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Médias publics bâillonnés, répression des opposants… : Menaces sur la liberté d’expression

14 mai 2019 à 10 h 30 min

Arrestations à l’emporte-pièce, médias lourds bâillonnés, journalistes sanctionnés, débats publics empêchés, conférences interdites, violences verbales contre tous ceux qui refusent la feuille de route d’AGS…

Depuis quelques semaines, les atteintes aux libertés se sont multipliées et prennent désormais des proportions dignes d’une dictature en bonne et due forme. Le fait le plus marquant de ce triste inventaire reste l’incarcération de la secrétaire générale du PT pour des motifs obscurs.

Louisa Hanoune est, faut-il le souligner, le premier leader politique à subir un tel sort depuis le début des années 1990. Dimanche, c’était au tour de Hocine Benhadid d’être placé sous mandat de dépôt par le tribunal de Sidi M’hamed avant d’être interné à la prison d’El Harrach.

Son avocat, Bachir Mechri, a indiqué que le général à la retraite est poursuivi pour une simple lettre ouverte à Gaïd Salah publiée le 25 avril dernier sur les colonnes d’El Watan.

Ce qui est certain, c’est que la lettre en question n’a absolument rien de subversif. Hocine Benhadid y plaide simplement, arguments à l’appui, pour une solution politique à l’impasse institutionnelle à laquelle notre pays est confronté.

Aucune pancarte anti-Gaïd sur la télé publique

Le tour de vis autoritaire est également flagrant sur les chaînes de télévision, qu’elles soient publiques ou privées. Au moment où l’on pensait qu’elle avait réussi à arracher une certaine marge de liberté dans la couverture des manifs du vendredi, la télévision officielle a vite retrouvé ses anciens réflexes en réservant à peine quelques images vite balayées au hirak. Bien sûr, aucun mot sur les pancartes, les chants et les slogans anti-Gaïd qui, pourtant, crèvent les yeux.

Par ailleurs, plusieurs journalistes et techniciens de l’EPTV ont été sanctionnés en raison de leurs opinions. Nadia Madassi, ex-présentatrice vedette du JT sur Canal Algérie, a publié ce message sur son compte Twitter : «Collègues sanctionnés pour leur engagement contre le musellement de l’information.»

Elle a donné dans la foulée les noms des journalistes mis au ban. Il s’agit de Ali Haddadou «pour un post sur Facebook», Mélina Yacef, Imène Slimane ou encore Abderrezak Siah qui a été suspendu de la présentation du JT sur A3 pour une intervention sur Berbère TV.

Abdelmadjid Benkaci – journaliste reporter à Canal Algérie et figure de proue du collectif des professionnels de l’EPTV qui militent pour un service public de qualité, qui tiennent un sit-in tous les lundis au 21 boulevard des Martyrs – témoigne sur sa page Facebook : «Je suis sanctionné à mon tour. Un avertissement écrit à verser dans mon dossier, en plus d’incidences financières sur mon salaire du mois en cours…

Pour une seule raison, un seul tort : avoir défendu la liberté d’expression.» Il ajoute : «Nous sommes sanctionnés, car je ne suis pas seul… Des collègues de l’ENTV ont été interdits d’écran, mutés ou ont vu leurs émissions suspendues, au moment où notre Constitution et tous les textes prônent la liberté d’expression et le libre exercice de notre métier…»

La bataille de l’espace public n’est pas encore gagnée

A cela s’ajoutent les violentes récriminations formulées dans le dernier édito de la revue El Djeïch, qui s’en prend à tous ceux qui appellent à une période de transition «par des voies multiples dont la plus courante est de faire pression, à travers des ‘messages ouverts (lettres ouvertes, ndlr), ‘débats’, ‘avis’ et ‘points de vue’ publiés dans les colonnes de certains médias appelant à une période de transition calquée à leur mesure, durant laquelle ils se conduiront comme il leur plaira et feront passer leurs projets et les agendas de leurs parrains qui vouent à l’Algérie et à son peuple une haine et une rancœur infinies».

On notera que les attaques jouent invariablement sur le thème éculé du «complot» et la figure de l’ennemi pour justifier la gestion autoritaire du politique. El Moudjahid y est allé lui aussi de sa salve rhétorique à coups de formules vindicatives, allant jusqu’à écrire dans son édito de samedi dernier : «A l’heure actuelle figure aussi, dans l’agenda du gouvernement, un certain nombre de dossiers susceptibles de moraliser la vie politique.

C’est le cas pour la poursuite de la lutte contre la corruption et la dilapidation de deniers publics ou encore la quête de mettre hors d’état de nuire tous ceux et toutes celles qui entravent l’aboutissement du processus légal, passant nécessairement par la tenue d’une présidentielle.»

Le débat public se trouve lui aussi entravé. L’association RAJ a été empêchée par la police d’organiser un de ses derniers débats citoyens du samedi au parc Sofia.

Le débat de Nabni, au parc de la Liberté, a reçu également une visite «courtoise» de la police. Le 15 avril dernier, Mostefa Bouchachi a été empêché de donner une conférence à l’université de Blida. Il nous faut également citer tous les rassemblements et les débats citoyens qui sont interdits en semaine, à Alger.

C’est notamment le cas des forums qui se tiennent à 17h sur le parvis de la Grande-Poste, dont les animateurs ont plusieurs fois été interpellés par la police. Les militantes qu’on a forcées à se déshabiller au commissariat de Baraki ont été précisément embarquées suite à l’interruption de l’un de ces rassemblements.

Vendredi dernier, lors du 12e round du hirak, un jeune manifestant s’est vu arracher une banderole brocardant Gaïd Salah avant d’être embarqué manu militari.

Le soir, la police a dispersé un regroupement de citoyens qui devaient rompre le jeûne ensemble sur les marches de la Grande-Poste.

«Cela fait un mois qu’ils essaient de nous gratter des espaces publics de liberté, et on essaie avec les rendez-vous de 17h de les reprendre», déplorait Hakim Addad dans une déclaration à El Watan (voir : https://www.elwatan.com/edition/actualite/le-collectif-pour-la-transition-democratique-sest-une-nouvelle-fois-reuni-hier-les-dynamiques-de-la-societe-civile-determinees-a-tenir-leur-conference-nationale-12-05-2019 ).

«Jusqu’ici, ils grattaient ces espaces du samedi au jeudi, mais là, ils ont empêché les gens de rompre le jeûne et de se rassembler dans la foulée (à la Grande-Poste, ndlr).

Ils ont touché à un symbole jusqu’ici inaliénable qui était d’occuper l’espace public le vendredi. C’est inacceptable. Ils sont en train de nous faire revenir au 21 février.»

A mentionner enfin l’agression dont a été victime ce dimanche le jeune Brahim Lalami, activiste star à Bordj BouArréridj, ayant un véritable statut d’influenceur avec ses vidéos au vitriol très suivies.

Brahim avait déjà été arrêté le 15 février 2019, soit une semaine avant le début du hirak, pour avoir appelé à des manifestations contre le 5e mandat, avant d’être libéré le lendemain.


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