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jeudi, 24 janvier, 2019
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La chronique de A. Merad

Mais de quelle élection parlez-vous ?

10 janvier 2019 à 10 h 00 min

Que pense le peuple de l’élection présidentielle ? Vaste question, vaste programme. Il faut le lui demander pour savoir… mais le moins que l’on puisse dire, à force d’être confronté avec un environnement social et politique qui nous est devenu tellement banal et tellement familier, c’est qu’il affiche dans une très large mesure une indifférence royale face à un événement qui aurait dû l’impliquer davantage et en priorité.

En l’absence d’organismes de sondage fiables pouvant déterminer avec une certaine exactitude les réactions des électeurs potentiels, leurs sentiments et leurs motivations, les prises d’opinions qui peuvent être effectuées, si elles ne sont pas le reflet réel des avis exprimés, constituent tout même d’utiles baromètres pour les évaluations des idées et des expressions quand elles sont libérées du poids de la censure. En tous cas de précieux indicateurs qui peuvent fournir des informations vérifiables et maîtrisables.

C’est donc sur la base de données plus ou moins subjectives, et pas scientifiques du tout, et à travers leurs réseaux et connaissances personnelles du terrain d’exploitation, à travers les recoupements et les indices populaires émanant des foyers familiaux, des quartiers, des lieux de travail, des cafés, de la rue…, que de nombreux observateurs de la scène politique nationale arrivent à la conclusion que si le sérail s’agite au sommet pour essayer de dénouer le nœud gordien de la présidentielle, le peuple demeure le grand absent de cette consultation qui semble, comme toutes les précédentes, se concevoir en vase clos.

Un acteur totalement absent puisque quand bien même d’aucuns n’hésitent pas à parler en son nom avec cette fâcheuse habitude de le présenter comme maître de son destin, tous les plans qui sont échafaudés pour le rendre plus visible, plus actif, plus compétitif, le sont finalement sans lui. C’est que dans la plupart de nos instances dirigeantes, grandes et petites, le fait d’associer au débat général les franges de la société toutes catégories confondues n’a jamais été ressenti comme une nécessité absolue pouvant être déterminante sur les résultats que l’on recherche.

Depuis toujours, en réalité, le peuple n’a jamais été sollicité pour participer, en amont, aux joutes électorales. C’est lorsque tous les canevas sont mis en place qu’on le fait intervenir pour donner… sa voix. Le radio-trottoir qui sert souvent d’excellent instrument d’évaluation empirique pour les sondages spontanés peut ici être édifiant sur l’incroyable décalage qui existe entre la vision populiste des gouvernants et celle qui vient des entrailles populaires respirant un réalisme époustouflant.

Plus la sphère d’en haut se veut savante et protectrice des intérêts du peuple, plus le détachement de celui-ci prend de l’ampleur et devient parfois insaisissable. On a donc affaire à deux mondes distincts. Celui qui appartient, d’une part, au Pouvoir, qui fait le Pouvoir et qui pense qu’il suffit de mobiliser les organes médiatiques de l’Etat et montrer des salles remplies pour populariser les discours et les messages. Et celui, d’autre part, qui appartient aux citoyens et qui ne croit plus aux mensonges, aux relents démagogiques qui sont devenus des réflexes instinctifs, voire balistiques. Entre les deux entités, le fossé se creuse pour devenir aujourd’hui une équation inconciliable.

La preuve, essayez dans votre entourage immédiat de savoir si l’élection présidentielle qui n’est plus qu’à quelques encablures suscite un quelconque intérêt pour le voisin, l’ami, le parent… Mis à part les gens de la nomenklatura, et les «militants» qui meublent les meetings des deux partis majoritaires dans l’espoir d’obtenir quelques gratifications pour leurs carrières, on arrive rarement à trouver des Algériens qui s’impliquent véritablement dans cette perspective, qui ont conscience des enjeux, et qui par conséquent se sentent concernés et veulent adhérer.

Mais comment peut-on sensibiliser les citoyens sur un événement capital alors qu’à moins de quatre mois de l’échéance, personne ne sait si d’abord cette élection aura lieu à la date fixée, si ensuite le Président sortant postulera de nouveau à sa propre succession, et enfin avec quelle liste de candidats le scrutin sera organisé. Rien ne sert de revenir sur les aspects incongrus de cette présidentielle qui reste dépendante de la mesure que prendra le Président dont le silence (calculé) a brouillé toutes les cartes. Rien aussi ne sert de spéculer sur sa nature puisque tout le monde est convaincu que de toute façon quels que soient les efforts qui seront consentis pour réussir techniquement le scrutin, l’heureux élu sera désigné et non proclamé librement par l’urne.

Autrement dit, les Algériens dont on craint un fort taux d’absentéisme le jour du vote ne peuvent s’empêcher de croire que la fraude sera déterminante, avec ou sans Bouteflika. Cette idée est ancrée dans les têtes et ce n’est pas en rendant l’élection encore plus opaque, encore plus propriétaire de ceux qui la conçoivent et la contrôlent qu’on pourra faire changer les mentalités. «Mais de quelle élection parlez-vous ?» ; «Pourquoi, il va y avoir une élection ?»

Il ne faut pas rêver… ça ne nous concerne pas ! Les Algériens lambdas ne se font guère d’illusion, ils savent que Bouteflika, même fortement diminué, la remportera haut la main s’il se représente. Ils savent que ça magouille dans les travées du sérail pour la rendre crédible alors qu’à l’international on en rigole. Ils savent qu’il y aura les indécrottables figurants qu’on appelle les lièvres de service pour vendre l’affiche.

Mais le spectacle est déjà désolant car tout se bricole en l’absence du principal concerné. Et puis, nous dit ce jeune du quartier qui de toute manière avoue ne croire en rien dans ce pays, quand c’est une personnalité politique comme Amar Ghoul qui déclare à la télé sans aucune honte que la présidentielle c’est avant tout l’affaire des instances dirigeantes, que reste-t-il ?

Alors il recommande à ces instances d’organiser l’élection à huis clos…comme pour nos matches de foot, avec un brin d’ironie qui traduit toute l’intelligence malicieuse de notre jeunesse qui comprend parfaitement ce qui se passe en Algérie, et l’exprime par dérision, à plus forte raison quand on veut l’entraîner dans un débat où elle se sent exclue d’avance. Alors les politiciens de tous bords peuvent développer les discours les plus paternalistes, les plus moralisateurs, et même les plus révolutionnaires, la greffe ne semble pas vouloir prendre.

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