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Exode massif des compétences algériennes vers l’étranger

Une saignée qui coûte cher à la collectivité nationale

14 janvier 2019 à 11 h 12 min

Le phénomène  de l’exode des cerveaux, qui n’est, certes, pas une particularité algérienne mais  reste commun à beaucoup d’autres pays en développement et même des puissances économiques, comme la France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, a pris ces dernières années des proportions fort importantes. Qu’ils soient enseignants, scientifiques, chercheurs, toutes disciplines confondues, médecins, cadres hautement qualifiés, étudiants brillants, économistes ou autres intellectuels, de plus en plus nombreux sont ces cerveaux déjà installés ou qui s’apprêtent à le faire dans différents pays d’Amérique, d’Europe, d’Asie et du Monde arabe. Un gisement de compétences qui aurait pu être d’un apport certain pour le développement économique et l’expansion de la recherche scientifique en Algérie.

Tout est fait pour les pousser au départ, étant mal compris, non reconnus, marginalisés ou devenus gênants, car refusant de s’impliquer dans des affaires de basses œuvres. Les exemples de ces compétences, tiraillées entre le devoir envers leur pays et la recherche d’un environnement adapté à leurs ambitions où ils peuvent s’épanouir et voir leurs capacités mieux reconnues, ne manquent pas.

A ceux partis durant les années 1980, fuyant l’autoritarisme et le mépris affiché à leur égard par des responsables intellectuellement limités, sont venus s’ajouter tant d’autres, dont le départ avait été précipité par la situation politique des années 1990.

Des compétences qui n’hésitaient pas, à chaque fois que l’occasion leur était donnée, et ce, depuis plus bien des lustres, à exprimer leur disponibilité à mettre leur expertise au service de leur pays, sans contrepartie aucune. Mais pas la moindre oreille attentive. Pis encore, il y en a parmi eux qui, malgré toutes les années passées, ne risquent pas d’oublier ce que leur valut leur manquement aux «règles établies».

Des compétences marginalisées

Pour avoir osé soulever, lors d’un forum international sur la formation de dirigeants d’entreprises aux questions liées à l’éthique et la régulation des systèmes financiers, tenu fin 1995 à Montréal, «l’absence de réaction des autorités nationales quant à l’utilisation des 2,4 millions restants d’un don canadien de 5 millions de dollars canadiens destinés à l’Algérie pour les besoins de financement d’un projet de transfert de technologie dans le domaine environnemental», se souvient encore un des cadres d’une grande entreprise nationale y ayant participé.

«Un expert en géomatique algérien, enseignant et chercheur en sciences géodésique, télédétection, cartographie numérique et information géographique, consultant international établi au Québec, se vit lui et son projet, d’une grande importance, ignorés par certains ministères de l’époque concernés».

Par ce projet, cet expert cherchait à développer la cartographie numérique et de la géomatique en Algérie. L’enjeu fut non des moindres. D’autant que durant trois décennies, tous les travaux sur ces deux techniques réalisées par des chercheurs de l’université de Harvard furent destinés au Pentagone, donnant naissance aux missiles Tomahawk, au GPS et autres dispositifs de défense.

Ce n’est qu’à la fin de la guerre froide (fin des années 80) que de nombreux aspects de cette technologie furent déclassés et mis à la disposition du grand public, rappelle, avec amertume, notre source qui a tenu à rester anonyme, de «peur de subir les foudres de sa tutelle».

D’où la détermination de l’expert algérien à en faire profiter son pays. Car, outre la défense, cette technologie via laquelle pouvait être, entre autres, obtenue la technique de l’imagerie satellitaire aurait été d’un apport indéniable à l’agriculture, notamment en matière de foncier et de prévisions agricoles, souligne notre interlocuteur.

La problématique de l’inventaire cartographique et des statuts juridiques des terres agricoles, qui demeure à ce jour posée, pouvait être solutionnée à travers la technologie spatiale que cet expert tenait à l’époque (les années 1990), à introduire en Algérie : «A l’époque, l’inventaire du foncier agricole s’effectuait en recourant à la photographie aérienne qui nécessitait 6 à 12 mois de travail, tandis qu’avec l’imagerie satellitaire, l’inventaire pouvait se faire en, à peine, une dizaine de jours».

Ce fut, visiblement, peine perdue : «Face au peu d’enthousiasme, pour ne pas dire au désintérêt total, des décideurs d’alors, l’initiateur du projet finira par y renoncer, toujours selon la même source. Entre- temps, un autre expert dans le même domaine, un Egyptien, ayant travaillé au Canada proposa cette technologie au Qatar.

Aussitôt appuyé par un ministre de la famille régnante, il réussira à y développer des centres d’excellence en la matière. C’est dire que les compétences nationales expatriées qui ne cessent de s’attirer une reconnaissance d’un peu partout dans le monde sont ignorées par les leurs.

Des diasporas au service de leurs pays

Pourtant, la quasi-totalité des diasporas dans le monde, aujourd’hui hyperconnectées, jouent un rôle déterminant dans le processus de développement, aussi bien dans le pays d’origine que celui d’adoption, et ce, sur différents plans, politique, économique, scientifique et universitaire.

Par contre, en Algérie, les portes continuent de se fermer aux milliers d’intellectuels, d’anciennes et de nouvelles générations, ayant été contraints à l’exil. Le dynamisme économique, la reconnaissance de leurs talents et les opportunités professionnelles plus valorisantes, censées les attirer, n’étant, malheureusement, toujours pas près de venir. Et ce, au moment où de l’autre côté des frontières, notamment Est et Ouest, la mobilisation est générale aux fins de stimuler l’intelligentsia au retour.

En témoigne, à juste titre, la communauté des «repats» tunisiens et marocains, qui ne cesse de grossir d’année en année. Portés par la volonté de contribuer au développement de leur pays, ils sont de plus en nombreux à adhérer au programme Diafric Invest, lancé il y a quelques années à l’initiative du réseau Anima, au profit des cerveaux exilés du Maroc, de la Tunisie et du Sénégal.

Fort de 80 organisations basées dans 18 pays, ce réseau œuvre à la promotion de l’investissement et à un développement économique durable et partagé entre Europe, Afrique et Moyen-Orient, en mobilisant les compétences et les investissements des talents de la diaspora et en les connectant à des opportunités dans les pays d’origine. Pour cela, Anima s’associe aux réseaux d’expatriés, aux institutions publiques et privées dans les pays d’origine et aux bailleurs internationaux. Pourquoi le Sénégal, le Maroc, la Tunisie et pas l’Algérie ?

La réponse est à chercher, peut-être, du côté de nos officiels. Eux qui ne souhaiteraient surtout pas que nos compétences expatriées, ayant la cote dans de célèbres universités, de prestigieux centres de recherche et de grands groupes et multinationales, en Europe et en Amérique, soient présentes dans les espaces stratégiques ou dans les sphères d’influence, qu’il s’agisse du domaine politique, scientifique ou économique, en particulier. 


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