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La crise sanitaire pèse sur la rentrée universitaire : Reprise laborieuse dans les facultés

28 décembre 2020 à 11 h 00 min

La crise de la Covid-19 a provoqué une série de problèmes d’organisation, ayant conduit certaines universités à patauger plus de deux semaines après la rentrée.

Les étudiants ont retrouvé les bancs de l’université ces dernières semaines, dans un climat chaotique. La crise de la Covid-19 a provoqué une série de problèmes d’organisation, ayant conduit certaines universités à patauger, plus de deux semaines après la rentrée, dans la planification des cours et dans l’élaboration des listes de groupes.

La vie universitaire aurait pu paraître ordinaire à l’Université des sciences et de technologie Houari Boumediène (Usthb), reprenant ainsi le cours normal après un long confinement, n’était le port du masque. Les nouveaux étudiants, perdus dans les allées de l’université, la plus grande d’Afrique, demandent l’itinéraire à prendre pour rejoindre les amphis, les anciens ne cachent pas leur joie de retrouver leurs camarades.

Mais à y voir de plus près, il apparaît que les cours n’ont pas vraiment repris. Les étudiants tournent en rond, tentant de comprendre la nouvelle organisation liée à la pandémie de coronavirus.

Il leur est indiqué notamment que les cours se feront par groupes qui devront alterner entre des leçons en présentiel de trois semaines et d’autres en distantiel de trois autres semaines. Un système hybride qui ne ravit pas les étudiants, attisant les craintes d’un décrochage.

«Une formation à minima»

Trois étudiantes en nutrition et contrôle sanitaire, en L2, nous racontent leur rentrée à l’ombre des règles sanitaires : «Il nous sera difficile de suivre ce rythme. Trois semaines en présentiel ne sont pas suffisantes, et les cours à distance ce n’est pas une bonne solution, car nous connaissons la qualité de la connexion en Algérie.

Et même si cela fonctionnait convenablement, cela ne pourrait remplacer le cours en présentiel qui permet de poser des questions directement au professeur et de participer pleinement aux cours.» Elles craignent, notamment, de se retrouver en situation d’échec à cause de la nouvelle organisation et se sentent comme dépouillées du droit à un enseignement de qualité.

L’une d’elles, dont le visage est encadré d’un joli foulard couleur moutarde, ajoute : «L’an dernier, nous avons pu sauver l’année grâce aux cours dispensés sur YouTube. Mais le fait est que les leçons de cette année ne sont pas disponibles et que l’on ne sait pas où l’on peut les trouver. Nous sommes dans le flou le plus total.» Et son amie de poursuivre : «Il est clair que nous ne pourrons pas suivre avec des cours à minima. Viendront ensuite les examens et l’on se retrouvera dans le creux de la vague.»

La situation est d’autant plus confuse que l’élaboration des listes des groupes et de leurs emplois du temps se fait au compte-gouttes, ralentissant davantage la rentrée universitaire.

Cela désoriente nombre d’étudiants dans les coursives de la fac, comme sur le site internet de l’université, où il leur est demandé de chercher les listes et emplois du temps. Un étudiant en génie civil soupire : «On ne sait encore rien du nouveau programme. On ne connaît pas l’emploi du temps ni les modules programmés en distanciel. On ne nous a encore rien dit. Apparemment, les choses sérieuses ne commenceront qu’en janvier.»

Deux nouveaux étudiants en sciences biologiques prennent néanmoins les choses avec le sourire. «La rentrée est retardée, cela nous permet de profiter du soleil et de nous familiariser avec la fac.» L’un d’eux souligne : «Cela fait trois jours que nous venons dans le but de commencer les cours, mais il semble que les emplois du temps ont été modifiés. On ne s’y retrouve pas du tout.»

Les deux garçons sortent chaque matin à 7h afin d’attendre le bus universitaire qui les mène de Baraki à Bab Ezzouar. «En deux heures, il n’y a eu qu’un seul ‘‘cous’’. A son départ, il était archibondé, aucune distanciation physique ne pouvait être respectée.»

Lorsqu’enfin ils parviennent à gagner la fac, les deux garçons, tout juste sortis du lycée, ne trouvent personne pour les orienter. «Aujourd’hui, j’ai mis la main sur l’un de nos professeurs, il m’a demandé mon adresse mail afin de m’envoyer les informations liées à l’organisation du travail. Nous attendons pour voir, nous espérons que les choses s’arrangeront dans une semaine…»

Cette année, il faut avoir le goût de l’étude chevillé au corps pour surmonter les multiples tracas de cette rentrée sous le signe de la Covid-19. «Je me connais, admet l’un des nouveaux étudiants en biologie, je vais avoir du mal à suivre durant les trois semaines de cours à distance. J’ai tendance à laisser traîner les choses, surtout lorsqu’il n’y a personne pour contrôler.»

Une étudiante en informatique que nous avons abordée est du même avis : «Cette année je la sens mal. J’ai peur des trois semaines en distanciel que je vais gaspiller à faire n’importe quoi, je risque de m’oublier. On aura l’impression d’une coupure qui cassera notre élan.»

La jeune fille se veut néanmoins optimiste : «Les chiffres des cas de contamination au coronavirus marquent une baisse. Peut-être que les choses vont rentrer dans l’ordre et les cours reprendront comme avant.» Certains départements ont néanmoins déjà repris les cours.

Une professeure de chimie se tient fièrement sur l’estrade d’un amphithéâtre. «C’est une rentrée difficile, du fait que l’on doit avoir recours au système D pour y faire face. Mais je pense que les choses vont rentrer progressivement dans l’ordre», nous dit-elle.

Elle s’inquiète notamment de la gestion des cours à distance, d’autant, considère-t-elle, que les étudiants ne sont pas égaux face à cette situation. «Il y a des étudiants – je parle là de toutes les filières – qui n’ont pas les moyens nécessaires pour suivre les cours à distance, c’est un élément qu’il est important de prendre en compte. Néanmoins, nous sommes là pour donner le meilleur de nous-mêmes.» Les étudiants qui se pressent devant l’amphi témoignent de leur enthousiasme à renouer avec ce lieu de travail et la présence des professeurs.

La distanciation physique et le port du masque, avons-nous pu constater, y sont rigoureusement respectés, ce qui n’est pas le cas dans les couloirs et les coursives de la fac. Dans ce qui est appelé ici «le village», une centaine d’étudiants, qui doivent s’acquitter des frais du «mandat», se tassent dans la file d’attente, masque sur le visage, épaule contre épaule.

La reprise de l’activité n’est pourtant pas uniforme dans toutes les universités. Si certaines filières n’ont redémarré que très partiellement, d’autres ont très vite renoué avec le sérieux.

Le fait est que l’organisation est laissée à l’appréciation des recteurs des facultés qui cherchent ainsi leur méthode pour s’adapter aux consignes sanitaires selon les spécificités des filières. A la Fac centrale, les choses semblent un brin mieux organisées.

Comment former des médecins sans stages pratiques ?

En sciences médicales à la Fac centrale, les cours sont dispensés deux jours sur deux. «Cela fait une semaine que nous avons commencé les cours.

Cela se passe bien de manière générale, à part quelques changements dans les emplois du temps durant les deux premières semaines, mais je pense que cela va progressivement rentrer dans l’ordre.»

Belle jeune fille aux longs cheveux blonds, cette étudiante en deuxième année de sciences médicales ne se montre pas inquiète. «Les responsables, qui ont décidé cette organisation de deux jours sur deux, doivent savoir ce qu’ils font, et je suis convaincue que nos professeurs feront ce qui est en leur pouvoir pour terminer le programme dans les meilleurs conditions.

En tout état de cause, la reprise n’en est qu’à ses débuts, nous y verrons plus clair lorsque nous reprendrons les Travaux pratiques (TP)», nous dit-elle. L’une de ses amies ne partage pourtant pas son optimisme : «Nous avons déjà perdu un trimestre l’année passée. A la rentrée, tout ce trimestre a été résumé en 15 jours, très superficiellement.

Je pense que c’est à nous de faire en sorte de ne pas perdre de temps, et de tenter, tant que faire se peut, de rattraper le retard. Personnellement, je travaille toute seule à la maison pour ne pas compter parmi les victimes de l’organisation liée au corona.»

Pour ces étudiants en sciences médicales, les stages pratiques ont tout bonnement été annulés en raison de la pandémie de coronavirus. Une décision qu’ils considèrent aberrante, tant ces stages sont importants dans la formation de ces futurs médecins.

«L’année dernière, nous avons passé une année exceptionnelle avec peu de travaux pratiques au dernier semestre, mais nous avons fait contre mauvaise fortune bon cœur. On ne sait pas combien de temps la pandémie va durer, il est essentiel de trouver une solution. Notre filière ne peut se suffire de la théorie, les stages pratiques sont essentiels pour notre formation», explique un étudiant en cinquième année de médecine.

Il est à noter, par ailleurs, que si les cités universitaires ont ouvert leurs portes aux étudiants, celles des restaurants universitaires restent fermées au déjeuner. Les étudiants sont ainsi appelés à trouver une solution, par eux-mêmes. Pour les étudiants comme pour les enseignants, cette année universitaire semble placée sous le signe de la débrouille…

Les cours à distance se font attendre…

Les cours en distantiel, pourtant annoncés aux étudiants, n’ont pas encore commencé dans toutes les facultés algériennes.

Deux semaines après la rentrée, le ministre de l’Enseignement supérieur, Belbaki Benziane, a admis que les universités n’y étaient pas préparées et qu’ils ont été «pris au dépourvu», lors d’une visioconférence avec les recteurs des universités du pays.

Il a indiqué qu’un groupe mixte avec le ministère de la Poste et des Télécommunications a été mis en place afin présenter leurs des conclusions portant sur la nécessaire augmentation du débit internet des universités et d’élargir le réseau aux universités du sud du pays.

Le département de l’Enseignement supérieur avait, pourtant, mis en place des plateformes numériques dédiées aux cours et communications, élaborés par des enseignants à travers plusieurs établissements universitaires.

Abdelbaki Benziane avait précisé, au tout début de la rentrée, que les plateformes des différents établissements universitaires étaient à 90% finalisées par le ministère, dont les services veillaient à «pallier les difficultés enregistrées dans l’application de ce mode d’enseignement, notamment le principe d’interactivité entre l’élève et l’enseignant, de par les questions liées à l’élargissement du réseau internet et l’augmentation du débit, en collaboration avec Algérie Télécom». Amel B.


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