Congrès de la Soummam, 62 ans après : Quelles leçons ? | El Watan
toggle menu
mercredi, 13 novembre, 2019
  • thumbnail of elwatan13112019


Congrès de la Soummam, 62 ans après : Quelles leçons ?

16 août 2018 à 23 h 35 min

62 ans après la tenue du Congrès de la Soummam, la jeunesse algérienne ne semble pas s’intéresser à cet événement, un épisode primordial de l’histoire du pays.

«Ce que m’évoque la date du 20 août 1956 ? Sincèrement, rien», confie Sana, 26 ans, fraîchement diplômée de l’Université des sciences et de la technologie Houari Boumediène de Bab Ezzouar. Et Sana n’est pas un cas isolé. Pour Nazim, un jeune lycéen de 17 ans, «le 20 août représente le stade de foot situé à Belouizdad».

De son côté, Sarah, 26 ans, témoigne : «Je ne connais du 20 août 1956 que les quelques détails étudiés à l’école. En résumé, je suis au courant que le 20 août correspond à la tenue du Congrès de la Soummam. Je ne vous cache pas que mes connaissances sont vagues, mais contrairement à beaucoup, je peux au moins dire à quoi correspond cette date.» Parmi les jeunes interrogés, seule Mina, 16 ans, une lycéenne à Blida, arrive a situer l’événement : «C’est une date symbolique durant laquelle ont été tracées les grandes lignes de la Révolution.

Le Congrès s’est déroulé à Béjaïa, plus exactement à Ighzer Amokrane sous la houlette et la surveillance du colonel Amirouche.» De nos jours, rares sont les jeunes qui ont de profondes connaissances de cet événement. La faute à qui ? «La faute est à la méthode avec laquelle on nous a transmis ces détails», accuse Sarah. «En cours, on n’a pas donné au Congrès de la Soummam la même importance que les autres étapes de l’histoire de l’Algérie. A titre d’exemple, l’affaire de l’éventail a été dispensée sous forme de cours hyper long et surtout bien expliqué.

On nous l’a racontée sous forme d’histoire passionnante au point où tout Algérien se souvient encore des moindres détails. Malheureusement, ce n’est pas le cas pour le Congrès de la Soummam», conclut-elle. Un avis largement partagé par Souha, également lycéenne de 17 ans : «Je me rappelle plus de la guerre froide que du Congrès de la Soummam. Logique étant donné qu’on a eu droit à tout un chapitre consacré a cet événement.

Ce n’est pas notre histoire à proprement parler, mais on s’en rappelle car on l’a longtemps étudiée.» Finalement, la majorité de nos jeunes ne connaissent du Congrès de la Soummam que la date. Cela n’étonne pas beaucoup l’historien Merzak Chertouk. Il explique : «Il est tout d’abord important de signaler que le 20 août 1956 n’a jamais été pris en charge correctement par les autorités algériennes.» Selon l’historien, les raisons sont multiples. La première : «On n’a pas écrit notre histoire de manière dépassionnée. On écrit toujours avec passion et à la convenance du régime en place.»

Confusion

Aussi, le Congrès de la Soummam a toujours été remis en cause par Ben Bella et Boumediene à l’époque. «Il est important de le dire car l’écriture de l’histoire algérienne se fait selon les intérêts du régime en place», martèle-t-il, expliquant que quand à l’époque on a remis en cause les directives et les conclusions du Congrès, on n’a jamais voulu écrire ni transmettre cela correctement, ni faire connaître la Plateforme du Congrès de la Soummam. «A partir de là, les jeunes ne connaissent du Congrès de la Soummam que la date sans plus de détails, car dans le fond on a tout remis en cause.»

Autre point important : la confusion. En effet, des 20 août importants, il en existe deux. Le 20 août 1955, date liée au massacre dans le Constantinois, et le 20 août 1956, la tenue du Congrès de la Soummam. «Il y a énormément de confusion entre les deux dates. Les deux événements sont certes importants. N’empêche, le premier est restreint à une région, et le second est national global.

Donc, que les jeunes n’aient pas de profondes connaissances sur le premier, cela n’est pas très grave même s’ils n’ont pas vraiment d’excuses, mais ne rien savoir du second est grave car c’est là que les fondements de la nation ont été posés», témoigne-t-il. Pour Bachir Hakem, enseignant et porte-parole du CLA, il désole que les jeunes ne retiennent plus les dates historiques à part celles des rencontre de football entre le FC Barcelone et le Real de Madrid.

«Il faut reconnaître que les jeunes sont beaucoup plus préoccupés par leurs condition sociales à améliorer qu’autre chose. Aujourd’hui, 56 ans après l’indépendance, un jeune Algérien sur cinq ne connaît de la guerre de libération que les récits familiaux, ou ce qu’il suit, cycliquement, à la télévision, comme reportages redondants, sur les maquis ou les hommes qui ont fait la révolution», estime-t-il.

Vérités

Toujours selon Bachir Hakem, les jeunes d’aujourd’hui sont beaucoup plus intéressés par les questions d’actualité que par l’histoire. A cet effet, l’enseignant explique : «Pour un jeune d’aujourd’hui, il est difficile de se retrouver face des personnes plus âgées qui n’ont plus rien à lui transmettre de véridique. Car même les récits des anciens combattants leur sont transmis sans qu’eux-mêmes (anciens combattants) n’y croient et n’en sont plus convaincus». Le syndicaliste accuse la mauvaise transmission, devenue de plus en plus improbable «vu que les anciens combattants racontent tant d’histoires contradictoires que personne n’y croit plus.

Aujourd’hui, il faut avoir le courage d’admettre que ce qui était concret pour les moudjahidine n’est plus que des dires pour les jeunes de plus de 15 ans tant que l’histoire, celle du pays, n’est ni écrite ni enseignée correctement.» Bachir Hakem estime que la jeunesse d’aujourd’hui s’ennuie et ne croit plus en rien, surtout pas aux politiciens ou aux moudjahidine. Pour le porte-parole du CLA, le fossé se creuse davantage. En d’autres termes, les jeunes d’aujourd’hui croient plus que jamais qu’ils n’ont pas eu la part de pétrole qui leur revient, ou les postes de commandement auxquels, légitimement, ils aspirent 56 ans après l’indépendance et qui exigent une «transmission générationnelle du pouvoir» et non de l’histoire.

En ce qui concerne l’enseignement dispensé, le syndicaliste estime que l’école a un rôle primordial d’enseigner l’histoire d’une façon moderne et en organisant des tables rondes ou des conférences à l’intérieur des établissements scolaires pour attirer cette jeunesse et lui rendre ses repères afin qu’elle croit en son histoire et ses traditions. Pour aller de l’avant, Bachir Hakem propose d’écrire l’histoire au bon moment : «Aujourd’hui, les historiens doivent écrire l’histoire avec les détails et sans contradictions. L’histoire ne doit pas s’arrêter en 1962, mais continuer jusqu’aux temps présents. Il ne faut pas attendre un siècle pour écrire l’histoire car les héros d’hier peuvent devenir les traîtres de demain.»


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!