le pouvoir. La charte sur la réconciliation a-t-elle été bafouée ?

Il faut se demander aujourd’hui avec qui ces gens se sont réconciliés. Ils n’ont jamais admis leurs crimes et actes, encore moins demandé pardon. Il n’y a pas eu de demande de pardon au peuple. Ils se sont réconciliés avec le pouvoir. La charte pour la paix et la réconciliation nationale est claire sur cette question. Elle a tout prévu pour que notre pays ne retombe pas dans la fâcheuse expérience. Dans son article 26, ces assassins n’ont plus le droit de revenir sur la scène politique. Une réconciliation ne peut pas se faire sans pardon. Ils reviennent aujourd’hui avec la même audace, la même haine et avec le même état d’esprit. D’où ma conviction que cette réconciliation n’est pas faite sur de bonnes bases. Madani Mezrag dit aujourd’hui qu’il a passé un accord avec le pouvoir pour lui permettre d’activer politiquement.

De quel accord parle-t-il ? D’un compromis verbal ou d’un décret ? Il n’y a aucun accord écrit entre les deux parties. Aucun texte ne peut venir aujourd’hui à l’encontre d’une loi déjà existante. Si ce texte existe entre Madani Mezrag et le pouvoir, donnez-nous les références. Pis encore, une déclaration qui met ce pouvoir à nu puisque Madani Mezrag dit qu’il activait depuis 2002 en toute illégalité, alors que les partis politiques et la société civile peinent à le faire même s’ils réunissent toutes les conditions réglementaires ! C’est le pouvoir lui-même qui enfreint l’article 42 de la Constitution et la loi organique des partis politiques de 2012 qui stipulent l’interdiction de créer des partis politiques basés sur la religion, alors que ces gens affichent leur volonté de créer un Etat islamique. La grande question qu’on se pose aujourd’hui : où est l’Etat de droit ? S’agit-il seulement d’un slogan ?

En août dernier, des éléments de l’AIS se sont regroupés à Jijel sous la protection de la gendarmerie et on voyait clairement Madani Mezrag de remercier les éléments de la Sûreté nationale et autre autorité pour la réussite de leur événement. L’Etat a malheureusement cautionné. Y a-t-il un intérêt derrière cette attitude ? Les Algériens sont en droit de savoir ce qui s’est passé entre les deux parties et pourquoi le pouvoir cautionne toutes ces illégalités, si réellement il n’a rien à cacher. Le pouvoir fait dans l’opacité la plus totale. Nous ne comprenons pas cette politique de deux poids, deux mesures. L’Etat doit rendre des comptes et s’il a des intérêts à défendre, qu’il assume.

-Nous avons l’impression que l’opposition peine encore à exister et que vous n’arrivez pas à vous entendre entre vous…   

Les membres qui composent la CNTLD ont tous effectué un passage au pouvoir. Ils se sont rapprochés du pouvoir, ce qui explique leurs pratiques ! Moi-même j’ai assisté à la première conférence de l’opposition et lorsque j’ai osé faire la remarque de la forme et lancé un appel sur la nécessité de trouver une meilleure méthode de faire mobiliser le peuple pour opérer un changement et créer un mécanisme de suivi, voilà que je suis exclue de la deuxième conférence organisée par le RCD. Depuis, je ne suis plus invitée. L’opposition est un comportement et non un discours.

Dès que nous affichons notre différence, tout le monde nous tombe dessus. C’est exactement le comportement du pouvoir. Nous sommes encore dans le complexe de leadership. Regardez l’exemple de la Tunisie qui nous a donné une bonne leçon de démocratie. Aujourd’hui, une rencontre nationale qui englobera toutes les parties s’impose pour sortir de la crise. La crise nous entoure de partout. Le débat doit se concentrer sur la gestion des affaires publiques. A commencer par moderniser le fichier électoral et rendre l’administration transparente, ainsi que le Conseil constitutionnel… Il y a absence de toute volonté politique. Pourquoi le pouvoir tarde à mettre les cartes d’identité nationales biométriques, alors que le gouvernement avait affiché sa disponibilité de le faire en 1994. C’est grâce à cela qu’on peut frauder durant les élections.    

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