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Affaire des généraux-majors emprisonnés : Le démon de la corruption

Une «opération mains propres» qui suscite des interrogations

16 octobre 2018 à 1 h 18 min

Comment la classe politique a-t-elle pris la nouvelle de la mise sous mandat de dépôt de cinq généraux-majors parmi les plus influents de l’establishment militaire ? Quelle analyse font nos partis politiques de cette situation inédite ?

Pour Soufiane Djilali, président de Jil Jadid et coordinateur national du mouvement Mouwatana, «le fait par lui-même est assez extraordinaire», faisant remarquer que «les hommes qui ont été incriminés étaient parmi les plus puissants» dans notre pays.

Soufiane Djilali, que nous avons joint par téléphone hier, n’est guère convaincu que cette opération spectaculaire soit le fruit de «la volonté du président de la République de mettre un terme à la corruption». «C’est un argument fallacieux, le Président est totalement absent», martèle-t-il.

Et d’appuyer : «Bouteflika a travaillé à répandre la corruption.» M. Djilali note que le fléau de l’argent sale a gangrené la société sous la gouvernance de M. Bouteflika d’une façon vertigineuse. «La corruption s’est développée presque au même taux de croissance que la Chine», ironise-t-il. «On veut nous faire avaler des couleuvres», lâche le président de Jil Jadid.

Cette affaire est incontestablement «liée à la succession du président Bouteflika et au 5e mandat», affirme-t-il. Soufiane Djilali considère que «l’armée n’est pas la colonne vertébrale de l’Algérie, mais de l’Etat algérien» en raison d’un «processus historique qui s’est imposé». «Comme toujours, l’armée est au centre de décisions opaques en Algérie. Personne ne sait qui dirige, qui manipule» constate-t-il

«Ce qui est certain, c’est que c’est en relation avec les élections.» «Et on sait que c’est au sein de l’armée que les décisions sont prises», estime M. Djilali.

Avec toutes ces affaires qui viennent entacher sa réputation, c’est le «crédit» de l’ANP, son capital moral et symbolique, qui sont en jeu, se désole le président de Jil Jadid.

«S’il y a réellement une opération de nettoyage à l’intérieur de l’armée, on ne peut qu’applaudir», précise-t-il. «Mais on sait que le système Bouteflika s’est construit avec le commandement militaire. Et le 4e mandat a été imposé avec le soutien du commandement militaire», insiste Soufiane Djilali.

Zoubida Assoul, ancienne magistrate, présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP) et porte-parole du mouvement Mouwatana, s’interroge de prime abord : «S’il s’avère qu’on reprocherait des choses à ces généraux, il faut se demander : qui est-ce qui les a nommés ? Le président Bouteflika est là depuis 20 ans, ces gens-là ont été nommés par lui.

Si on les a laissé faire, cela veut dire que les institutions de contrôle de l’argent public ne fonctionnaient pas.» Zoubida Assoul se demande ensuite : «Pourquoi choisir ce timing particulièrement ? Pourquoi, à six mois de l’élection présidentielle, on lance une soi-disant opération mains propres ?» De son point de vue, cette opération est, au demeurant, «très sélective».

«Parce que si vraiment il y avait une volonté politique de lutter contre la corruption, les malversations, la mauvaise gestion, les atteintes à la réglementation dans l’octroi des marchés publics, pourquoi ne le faire que maintenant ?» Mme Assoul semble avoir sa petite idée : «Je pense qu’il y a une volonté délibérée de toucher à l’institution militaire qui reste tout de même la seule institution plus ou moins stable, plus ou moins crédible, à la fois aux yeux des citoyens et de l’opinion publique internationale.»

«Un jeu malsain»

L’armée algérienne, selon elle, est, malgré tout, «assez performante et assez compétente». Elle considère néanmoins que la cohabitation entre l’ANP et M. Bouteflika n’a pas toujours été sereine. «Le Président a essayé de la vider de sa substance en apportant des changements pour mettre fin à l’ancien DRS (…). Du coup, le pays est devenu très fragile», analyse la présidente de l’UCP.

D’après elle, l’affaire des 701 kg de cocaïne «a vraiment mis à nu la fragilité de nos services de sécurité». «Pour moi, c’est presque un schéma machiavélique pour déstabiliser le dernier rempart du pays qu’est l’institution militaire.» Et de lancer : «Je pense qu’il y a un jeu malsain qui est en train de s’opérer.

Une manière de dire : les corrompus, ce sont les gens de l’armée, et le pouvoir politique, Bouteflika et son clan sont des gens propres.» Mme Assoul apporte un bémol à ce récit en citant les récentes déclarations de Bernard Bajolet qui ont fait beaucoup de bruit : «Bajolet dit que la corruption a même atteint la famille du Président (…).

Et Bajolet n’est pas n’importe qui, c’est l’ancien ambassadeur de France en Algérie et l’ancien directeur de la DGSE.

Il parle en connaissance de cause et sur la base d’un certain nombre d’indications sérieuses.» Et de conclure : «Je pense qu’aujourd’hui, le pouvoir est en déliquescence totale. Vous n’avez qu’à voir cette majorité du gouvernement qui soutient un éventuel 5e mandat.

Ils sont en train de se bagarrer à couteaux tirés pour placer leurs hommes.»Pour sa part, Hamid Ferhi, coordinateur national du MDS, observe cette agitation avec perplexité : «Nous sommes quand même étonnés par la décapitation, pratiquement, de l’armée.»

Et de souligner : «C’est comme si l’armée était entre les mains de la mafia.» «Donc cela veut dire que Bouteflika a nommé des gens à la tête de l’armée qui auraient des accointances avec des réseaux mafieux», décrypte-t-il.

«Nous suivons ces événements avec une très grande attention, parce que c’est une première en Algérie. Autour de nous, les gens s’inquiètent. Ils se posent la question : est-ce qu’il ne s’agit pas de règlements de comptes en vue de l’après-Bouteflika ? Il y a plein d’interrogations…» Hamid Ferhi précise encore : «Au MDS, nous pensons qu’effectivement l’Algérie a besoin d’une opération mains propres. Et cela ne peut se faire que par la mobilisation de la société, non par des règlements de comptes.

Nous espérons qu’il y aura un procès équitable et public.» Si ces déballages ont eu l’effet d’un véritable séisme politico-judiciaire, pour autant, le coordinateur national du MDS ne s’inquiète pas pour l’ANP et sa base sociale : «Je ne pense pas que ça touche l’ossature de l’armée.» «L’armée algérienne est beaucoup plus profonde. Elle est très structurée. Elle agit de plus en plus comme une armée professionnelle. La majorité de ses cadres sont des jeunes diplômés. Je ne pense pas qu’en changeant un chef de Région, on change la nature de l’institution militaire.»

Joint par nos soins, le secrétaire national à la communication au sein du FFS, Jugurtha Abbou, nous a simplement indiqué au téléphone : «Nous n’avons pas de déclaration à faire pour le moment, mais nous interviendrons en temps opportun.» Nous avons joint également toutes les autres principales formations politiques pour connaître leur sentiment sur ces événements, en vain.

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