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La marche de «l’union» a eu lieu à Béjaïa

21 avril 2014 à 10 h 00 min

A Béjaïa, la marche a drainé au moins 3000 personnes qui ont pris le départ, dans une bonne ambiance, du campus de Targa Ouzemour.
C’est le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK, non agréé), avec ses nombreux militants et sympathisants, qui a pris la tête de la procession en formant le plus gros carré. Le président du conseil national du MAK, Mouloud Mebarki, était là. Foisonnant de drapeaux amazighs et de banderoles, le carré makiste s’ébranle avec une bannière colorée de la section de Sidi Aïch frappée de l’effigie de Ferhat M’henni. Suivent d’autres : «Pour l’autodétermination du peuple kabyle», «Pour la vérité et la justice»… Jeunes dans leur totalité, les marcheurs du MAK ont crié les slogans inépuisables nés dans la douleur et la colère des tragiques événements du 2001 : «Pouvoir assassin», «Kabylie autonome».

Ils ont aussi répété les slogans reprenant la revendication que le Mouvement a remplacée, depuis plus de deux ans, par l’autodétermination lors de son congrès de Bouzguène, à Tizi Ouzou, en décembre 2011. Les carrés sont séparés. Celui du Mouvement culturel berbère (MCB) est visiblement mieux organisé ; les encadreurs se distinguent avec leurs gilets jaunes. Le lien avec le Printemps berbère est établi en témoignant de la fidélité inaltérée à la mémoire de Mouloud Mammeri : «Da l’Mouloud mazal agh dimazighen» (Da l’Mouloud nous demeurons toujours des Amazighs). Les slogans sont déclinés sur des banderoles dans les trois langues amazighe, arabe et française : «Le respect des libertés démocratiques», «Tamazight langue nationale et officielle»… «On ne peut espérer l’officialisation de tamazight sous une dictature», donne à lire un panneau en polystyrène. Des clins d’œil sont faits en direction des Mozabites et des Chaouis. «Assez de sang mozabite coulé. Basta, basta !» s’indigne-t-on sur une pancarte écrite en kabyle et portant des photos de victimes mozabites des douloureux événements de Ghardaïa.

«Ichawiyen, Iqbayliyen (Chaouis, Kabyles) des frères pour toujours», déclare en chaoui une autre pancarte qui dit la solidarité du «MCB avec nos frères ichawiyen et imzabiyen». Le RCD ferme la procession avec un carré moins bruyant et surtout moindre de la foule qui a répondu pourtant en nombre pour les marches du 15 avril dernier. En tête, trône la fameux couplet de Matoub Lounès : «Ma ulach tamazight, ulac, ulac, ulac,…» qui a survécu au défunt chanteur-poète. «126 assassinats et pas un coupable», rappelle une autre banderole du RCD en mémoire des victimes du Printemps noir. Parmi les marcheurs aussi, un groupe d’étudiants manifeste, la bouche bâillonnée, pour réclamer l’«union». «On ne se reconnaît dans aucun parti» déclare l’un d’eux à El Watan.

La procession est accueillie par des chants de Matoub diffusés au niveau de la cité CNS, où sont accrochées des banderoles à l’effigie du Rebelle. «Nous refusons de plier» dit l’une d’elle. Là s’arrête la marche de «l’union». Les carrés du MCB (qui y dépose une gerbe de fleurs) et du RCD observent une minute de silence, tandis que le MAK continue sa marche jusqu’au siège de la wilaya, où les esprits s’échauffent. Quelques jeunes, décidés à en découdre avec les forces de sécurité stationnées en nombre à l’intérieur du siège de la wilaya, les attaquent à coups de pierres et tentent de défoncer le portail que des policiers soutiennent.

A quelques mètres de là, Mouloud Mebarki tient un rassemblement au moment où des militants du MAK tentent avec peine d’éviter le dérapage. Parallèlement, à la cité CNS, le calme règne. Les intervenants du MCB, Aziz Tari et Djamel Ikhloufi, qui ont rappelé la revendication de la reconnaissance de l’identité et de la langue amazighes, réclament de baptiser le rond-point Dawadji «rond-point du 19 mai 1981» et dénoncent la «récupération» de la mémoire de Saïd Mekbel lors de l’inauguration de sa stèle, le 16 avril dernier.  Les deux rassemblements ont pris fin au moment où la situation s’exacerbait devant le siège de la wilaya, où les manifestants ont réussi à défoncer le portail. Les forces antiémeute se sont alors déployées et ont usé de gaz lacrymogènes jusqu’au niveau des cités environnantes. A grand renfort policier, dont de nombreux éléments en civil, des arrestations ont été opérées parmi les manifestants qui ont été poursuivis dans les rues. Le calme est finalement revenu quelques heures plus tard.

 


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