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Ali Benflis : L’homme de loi qui veut réformer le pouvoir

17 avril 2014 à 10 h 00 min

En plus de ses 50 ans de carrière dans les tribunaux, Ali Benflis peut aujourd’hui se considérer comme un homme politique accompli. Clamé par les foules, redouté par ses adversaires, le candidat au poste de président de la République concentre sur lui d’énormes espoirs populaires et devient la cible à abattre pour Bouteflika et ses partisans. Qui est donc ce présidentiable qui fait peur au sérail ? Si Ali, comme l’appellent ses proches, est né le 8 septembre 1944 à Batna, dans une famille de notables lettrés qui a donné beaucoup à la Révolution algérienne. Son père Belkacem, assassiné par l’armée coloniale en 1957, a fait des études de théologie à l’université Zitouna de Tunis avant de diriger, à Batna, la médersa de l’Association des oulémas musulmans.

Ce creuset familial dévolu au savoir a forgé le caractère de Ali et déterminé son avenir, celui de brillant juriste d’abord et d’homme d’Etat ensuite. En 1968, désigné à un poste à Blida, il rejoint les premières promotions de magistrats de l’Algérie indépendante. Ensuite, il occupe des fonctions au ministère de la Justice avant de revenir dans sa ville natale comme procureur de la République. «Avec nous, les plus jeunes de la famille, il était autoritaire et solennel. Il voulait qu’on ait la meilleure éducation et qu’on suive le modèle de travail et d’abnégation de nos aînés», raconte son neveu, Tahar. En effet, toute la ville de Batna salue le personnage à cette époque. «Son autorité, il la tirait aussi de sa fonction de juge. A cette époque, un juge pesait beaucoup aux yeux des populations. Le juge, on ne le voyait jamais dans un café ou en train de fumer une cigarette dans la rue», ajoute Tahar.

Une brillante carrière

Il quitte néanmoins la magistrature pour devenir avocat et ouvre son cabinet à Batna. Commence alors une longue carrière dans la défense où il va faire montre d’un savoir-faire et de compétences enviables au perchoir. Belkacem Ghoggali, son collègue et compagnon durant ces années, raconte que l’avocat Ali Benflis «se distinguait par ses idées et son attachement aux droits de l’homme, y compris durant les années de plomb du parti unique». Notre interlocuteur nous confie aussi que c’est grâce à sa forte personnalité que Ali Benflis est devenu un personnage central et incontournable au sein du bâtonnat de Constantine dont dépendait encore la région de Batna, jusqu’à devenir bâtonnier.

Cependant, «il fera un seul mandat avant de se retirer en dépit de l’insistance des avocats le jour de l’élection», insiste encore Me Ghoggali, comme pour souligner le renoncement du personnage et son attachement au principe d’alternance. En 1987, il fonde, avec d’autres juristes, la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH). Au lendemain des événements d’Octobre 1988, la Ligue est reçue par le président Chadli Bendjedid. Ali Benflis, jusque-là inconnu dans le milieu politique, est remarqué par le chef de l’Etat. Quelques semaines après, il intègre par la grande porte le gouvernement de Kasdi Merbah, qui lui confie le portefeuille de la Justice. Un poste qu’il gardera au sein des gouvernements de Mouloud Hamrouche et de Sid Ahmed Ghozali, avant de démissionner le 21 juillet 1991.

Pendant cette période aussi, il est élu au comité central du FLN et au bureau politique jusqu’à devenir secrétaire général du parti en mars 2003. Cette carrière politique, adoubée par l’occupation de hautes fonctions au sein de l’Etat, galvanise le personnage qui affiche ses ambitions en visant le palais d’El Mouradia en 2004, défiant Abdelaziz Bouteflika pour qui il avait assumé la charge de directeur de campagne et ensuite de chef de gouvernement avant d’être démis quelques mois avant l’échéance électorale.

Retour en force

Benflis perd le pari et crie au complot avant de se raviser et d’accepter son sort, sans jamais admettre la défaite. Il reste en hibernation pendant dix ans avant de revenir, en 2014, au-devant de la scène comme candidat et sérieux rival face à son vieil ennemi.Mais ambition ne rime pas avec abus de pouvoir et profit pour Ali Benflis, témoignent ses proches. En dépit des fonctions supérieures qu’il occupe, sa relation avec sa famille n’a pas changé : «Au contraire. Nous ne connaissons pas ses bureaux en tant que responsable à Alger. Vous pouvez aussi demander aux services de sécurité, pas une seule fois on ne les a sollicités, même pas pour un permis de conduire. Ni wali, ni maire, ni chef de daïra, jamais nous ne sommes allés quémander un privilège. Il n’aime pas être gêné et nous l’avons saisi sans qu’il nous le dise.»

Intégrité, rectitude. Ces deux qualités sont soulignées par de nombreuses personnes que nous avons interrogées à Batna au sujet de Benflis. C’est aussi quelqu’un qui n’a jamais coupé les ponts avec sa région d’origine et le microcosme social qui l’a vu naître et grandir. «C’est vrai qu’il a quitté Batna depuis de longues années, mais il n’y a jamais eu de distance entre lui et nous. Il a gardé son ascendant et sa position dans la hiérarchie familiale est intacte», affirme encore son neveu. Son collègue, l’avocat Belkacem Ghoggali, confirme : «Nous avons gardé nos relations pendant tout ce temps où il a occupé ces postes de responsabilité, jamais il n’a oublié ses origines et la ville où il s’est émancipé professionnellement. D’ailleurs, son cabinet de groupe d’avocats est toujours ouvert ici, à Batna.»

Ce sont ces qualités qui assurent à Ali Benflis son assise populaire aujourd’hui. Sa force politique qui émerge, il la doit aussi à ses positions que beaucoup considèrent comme respectables et à des réalisations jugées réformatrices, accomplies du temps où il était aux commandes de la justice et ensuite à la chefferie du gouvernement, à l’image de l’institution de la loi régissant les corporations des huissiers de justice, des notaires et des commissaires-priseurs et l’institution du statut des magistrats et du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). D’ailleurs, le projet de renouveau national qu’il propose aux Algériens ressemble beaucoup au personnage et à son parcours en tant qu’homme de justice d’abord, en tant qu’homme politique ensuite.

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