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La caution politique du parlement

30 janvier 2008 à 21 h 01 min

Et pourtant, le parlement qui est censé être le creuset des préoccupations nationales était fortement interpellé par l’actualité nationale et internationale de ces derniers jours et méritait bien un petit clin d’œil dans les discours de clôture. La détérioration du pouvoir d’achat des citoyens qui a atteint le seuil de l’intolérable, la grève des lycéens qui a ébranlé le secteur de l’éducation et qui est un sujet de grande préoccupation pour les parents, la situation sécuritaire marquée durant la session parlementaire qui vient de s’achever par une série d’attentats terroristes particulièrement sanglants, tous ces événements auraient dû naturellement s’inviter sinon dans les débats de la session d’automne, du moins être évoqués en bonne place dans les traditionnels discours de clôture.
Encore une fois, le parlement est passé à côté de son sujet d’actualité, il détourne le regard du vécu des Algériens pour s’intéresser aux joutes politiques. Dans une partition bien réglée, l’APN, le Sénat et l’Exécutif en la personne du chef du gouvernement, M. Belkhadem, se sont exprimés à l’occasion de la séance de clôture du parlement pour mettre l’accent sur la nécessité et l’urgence de la révision de la Constitution. Après les soutiens des deux partis de l’Alliance présidentielle, le FLN et le RND en attendant celui du MSP et de certaines organisations satellites du pouvoir au projet de réforme constitutionnelle et au principe de la prorogation du mandat de Bouteflika, il ne manquait plus que l’onction parlementaire pour donner une légitimité populaire à cette revendication qui est présentée, comme l’a fait le président du Sénat, comme une aspiration de l’ensemble du peuple algérien dépassant les intérêts de groupes et les luttes d’appareils. La montée au créneau du parlement avant terme, avant même que le président ne confirmât officiellement son intention de réviser la Constitution et n’annonçât sa candidature appelle deux remarques. La première tient à la forme de la démarche politique mise en œuvre. Autant on peut concéder au chef du gouvernement qu’il s’exprimât sur la révision constitutionnelle – encore faudrait-il qu’il le fasse sans parti pris et sans a priori – autant le parlement n’a constitutionnellement et politiquement aucun avis à donner, à ce stade de la maturation du projet. Le parlement légifère, il n’a pas vocation à parler ou à décider au nom de l’Exécutif ou du président de la République. Lorsque le parlement suggère – cette cause est-elle déjà entendue au plus haut niveau du pouvoir ? – qu’il est le cadre institutionnel le plus indiqué parce que étant l’émanation de la volonté populaire pour se prononcer sur le projet de révision constitutionnelle, il outrepasse ses prérogatives. Et donne du grain à moudre à ceux qui estiment que les jeux sont déjà faits aussi bien pour la révision constitutionnelle que pour l’idée d’un troisième mandat pour Bouteflika et que toute l’agitation politique faite autour de cette question n’est qu’illusion démocratique. La même remarque vaut pour le président du Sénat qui fait, lui aussi, campagne avant la lettre, parle au nom du peuple et relève tout de go que la révision constitutionnelle est une exigence nationale portée par de larges pans de la société.

Sous-traitance politique

Dans le fond , la démarche du parlement qui fait de la sous-traitance politique au profit du projet de révision constitutionnelle devant ouvrir la voie à un troisième mandat pour Bouteflika incline à penser que le débat sur la question de savoir si le projet de révision constitutionnelle sera soumis au peuple par voie référendaire ou par le truchement du parlement est déjà tranché dans les sphères de décision. Selon toute vraisemblance, à bien décoder les messages politiques clairs des présidents du parlement et du Sénat, c’est la seconde option qui a été retenue. L’idée d’un référendum s’annonce politiquement comme un pari très risqué quand on se rappelle le taux élevé de l’abstention enregistré lors des derniers scrutins. Les présidents de l’APN et du Sénat ont-ils été mandatés par Bouteflika ou son entourage pour apporter leur caution politique au projet de révision constitutionnelle et au principe d’un troisième mandat ? Qu’est-ce qui empêcherait le président Bouteflika d’annoncer lui-même la couleur au lieu de déléguer, par petites touches, ses pouvoirs à des institutions ou des personnalités qui le font à sa place ? La démarche suscite une suspicion légitime auprès de l’opinion. A présent que le parlement se soit saisi du dossier, la déclaration du chef du gouvernement, M. Belkhadem, selon laquelle la décision de réviser ou non la Constitution est du seul ressort du président de la République laissant entendre par là que rien n’est encore décidé tant que Bouteflika ne se serait pas prononcé sur le sujet, a beaucoup de peine à convaincre l’opinion que le train à très grande vitesse de la révision constitutionnelle n’est pas encore lancé alors qu’il a atteint sa vitesse de croisière avec le soutien institutionnel du parlement. Belkhadem jure la main sur le Coran ne rien savoir des intentions du Bouteflika en la matière. Ni s’il ambitionne de briguer ou non un troisième mandat ni ce qu’il envisage d’amender dans la Constitution. Comme il dit ignorer si Bouteflika entend apporter des aménagements de fond à la Constitution touchant aux équilibres institutionnels ou s’il cherche uniquement à revoir certaines dispositions constitutionnelles. L’allusion est certainement faite à l’article 74 régissant la question de la durée du mandat présidentiel. Pris à l’exercice difficile du jeu d’ombres chinoises auquel il s’est livré devant les parlementaires en s’exprimant sur le sujet, Belkhadem a trahi sans le vouloir un secret qu’il n’est pas censé savoir en révélant que dans la mouture officielle du projet de révision constitutionnelle l’Islam en tant que constante nationale ne sera pas touché.
Ce qui laisse supposer qu’il est dans le secret des dieux, qu’il a entre les mains une copie du projet du président de la République.
Alors, à quoi rime tout ce battage politico-médiatique auquel nous assistons ? Pourquoi et à quelle fin cultive-t-on ce faux suspense qui paralyse la vie du pays et place les partenaires étrangers dans une position d’expectative pour ne pas dire de doute et d’incertitude ? Qui cherche-t-on à convaincre et de quoi ?

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