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Les étudiants mis en vacances prématurées

Sans chef et sans boussole : Le pouvoir veut casser la mobilisation

10 mars 2019 à 11 h 35 min

Ce n’est sans doute pas la mise en congé prématurée des étudiants, décidée maladroitement par le ministre de l’Enseignement supérieur, Tahar Hadjar, qui va calmer les ardeurs d’une révolte massive.

Hier et sans aucun préavis, la communauté universitaire a été surprise par cette décision qui a été vite interprétée comme une tentative de briser l’élan de mobilisation dans les campus. Mais d’ores et déjà les étudiants comme les enseignants expriment leur «désobéissance» et leur ferme intention d’occuper les lieux.

Au terme de trois semaines de mobilisation populaire d’ampleur inédite contre la candidature de Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat, accompagnée d’une forte revendication de changement du système politique, l’issue reste incertaine dans ce face-à-face entre les Algériens mobilisés et le pouvoir.

Par millions, les citoyens sortent brusquement et massivement de leur longue «léthargie», le pouvoir à l’image du président sortant sombre dans un profond coma politique. L’équation est magistralement inversée.

Désorienté par un séisme populaire imprévisible, le sérail  est sans boussole et sans voix. Il a perdu de le nord.  Toujours hospitalisé, le Président est absent du pays. L’Exécutif silencieux. Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a disparu des écrans radars depuis sa malheureuse phrase : «En Syrie aussi ça a commencé avec des roses.» Inutile de rappeler que la parole officielle est sans impact, ni emprise sur les événements en cours. Disqualifiée, elle ne porte plus.

Légitimement, les Algériens se demandent, avec gravité, s’il existe encore quelqu’un dans le cockpit de l’avion Algérie ! Les événements qui secouent le pays depuis l’historique journée du 22 février démontrèrent que le pouvoir est mis en vacances de fait. Sinon comment expliquer que face une à une situation nationale aussi explosive, le pouvoir politique n’émet pas, ne prend aucune mesure d’apaisement alors que le pays est dans un état d’exception politique et sociale.

Intrigante posture. Mise-t-il sur l’usure de l’insurrection citoyenne ? Il serait illusoire que de croire à un affaiblissement de la mobilisation. C’est l’inverse qui se passe. Non seulement elle ne faiblit pas, mais elle prend de l’ampleur et de nouvelles formes.

La détermination de la rue est irréversible. En somme, l’extraordinaire  dynamique de la société décidée à mettre en échec le projet du 5e mandat a provoqué une paralysie dans le système. Mais jusqu’à quand ? Le pays est placé sur une ligne de crête étroite, sur laquelle il ne pourra pas tenir longtemps.

Il faut vite débloquer pour éviter l’éclatement. La joyeuse mobilisation populaire peut bien se transformer en un ouragan aveugle. L’exaspération qui saisit la société est sans commune mesure. Une fois ce vase national rempli de colère, il déborde, et il sera trop tard. Aucune force ne saura le contenir.

Comment et qui va agir ? A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le pouvoir est mis en demeure d’apporter des réponses à la hauteur des exigences de la mobilisation. Il ne peut descendre sous la barre très haute fixée par les «insurgés». Le retrait de la candidature de Abdelaziz Bouteflika, l’annulation de l’agenda électoral et l’entame d’un processus de changement du système politique sont une exigence que la rue ne peut soumettre à négociation. Plus de possibilité de retour en arrière.

Tous les regards sont tournés vers l’institution militaire. C’est d’elle qu’il est attendu une démarche «salvatrice» en l’absence des institutions politiques habilités normalement à agir sur les événements.  Le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, qui s’est mis au-devant de la scène depuis l’éclatement des événements, détient-il la clé de la solution ? Sera-t-il ouvrir la porte de la solution ou bien la fermer à double tour ? Mystère.

Cela étant dit, son discours a évolué. Le ton menaçant employé aux débuts des manifestations a remarquablement changé en louant les mérites d’un peuple confiant. Replacement tactique ou évolution stratégique ? Difficile d’y répondre.

D’évidence, en ces temps d’exceptions politiques, il ne sera pas seul à décider. C’est tout le haut commandement militaire qui va peser de son poids. Le peuple qui se soulève l’attend au virage de l’histoire. L’institution militaire ne peut passer par la force sans tenir compte des légitimes aspirations populaires.

Cela serait suicidaire. Les fortes mobilisations populaires ne sont pas une fin en soi. Elles doivent trouver un prolongement politique concret. La République mise en place depuis l’indépendance, assise sur un ordre autoritaire est définitivement «enterrée».

Et ses acteurs avec. La «génération de février» est déjà en train d’échafauder les plans de la IIe République, fondée sur les valeurs de démocratie, de liberté et de modernité véritables.

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