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mardi, 28 septembre, 2021
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Quand l’histoire algéro-française s’impose au présent : «Une pollution radioactive qui revient comme un boomerang»

28 février 2021 à 11 h 21 min

A u tout début des années 1960, la France a procédé à des essais nucléaires atmosphériques dans le Sahara algérien (Reggane), exposant aux radiations ses propres soldats mais aussi les populations sédentaires et nomades de la région, rappelle dans un communiqué l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest de la France (ACRO)* qui a réalisé une analyse des particules atmosphériques transportées par le vent de sable en provenance du Sahara, courant février.
60 ans plus tard, les essais nucléaires du Sahara sont plus que jamais d’actualité.

En effet, le 6 février, une large partie de la France a été l’objet d’un phénomène météorologique apportant des vents chargés de sable et de fines particules en provenance du Sahara.

«Dans le massif du Jura, le ciel est demeuré orange toute la journée et ces particules atmosphériques se sont déposées au sol. La neige bien blanche le matin est devenue orange à son tour.» «Toutes les surfaces étaient recouvertes d’une fine couche de ces particules le soir», indique l’ACRO qui a alors fait un prélèvement sur toute la surface d’une voiture à l’aide de multiples frottis.

Ces frottis ont été transférés au laboratoire de l’ACRO pour une analyse de radioactivité artificielle par spectrométrie gamma (sur un détecteur GeHP). Le résultat de l’analyse est sans appel. Du césium-137 est clairement identifié. «Il s’agit d’un radio-élément artificiel qui n’est donc pas présent naturellement dans le sable et qui est un produit issu de la fission nucléaire mise en jeu lors d’une explosion nucléaire.»

«Considérant des dépôts homogènes sur une large zone, sur la base de ce résultat d’analyse», l’ACRO estime qu’«il est retombé 80 000 Bq au km2 de césium-137». «L’épisode du 6 février constitue une pollution, certes, très faible, mais qui s’ajoutera aux dépôts précédents (essais nucléaires des années 1960 et Tchernobyl).»

«Les risques sont pour les gens sédentaires ou nomades de la région du Sahara»

«Les risques sont pour les gens sédentaires ou nomades de la région du Sahara. Eux, ils ont cet environnement qui est constamment pollué depuis longtemps. Nous, ce n’est qu’un passage», a expliqué, à France Bleu, Pierre Barbey, spécialiste de la radioprotection à l’université de Caen et conseiller scientifique bénévole du laboratoire ACRO. «Cette pollution radioactive – encore observable à de longues distances 60 ans après les tirs nucléaires – nous rappelle cette situation de contamination radioactive pérenne dans le Sahara dont la France porte la responsabilité», a ajouté l’expert à l’origine de l’analyse.

Les laves issues de Béryl, au Sahara ou le sable vitrifié résultant des essais atmosphériques contiennent bien du césium-137 comme l’avait relevé la Criirad** le 11 février 2010 (note Criirad n°09-113).

Les essais nucléaires français (17 essais sous-terrains et aériens de 1960 à 1966) réalisés en Algérie «étaient a priori de type ‘contenus’ c’est-à-dire que les substances radioactives produites par l’explosion des bombes atomiques insérées au cœur de la montagne au fond de galeries de plusieurs centaines de mètres de profondeur étaient censées rester confinées.

En réalité plusieurs de ces essais ont donné lieu à des fuites de matières radioactives. En particulier, lors du tir Beryl du 1er mai 1962, un incident s’est produit conduisant à l’éjection de la galerie de tir de laves radioactives et d’un nuage de poussières radioactives», relève la Criiad dans sa note du 11 février 2010 sus-citée .

Et de préciser que dans le cadre du tournage d’un documentaire sur la question des essais nucléaires au Sahara, le journaliste Larbi Benchiha avait demandé au président de la Criirad, Roland Desbordes, de l’accompagner sur le site d’In Ekker afin de réaliser des contrôles du niveau de radiation résiduelle et de collecter des échantillons pour analyses radiologiques ultérieures au laboratoire de la Criirad.

Les mesures radiamétriques ont été effectuées les 29 et 30 octobre 2009 par M Desbordes avec l’équipe de tournage. La délégation était accompagnée par des représentants des autorités et de l’armée algériennes. Sans attendre les résultats des analyses radiochimiques complètes des matériaux recueillis sur site, «leur niveau de contamination justifie les précautions prises au laboratoire de la Criirad pour leur traitement et a fortiori implique que des mesures soient prises sur le terrain pour limiter l’exposition des populations», indique la Criirad.

«Ces déchets sont de la responsabilité de la France»

Faisant référence à l’étude «Sous le sable, la radioactivité ! Les déchets des essais nucléaires français en Algérie. Analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires»***, publiée en août 2020, Jean-Marie Collin, expert et porte-parole d’ICAN France, indique : «Nous avons identifié des déchets non radioactifs, du matériel contaminé par la radioactivité volontairement enterrés et des matières radioactives issues des explosions nucléaires.

Ces déchets sont de la responsabilité de la France et aujourd’hui du président Macron. Il n’est plus possible que ce gouvernement attende encore pour remettre aux autorités algériennes la liste complète des emplacements où ils ont été enfouis. Pourquoi continuer de faire peser sur ces populations des risques sanitaires, transgénérationnels et environnementaux ?»

Quant à Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements et co-porte-parole de l’ICAN France (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires), il nous affirme que le nuage radioactif, «c’est ce qu’on appelle un retour à l’envoyeur et qui vient renforcer bien sûr notre demande formulée il y a déjà longtemps et rappelé dans l’étude publiée en août dernier – que la France nettoie, ramène ses déchets en France pour les traiter dans des centres faits pour les stocker».
La réconciliation mémorielle franco-algérienne voulue par le président Macron passe non par des déclarations, mais par des actes significatifs .

Et l’un de ces actes est que la France assume ses responsabilités induites par les dommages causés sur les populations et l’environnement par ses essais nucléaires en Algérie.

 

Paris
De notre bureau  Nadjia Bouzeghrane

 

 

* L’ACRO, créée à la suite de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, est une association citoyenne d’information et de surveillance de la radioactivité, dotée d’un laboratoire d’analyse et agréée de protection de l’environnement.
**Criirad : Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité
***«Sous le sable, la radioactivité ! Les déchets des essais nucléaires français en Algérie. Analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires», étude de l’Observatoire des armements et de l’ICAN France, publiée par la Fondation Heinrich Böll, 2020. Disponible par téléchargement sur : www.obsarm.org


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