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Pourquoi 2019 n’est plus écrite dans la loi de finances pour l’Algérie

31 décembre 2018 à 11 h 00 min

Les éléments de cadrage macroéconomique de la loi de finances pour 2019 que vient de signer le président Bouteflika sont-ils réalistes ? Ils pouvaient paraître ainsi au moment de la présentation de l’avant-projet de loi devant le conseil des ministres il y a près de trois mois. Un pétrole qui ne soit en dessous des 50 dollars le baril, une croissance qui reste soutenue au dessus des 3% et une inflation contenue sous les 5% pouvaient être des objectifs et des références défendables par le gouvernement dans le contexte de la fin de l’été 2018. Depuis rien ou presque n’est plus pareil.

Le prix du baril de brut, après avoir continué sa hausse pendant le débat parlementaire sur le projet de loi, a dévissé et menace de poursuivre sa baisse sous les 50 dollars dans les prochaines semaines, de sorte que la moyenne annuelle choisie pour le prix de référence n’est plus du tout aussi prudente qu’elle n’y paraissait au début. La prévision de croissance, portée par l’investissement public et privé, ne peut pas s’en ressentir.

Déjà les impayés dans le secteur du BTPH sont revenus empoisonner le climat des affaires au second semestre 2018. L’incertitude politique sur le sort des présidentielles d’avril prochain, et donc du pays, s’est aggravée au dernier trimestre, entraînant des reports en cascade de décisions d’investissements dans des secteurs fortement exposés à la réglementation.

Enfin, la prétention de contenir la hausse des prix en dessous des 5% devient, dans un tel contexte, encore plus suspecte. Le déficit du budget va continuer à se creuser, et avec lui le recours à la planche à billets, qui a déjà largement dépassé son plafond suggéré en 2017, de 2000 milliards de dinars. Les tensions inflationnistes déjà relancées par la dépréciation du dinar et la rareté de certains produits régulés par les importations, menacent d’impacter plus lourdement l’activité en 2019.

Avec peut-être un train de mesures d’ajustement des prix subventionnés dans une LFC pour 2019 une fois passée, si elle est passée, l’échéance des présidentielles. De tous les points de vue observés, le document signé par le président de la République jeudi dernier paraît très fragile dans ses présupposés et sa trajectoire. 2019 n’est pas écrite dans la loi de finances pour l’économique algérienne. Elle est écrite ailleurs.

Il y a dix années, l’économie mondiale abordait en 2009 son annus horribilis du siècle. Les perspectives de croissance mondiale pour 2009-2020 n’ont, bien sûr, rien à voir avec celle de la crise financière 2008-2010. Mais elles ne rassurent personne. La croissance restaurée grâce à un triptyque détonant de déficits publics croissants, de politique du crédit accommodante et d’expansion soutenue des échanges mondiaux s’essouffle.

Elle va ralentir en 2019 et en 2020. Rien de très grave au niveau de sa courbe. De 3,7% à 3,5% au niveau mondial, passage sous les 2% dans la zone OCDE, et «décélération» de 7% à 6% en Chine. Ce qui fait problème est ailleurs. La croissance de l’économie mondiale va ralentir sans avoir permis de retrouver les rythmes de croissance des niveaux de vie des grands pays d’avant la crise financière.

Les moteurs de la croissance contra-cyclique du début de la décennie passée se sont grippés, arrêtés ou inversés. La tendance est à moins de déficits publics, des taux d’intérêt directeurs en hausse et des restrictions au commerce mondial. La séquence tension est en train de se mettre en place, alors que les objectifs ne sont pas atteints pour effacer les dégâts sociaux de la destruction de valeur de 2008-2010.

La tension qui s’insinue dans la conjoncture économique mondiale en devient d’autant plus pesante que les peuples des grands pays industrialisés ont décidé de sanctionner électoralement et civiquement les politiques mondialistes qui ont changé la géographie de la prospérité à leur détriment. Ils ont amené Trump au pouvoir aux Etats-Unis, engagé la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et multiplié les succès électoraux des partis xénophobes dans de nombreux pays, y compris lors de la présidentielle brésilienne.

La marge de manœuvre des politiques de croissance s’est démocratiquement resserrée, au moment même où la demande sociale explose dans les grands centres de l’OCDE, comme l’a montré le mouvement des gilets jaunes en France ce dernier mois. L’économie mondiale va au devant de nouveaux risques alors qu’elle n’a pas réussi à effacer les séquelles de la crise précédente.

Plus préoccupant, les moteurs de la croissance qui ont porté la relance mondiale de l’après-crise des subprimes ont multiplié les bulles financières, dont on connaît désormais l’effet dévastateur sur les marchés lorsqu’elles finissent par exploser : bulle des actifs boursiers aux Etats-Unis, bulle de l’émission souveraine (obligations d’Etat) dans le G7, bulle de la dette publique dans l’OCDE, bulle de la dette privée dans les grands pays consommateurs, etc.

Accepter que 2019 soit une année de ralentissement de la croissance mondiale n’est finalement pas le pire. Elle pourrait aussi être celle de la déflagration d’une de ces nombreuses bulles. Et donc du début d’une nouvelle crise mondiale, après 9 années de croissance.

Le scénario type de la gestion de la conjoncture tendue dans laquelle entre lentement l’économie mondiale est celui de la confrontation entre Trump et son environnement. Le président américain veut à la fois de l’argent bon marché pour soutenir l’investissement, du pétrole pas trop cher pour bloquer l’inflation, des produits chinois taxés à l’entrée pour encourager le made in USA, un mur à la frontière du Mexique pour bloquer l’immigration clandestine et une poursuite de la baisse des impôts pour retenir son électorat en 2020.

Il est bien sûr impossible d’atteindre autant d’objectifs contradictoires en même temps. La Fed (institution d’émission fédérale) est indépendante. Elle a poursuivi cette semaine la remontée de son taux directeur et annoncé qu’elle le ferait au moins deux fois encore durant l’année 2019. L’argent coûtera plus cher aux Etats-Unis. Et la désaffection pour le papier américain (émission de bons) a déjà débuté.

Le financement du déficit fédéral par ce mécanisme a atteint de nouvelles limites. Ce qui explique le bras de fer sur le financement de la dépense pour la construction du mur avec le Mexique. De même le prix du pétrole en baissant soulage l’industrie américaine, mais menace celle du gaz et du pétrole de schiste s’il venait à poursuive sa baisse sous les 50 dollars durablement.

La taxation des produits chinois est une source d’inflation interne assurée, alors qu’elle ne garantit pas une issue favorable sur le plan industriel, les donneurs d’ordre ne viendront pas tous produire aux Etats-Unis s’il ne peuvent plus le faire en Chine. Trump incarne le risque entropique du monde. Chaos des mesures contre et pour la même chose.

Dans les perspectives macroéconomiques pour le monde publiées par la Banque mondiale, les deux ralentissements les plus préoccupants sur la tendance de moyen terme sont celui des investissements et celui des échanges commerciaux mondiaux. Le premier indique que la profondeur de la demande solvable et sa répartition sont en repli (inégalités, crise des revenus).

Le second montre que les entraves à la concurrence mondiale vont devenir aussi des entraves à l’innovation et à l’avancée de la productivité. Sur les cycles longs, la croissance forte de la productivité dans l’économie mondiale finit toujours par produire plus de prospérité pour les populations, pourtant en hausse démographique.

Le monde chaotique de Trump est politiquement anxiogène et économiquement mal orienté. La preuve pour l’Algérie, par le prix du pétrole. Jamais à de tels sommets de volatilité.

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