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Présidence, Armée, hommes d’affaires : Luttes et tractations à huis clos

22 novembre 2018 à 12 h 52 min

Le remue-ménage de ces derniers mois au sommet de l’Etat laisse perplexe plus d’un. Les changements en série à la tête d’institutions civiles et militaires et dernièrement à la tête du FLN soulèvent des questionnements et attisent les incertitudes des Algériens, totalement perdus dans le flou politique actuel. Affrontement clanique, guerre de succession, désaccord sur le 5e mandat, absence d’un chef de file, le décryptage des récents événements ayant émaillé la scène nationale n’est pas aussi simple même pour ceux qui suivent de près les questions politiques, tant l’exercice du pouvoir obéit à d’autres paramètres que les règles et les exigences du jeu démocratique.

Ce tohu-bohu renvoie directement à la nature opaque d’un système politique qui devient de plus en plus indéchiffrable à cause de la multiplication des interférences. La réalité politique algérienne est ainsi particulièrement complexe en raison de la prégnance de pratiques qui n’ont rien à voir avec l’exercice démocratique.

L’Algérie est certes formellement un Etat démocratique, conformément à sa Loi fondamentale, mais quand on voit de près la pratique politique, on constate que le pouvoir est dispersé et parfois même dilué dans des combinaisons improbables. La maladie du Président aggrave la situation et attise les appétits des uns et des autres.

Aujourd’hui, il est difficile de dire qui tire vraiment les ficelles. Le pouvoir est plutôt partagé entre plusieurs entités, sous une forme plutôt horizontale. Ces entités peuvent être représentées par à la fois la Présidence, l’institution militaire et le milieu des affaires. A cela peut se greffer l’influence des puissances étrangères, qui peuvent avoir leur mot à dire sur les orientations politiques futures. L’équation du pouvoir reste donc complexe.

Le président Abdelaziz Bouteflika, couronné à la tête de l’Etat en 1999 par un collège de généraux, a œuvré et manœuvré des années durant pour sortir de l’emprise des militaires. Par un jeu tactique, il a réussi à créer une dualité au sein de l’institution militaire, entre l’état-major et les services secrets. En 2004, le chef de l’Etat a gagné son bras de fer face au chef de l’état-major de l’époque, le défunt Mohamed Lamari, grâce à l’appui qu’il a reçu des Services (le DRS). Il a d’ailleurs fait démissionner le général Lamari au lendemain de sa victoire.

En 2014, il s’est appuyé sur le chef de l’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, pour obtenir son 4e mandat contre l’avis et la volonté du DRS, dirigé à l’époque par le général Toufik. Ce dernier a d’ailleurs été mis à la retraite une année plus tard et son service a été démantelé. Si elle s’appuie toujours sur l’armée ou les Services, selon les circonstances, la Présidence reste au cœur du pouvoir.

Un pouvoir qui n’a pas totalement perdu de sa collégialité, malgré sa forte concentration entre les mains du président de la République pendant une période. La place de l’armée demeure importante dans le jeu politique. Son rôle apparaît encore plus important depuis la maladie de Bouteflika. C’est d’ailleurs en raison de son poids que des partis politiques n’ont pas hésité à l’appeler à contribuer à assurer une transition politique pacifique. Si des formations politiques sollicitent l’intervention de l’armée dans le champ politique, c’est parce que l’institution militaire n’a jamais quitté cet espace et continue de jouer un rôle prépondérant dans les grandes décisions politiques.

La surpolarisation du débat autour de l’armée et de son rôle montre que la question du retrait de la Grande Muette du champ politique reste problématique. La frontière entre le politique et le militaire n’est jamais clairement délimitée et les rapports entre les deux restent opaques. D’où la difficulté de savoir à quel degré l’institution militaire est impliquée dans la prise de décision politique. Et bien entendu, cela alimente toutes les supputations sur l’origine de tel ou tel changement au sein des institutions de l’Etat.

On passe ainsi facilement d’un constat de dualité à celui de l’entente entre le politique et le militaire, entre la Présidence et l’état-major. A ces deux entités s’ajoute celle des hommes d’affaires qui ont pu, au fil des années d’accumulation de richesses, s’imposer comme une puissance qui participe à la prise de décision. Leur influence a beaucoup augmenté ces dernières années, sortant ainsi de l’ombre pour investir massivement le champ politique.

L’argent étant le nerf de la guerre, le fil séparant le monde politique de celui des affaires est aujourd’hui ténu. Ainsi, la Présidence, l’armée et la communauté des affaires jouent d’une manière ou d’une autre, à des degrés différents, un rôle dans la situation politique actuelle et dans les échéances futures. L’opposition étant déstructurée et divisée, ces entités qui incarnent le pouvoir réel jouent à «huis clos».

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