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«L’Algérie a besoin d’une deuxième sidérurgie»

17 février 2013 à 10 h 00 min

– Qu’est-ce qui empêche, d’après vous, le gouvernement algérien d’investir dans  les gisements de Gara Djebilet et Mecheri Abdelaziz ?
 

C’est une opération très lourde. Sur deux aspects au moins. D’abord la localisation du gisement : implanter une activité minière assez intense, aussi loin, c’est très coûteux. Le deuxième aspect est lié à la composante du minerai lui-même, un minerai acide avec des teneurs importantes en phosphore et autres éléments pénalisants. C’est un minerai qui est quand même riche en teneur en fer  (jusqu’à 58%). Jusqu’à la fin des années 1980, on ne savait pas encore comment en éliminer à moindre coût les éléments pénalisants. Dans ce projet, il y a aussi  plusieurs variables, des inconnues. On ne sait pas par exemple quel type de solution technologique sera apporté pour traiter ce minerai problématique.

On ne sait pas non plus quel type d’énergie sera utilisé, ni l’endroit où sera localisée l’activité parce qu’il faut une usine sidérurgique. Devrons-nous la localiser à Oran  ? A l’intérieur ou au centre du pays ? Ou bien ne faudrait-il pas la mettre chez nos voisins. Peut-être qu’il vaut mieux faire ce projet avec les Marocains ou les Mauritaniens. Parce qu’il faut bien rappeler la dimension géopolitique non négligeable d’un tel projet : peut-être que le réaliser dans un cadre de partenariat international réduirait considérablement les coûts en donnant (à ce projet)  une ouverture sur l’Atlantique. Dans tous les cas de figure, la solution ne sera pas qu’algérienne. Des obstacles devraient être levés et il faut passer aussi par le règlement de la question du Sahara occidental.

 

– Gara Djebilet a reçu la visite et suscité «l’intérêt» de grands groupes étrangers. Exemple, le brésilien Vale qui exploite la plus grande mine de fer au monde.
 

Pour le  moment, on est au stade des vœux pieux. Des visites puis on ne sait rien du tout. C’est opaque. On ne sait pas ce qu’ils proposent… Mais je pense qu’il faudrait localiser la sidérurgie en Algérie, ne pas se limiter à extraire le minerai et l’exporter à l’état brut. Ce n’est pas une très bonne idée. Je sais que l’option de l’extraction primaire et l’exportation a été mise sur la table. La réindustrialisation du pays commande la localisation en Algérie de cette industrie et de  rechercher l’offre qui irait le plus sur le produit fini.

 

– Le titre minier a été adjugé officiellement à Sonatrach. Un titre d’exploration. Pourquoi Sonatrach alors que les mines ne sont pas son domaine de prédilection ?  
 

Je pense que c’est à la fois une opération politique et financière. La dimension financière transparaît nettement. Gara Djebilet est un projet lourd, coûteux que seule une entreprise de l’envergure de Sonatrach est en mesure de dégager les investissements qu’il faut. Je ne pense pas pour autant que Sonatrach sera  un acteur technique mais plutôt un partenaire financier. Sonatrach est une holding financière. Cela peut donc être pour Sonatrach une belle opportunité financière en apportant des fonds pour un projet qui lui-même rapportera une plus-value soit à travers des dividendes, soit à travers une cession ultérieure ou en prenant des actions dans la société future qui exploitera le gisement. Mais on voit bien qu’il y a un enjeu financier très important.

 

– Comment expliquer que d’un côté on ait une  demande nationale assez conséquente, 5 millions de tonnes/an, et d’un  autre, on a recours systématiquement à l’importation, notamment par ArcelorMittal Annaba ?
 

Dans une activité économique, il y a toujours une part d’importation : on ne peut pas être totalement autosuffisant. Le modèle du complexe El Hadjar a toujours été un modèle «coke». L’Algérie n’a pas de charbon. On l’a donc toujours importé, sauf durant l’époque coloniale. On est donc importateur de charbon. Autre aspect de nuance  : le complexe El Hadjar, dans son process actuel, ne peut pas couvrir toute la demande en acier. Il y a une inadéquation entre l’offre et la demande. Aujourd’hui, on estime la demande en acier globale à  5 millions de tonnes par an. Historiquement, El Hadjar n’a jamais dépassé 1,4 million t/an. C’était son record, sa capacité prouvée. Et puis, il y a une inadéquation de profil, de type d’acier, il y a des aspects dimensionnels  qui font qu’on ne peut pas tout faire, tout produire au complexe El Hadjar. C’est d’ailleurs pour cela qu’il nous faudrait passer à une deuxième sidérurgie.

 

– Vous parlez comme si l’importation est une fatalité…
 

On restera importateurs… jusqu’à ce qu’on ait une 2e sidérurgie d’une taille équivalente à El Hadjar, mais sur d’autres produits. L’importation d’acier est, chez nous, structurelle et il n’appartient pas à El Hadjar, seule, d’y répondre dans l’intégralité. Toutefois, nous avons la possibilité de développer des investissements qui permettraient d’atteindre au minimum les 2 millions de tonnes de la capacité du complexe. Et même davantage. Mais pour ce faire, il y a une dimension de négociations pour espérer au moins atteindre le cap jamais franchi de 1,4 mt/an.
Faut-il rénover la zone chaude (haut fourneau) ou bien passer à une nouvelle technologie de substitution ? C’est un investissement lourd auquel le gouvernement algérien ne peut se soustraire et doit s’y impliquer. Sauvegarder et développer l’industrie structurante ne peut pas se passer d’un consensus stratégique entre le gouvernement algérien et ArcelorMittal Steel. Et je crois que si le dialogue n’a pas abouti, c’est parce que justement il porte sur des choix stratégiques. Car il faudrait reconfigurer tout le schéma technologique. L’enjeu est de savoir si on restera sur la technologie de zone chaude, du charbon, ou passer à la technologie électrique, des fours électriques ou fonctionnant au gaz naturel. Est-ce qu’il ne faudrait pas par conséquent troquer le minerai naturel par de l’acier recyclé ? C’est une reconfiguration lourde qui fait appel à une reconfiguration des profils et des personnels. Ça peut aussi faire appel à des délocalisations.

 

– La conjoncture économique mondiale marquée par la baisse de la demande mondiale sur l’acier n’hypothèque-t-elle pas un projet du type Gara Djebilet. Sinon faut-il en faire abstraction et  s’y lancer  malgré tout ?
 

On est dans une économie mondialisée. Si le minerai existe ailleurs à moindre coût, ma foi il faudrait l’importer. Maintenant tout est dans l’analyse comparative. Si aujourd’hui Gara Djebilet devient un produit compétitif, il faudrait l’exploiter. Si Gara Djebilet reste cher comme il y a 15, 20 ans,  il ne sert à rien de l’exploiter juste pour le prestige national et perdre de l’argent. Il faut avoir un peu de visibilité à long terme.
Un projet type Gara Djebilet est de toute façon un projet à moyen terme. Pour ce qui est de la demande mondiale, elle va redémarrer, dans dix ans, selon des prévisions. Si on fait le choix aujourd’hui de la relance de la sidérurgie métallurgie algérienne ça ne peut se faire que sur perspective de dix ans et plus.

L’analyse ne doit pas s’arrêter sur le seul fait qu’aujourd’hui la demande est faible et les prix sont bas car la question est de savoir quelle en sera la demande sur 20 ans et que dois-je dès à présent faire  pour y répondre ? Relevons aussi que tous les pays émergents misent sur la sidérurgie. Au Brésil, au Mexique, en Inde… des investissements sidérurgiques énormes sont en train de se faire. Se positionner comme pays émergent veut dire avoir d’abord une sidérurgie.  
Encore une fois, la sidérurgie est en amont de toutes les industries, en amont de toute politique industrielle. Alors  d’un point de vue stratégique, c’est inévitable : on doit passer par là. On ne  peut pas se désarmer comme ça, il faut y aller.
 


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