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lundi, 30 novembre, 2020
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Recrudescence des contaminations et reconfinement : L’économie algérienne dans le rouge

16 novembre 2020 à 10 h 50 min

Ce n’est pas le grand confinement du printemps dernier, mais c’est tout de même un retour aux restrictions imposées par la poussée fulgurante de la pandémie à travers le pays, comme c’est le cas dans d’autres contrées du monde.

Un reconfinement partiel et élargi à neuf wilayas qui va sans nul doute perturber le fonctionnement des entreprises, essentiellement les commerçants et les professions libérales. Approvisionnement, distribution, transports et restauration souffriront de cette deuxième vague du coronavirus, dont la gestion est des plus difficiles tout autant pour les pouvoirs publics que pour les chefs d’entreprise qui voient leurs effectifs baisser, soit pour contamination ou par peur d’être affectés par le virus.

Les praticiens le disent : «Nous recevons des vagues de travailleurs issus des mêmes sociétés.» La prudence est donc de mise dans le monde des affaires en cette période difficile où les problèmes d’approvisionnement en matières premières sont également signalés avec le retour au confinement dans les pays fournisseurs.

Avec la recrudescence des cas de contamination par la Covid-19 au cours des ces deux dernières semaines et le retour progressif au confinement comme décidé pour le couvre-feu entre 20h et 5h depuis le 10 novembre pour 15 jours (renouvelable), l’activité commerciale commence à baisser. Une baisse pas de la même ampleur que celle de la première vague, mais qui affecte tout de même les commerces de proximité obligés de fermer plus tôt. C’est le cas également pour les grandes surfaces commerciales et pour certaines entreprises activant dans la distribution.

Perturbations dans la distribution

L’arrêt de tout déplacement à partir de 20h oblige par ailleurs les employés dans de nombreux cas à quitter plus tôt leur lieu de travail connaissant le problème des embouteillages dans nos villes et la non-disponibilité des moyens de transport (métro et train de banlieue, notamment à Alger). Ce qui fait que d’une manière ou d’une autre, ce reconfinement, qui intervient au moment où les entreprises déjà fortement impactées par les premières restrictions imposées au début de la crise sanitaire tentent de remonter la pente, ne sera pas sans conséquences.

Et ce, d’autant que les avis convergent : les premières mesures décidées par le gouvernement pour aider les entreprises à faire face à cette situation n’ont pas d’effets majeurs. «Elles sont insignifiantes par rapport aux pertes enregistrées», nous dit à ce sujet L’hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA). «Une aide de 30 000 DA pour une perte de 700 000 DA par mois ne peut rien apporter à un commerçant qui n’a plus de quoi payer son loyer», illustrera-t-il, rappelant qu’en moyenne, la baisse de l’activité commerciale était de 70% durant le premier confinement. «Après une fermeture de quatre mois et une reprise timide d’à peine trois mois, nous revoilà dans une autre phase de ralentissement. Ce sera vraiment difficile à supporter, du moins du côté des petits métiers», avise M. Boulenouar.

Pour ce dernier, c’est surtout la limitation des horaires pour le transport des marchandises qui va impacter les commerçants. De même qu’elle va toucher les entreprises qui se retrouvent actuellement dans l’obligation de réduire le temps consacré à la distribution de leurs produits.

Généralement, nous assurons la livraison via nos distributeurs le soir. Avec ce couvre-feu, nous n’avons pas assez de temps pour le faire. Certes, il y a les autorisations de circulation, mais les commerces ferment avant 20h.

C’est du pareil au même», nous confie un producteur de biscuits. «Au lieu de consacrer la matinée à l’organisation des rayons, nous réceptionnons la marchandise et nous devons libérer les employés avant 20h. Nous sommes vraiment perturbés», nous dit, pour sa part, un gérant d’un commerce de proximité (alimentation générale). «En cette rentrée scolaire tardive, nous nous attendions à une reprise des ventes, mais ce n’est pas le cas avec cette limitation dans le temps, car d’habitude, les parents attendent les listes des fournitures scolaires pour faire leurs achats souvent à la sortie du travail et le soir pour les derniers articles.

Ce qui n’est plus le cas avec ce couvre-feu», nous résume un propriétaire d’une papeterie à Alger. Cafetiers, restaurateurs, chauffeurs de taxi, coiffeurs font également partie de cette catégorie de commerçants qui s’attend à enregistrer des pertes après une première phase de confinement des plus difficiles. Une phase non encore évaluée de manière exhaustive, selon le représentant de l’ANCA pour qui cette deuxième vague ne sera pas marquée par des pénuries en produits alimentaires de base. «Heureusement, les commerçants ont tiré les leçons de la première vague et je ne pense pas qu’il y a une pression sur les produits alimentaires», nous dira-t-il.

Pour rappel, au printemps dernier, la fermeture des commerces de produits alimentaires et pharmaceutiques, l’arrêt du transport de voyageurs et la suspension de quelques activités de services en plus d’engendrer une baisse du niveau de la demande globale a causé un mouvement de panique chez les consommateurs.

Ce mouvement auquel sont venues s’ajouter les pratiques de certains consommateurs qui avaient fortement perturbé les chaînes de distribution et de commercialisation de quelques produits de première nécessité. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui fort heureusement, comme souligné par M. Boulenouar.

L’urgence d’une veille stratégique

Mais si la situation de crise persiste, et tout porte à le croire, des épisodes de perturbation ne sont pas à écarter avec. Sur ce dossier, l’intervention de l’Etat est fortement attendue. «La disponibilité régulière des produits essentiels pour la consommation des ménages (biens alimentaires et produits pharmaceutiques) est de la responsabilité des pouvoirs publics qui doivent l’inscrire comme action stratégique dans la mesure où les économies de principaux fournisseurs de l’Algérie sont touchées par le reconfinement.

D’où la nécessité d’une vision de moyen terme sur l’évolution de la situation économique tant au niveau national qu’à l’international», estime Brahim Guendouzi, spécialiste en commerce international, pour qui une veille stratégique sur la question permettra d’anticiper sur les difficultés de demain, surtout que l’issue de la crise sanitaire reste encore incertaine.

D’autant plus qu’il risque d’y avoir une nouvelle configuration dans le fonctionnement de l’économie mondiale d’après-Covid-19. Une configuration à laquelle les entreprises algériennes devraient se préparer. «Les économies nationales extraverties, à l’instar de celle de l’Algérie auront beaucoup de difficultés à assurer les approvisionnements de leurs appareils productifs, dès lors que les principaux fournisseurs sont eux-mêmes confrontés aux dispositifs contraignants adoptés par les pouvoirs publics sur recommandation des comités scientifiques», nous explique Brahim Guendouzi.

Pour notre expert, la persistance de la Covid-19 dans le temps se traduira par une modification des écosystèmes productifs de chaque pays, ainsi que des conditions de concurrence impliquant une fragilisation des entreprises. Ainsi, celles qui étaient performantes, il y a quelque temps, ne le sont peut-être plus aujourd’hui. «L’image de certains pays par rapport aux consommateurs est en train de changer comme par exemple le cas de la Chine.»

«Au vu de ces considérations, les entreprises algériennes doivent tout d’abord sécuriser leurs approvisionnements puis évaluer les capacités de chaque fournisseur. De la sorte, si des changements sont constatés tant au niveau des conditions contractuelles (qualité, quantité, délais de livraison, conditions de paiement, garanties, etc.) que de la situation du fournisseur en termes de capacités de production, commerciales ou financières, il y a lieu de procéder à un recentrage sur d’autres entreprises ou pays pour éviter des difficultés d’approvisionnement à moyen terme. Les problèmes relatifs à la logistique doivent également faire l’objet de prudence quand on sait que le secteur des transports est largement affecté par la pandémie», préconise Brahim Guendouzi.

En plus de gérer toutes ces difficultés en matière d’approvisionnement, les entreprises algériennes, qui recensent quotidiennement des cas de contamination au sein de leurs effectifs, particulièrement ces deux dernières semaines, sont appelés à préparer des plans pour assurer la continuité de l’activité (surtout les entités économiques de petite taille) à petite taille.

Le poids de l’informel

Une autre problématique est également à signaler. Il s’agit de la forte prédominance de l’emploi informel. Si les travailleurs affiliés à la sécurité sociale ont droit au congé de maladie, ce n’est pas le cas pour ceux de la sphère informelle qui se retrouvent une fois contaminés sans ressources (n’ayant pas droit au congé de maladie payé) avec tous les frais engendrés par la maladie (scanners, PCR, traitements…).

De plus, ces derniers ne sont pas ciblés par les aides faute de données statistiques. Il faut dire que le recensement des bénéficiaires, qui doivent être ciblés par les aides financières, se fait toujours attendre et la présence d’un secteur informel important ne fait que ralentir cette opération.

Les spécialistes le disent : «Un secteur informel significatif et un marché parallèle important constituent une source de vulnérabilité et imposent à l’Etat une adaptation de ses actions anticrise à cette réalité.» Comment ? «Cette adaptation passe d’abord par une évaluation précise de l’impact de la présence de ce secteur sur la dynamique du secteur productif et aussi sur l’équilibre des marchés.

Puis, l’identification des canaux de transmission de l’action publique vers ce secteur est nécessaire pour soutenir la main-d’œuvre vulnérable qui y exerce en période de crise à court terme, et pour définir un plan de régularisation de ce secteur et de réduction de sa taille à long terme.

C’est dire que les propositions ne manquent pas. De même qu’elles ne manquent pas pour l’élaboration d’un plan anti-pandémie et pour l’évaluation des répercussions de la pandémie sur le plan économique et social.» «L’évaluation précise et détaillée des retombées socio-économiques de la pandémie et l’identification des canaux de transmission de ces derniers sont d’une importance considérable pour la définition des termes d’un plan anti-pandémie adéquat, cohérent et efficace», conclut, à ce sujet, une étude publiée sur les cahiers du Centre de recherche en économie appliquée au développement (Cread) menée par Saïd Kaci, enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques de l’université de Béjaïa. Or, ce travail tarde à être amorcé. Nous avons appris que des enquêtes seraient en cours à ce sujet, mais sans plus.

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