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Poursuivis dans le cadre du dossier Ali Haddad : Ouyahia incarcéré à El Harrach

13 juin 2019 à 10 h 30 min

Lorsque, pour la première fois, Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre, avait été convoqué par le parquet de Sidi M’hamed, à Alger, dans le cadre de l’affaire Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, rares étaient les personnes qui avaient cru qu’il pourrait être poursuivi, et encore moins placé en détention.

Convoqué hier par les magistrats de la Cour suprême, auxquels a été confiée l’enquête judiciaire sur l’implication de 12 personnalités de l’Etat dans l’affaire Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, Ahmed Ouyahia était le premier à avoir franchi, vers 13h40, avec son véhicule privé, le seuil de cette haute juridiction, située à Ben Aknoun, à Alger.

Il n’en sortira qu’à 17h30, à bord d’un fourgon cellulaire, à destination d’El Harrach. Les images de ce véhicule escorté par des policiers ont vite été diffusées par les chaînes de télévision privées, qui avaient installé leurs caméras en face de la Cour, très tôt dans la matinée. Un imposant dispositif policier a été déployé autour du quartier où de nombreux citoyens se sont rassemblés pour suivre cet événement inédit.

Convoqué lui aussi, l’ex-ministre des Travaux publics et des Transports, Abdelghani Zaalane, a pointé vers 15h. Ce dernier a finalement été placé sous contrôle judiciaire.

Les deux anciens responsables, ainsi que 10 autres doivent répondre de plusieurs griefs liés au «trafic d’influence», «dilapidation de deniers publics», «abus de pouvoir volontaire à l’effet d’accorder d’indus privilèges en violation des lois et réglementations», «conflit d’intérêts avec violation des procédures en vigueur en matière de marchés publics basées sur les règles de la transparence, à la concurrence honnête et de l’objectivité» et «conclusion de contrats, de marchés et d’avenants en violation des dispositions législatives et réglementaires en vigueur à l’effet d’octroyer des avantages injustes à autrui».

Il faut dire que c’est la première fois, dans l’histoire de la justice algérienne qu’un ancien Premier ministre est placé en détention, et qu’autant d’ex-membres du gouvernement sont poursuivis d’un coup par la Cour suprême.

En effet, dans le seul dossier de Ali Haddad, le magistrat instructeur doit auditionner sept autres ex-ministres, Amar Tou, Boudjemaa Talai (député) Karim Djoudi, Amara Benyounès, Abdelkader Bouazgui, Amar Ghoul (sénateur) Abdessalem Bouchouareb, et un deuxième ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, ainsi que deux ex-walis, Abdelkader Zoukh, d’Alger, et Mohamed Djamel Khnafer, d’El Bayadh.

Hier, le ministre de la Justice, Slimane Brahmi, a transmis une demande de levée d’immunité parlementaire au Conseil de la nation pour Amar Tou et à l’Assemblée nationale pour Boudjamaa Talai, avant qu’ils soient entendus par le juge, alors que le dossier de Mahieddine Tahkout, vient d’être transmis par le procureur général près la cour d’Alger à la Cour suprême, en ce qui concerne Ahmed Ouyahia, Abdelghani Zaalane, l’ex-ministre de l’Industrie Youcef Yousfi et l’actuel ministre du Tourisme, Abdelkader Benmessaoud, ainsi que cinq anciens walis, d’Alger, de Skikda, d’El Bayadh, de Saïda, de Blida, et de deux autres en fonction, dont le wali de Tiaret.

En commençant par mettre en prison Ahmed Ouyahia, l’ex-Premier ministre et ancien chef de cabinet du Président déchu, ainsi que Abdelghani Zaalane, celui qui avait été chargé de déposer le dossier de candidature pour un 5e mandat, au moment où des millions d’Algériens le rejetaient avec force dans la rue, la justice n’a-t-elle pas servi à l’opinion publique des «têtes» pour calmer sa colère contre la corruption ?

La célérité avec laquelle la justice est en train de traiter des affaires aussi lourdes, loin de cette sérénité qu’elles exigent, laisse planer le doute sur les vraies motivations de cette campagne qui, pour beaucoup, s’apparente plus à une chasse aux sorcières qu’à une lutte contre la corruption.

Il est vrai que durant les deux derniers mandats de Bouteflika, et particulièrement, durant le quatrième, l’Etat a été pris totalement en otage par des forces extra-constitutionnelles et des oligarques prédateurs, et la responsabilité aussi bien politique que pénale d’une telle dérive institutionnelle incombe en premier lieu à ceux qui étaient aux commandes du pays, à commencer par les Premiers ministres et les ministres qui se sont mis au service de ces forces qui ont siphonné l’argent public.

Si justice doit être rendue, elle doit se faire dans une totale sérénité loin de tout esprit de vengeance ou de règlement de comptes.
Certes, nul ne doit être au-dessus de la loi.

Mais l’Etat de droit, que réclament des millions d’Algériens chaque vendredi dans la rue, impose à chacun le respect du principe fondamental de la présomption d’innocence.

La pression des attroupements populaires devant les tribunaux et la prison d’El Harrach, les jets de pierre contre les fourgons cellulaires et les insultes proférées contre les mis en cause convoqués par la justice, n’aident en rien la justice.

Ces comportements constituent une lourde pression sur les juges, qui sont appelés à instruire à charge et à décharge, et non pas à anticiper sur leur condamnation avant même qu’ils ne soient entendus.

Hier, la mise en détention d’Ahmed Ouyahia et de Zaalane était déjà sur la place publique, alors qu’ils n’étaient pas encore arrivés à la Cour suprême. Un tel climat ne favorise ni l’éclatement de la vérité ni l’émergence d’une justice impartiale et transparente.


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