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Louisa Hanoune : Une libération et des zones d’ombre

12 février 2020 à 10 h 10 min

Convaincus de son innocence, ils étaient nombreux à croire en la libération de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), de la prison de Blida, où elle était maintenue en détention depuis neuf mois et un jour.

Durant la soirée de lundi dernier, de nombreuses personnes se sont regroupées devant le tribunal militaire de Blida, où son sort et celui de ses coaccusés, les deux anciens chefs des services de renseignement, le général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène et le général-major à la retraite Bachir Tartag, ainsi que Saïd Bouteflika, frère-conseiller du Président déchu, devaient être tranchés.

Il faut dire qu’après un long débat en sa faveur et des plaidoiries magistrales qui ont dissipé les doutes sur sa participation à un présumé «complot contre l’autorité de l’Etat et de l’armée», le juge a fini par ajouter une question subsidiaire (est-ce que Louisa Hanoune est coupable de non-dénonciation de crime ?) à celles auxquelles les membres du jury devaient répondre.

Lors des délibérés, ces derniers n’ont retenu contre elle que le délit de non-dénonciation d’un crime, pour lequel elle a été condamnée à 3 ans de prison, dont 9 mois ferme, qu’elle a déjà purgés. Louisa Hanoune a été libérée, tout en restant, durant 27 mois, sous le coup d’un sursis.

Le tribunal militaire d’appel a cependant confirmé la peine de 15 ans de réclusion criminelle prononcée en première instance contre Mohamed Mediène et Bachir Tartag (qui a refusé de comparaître pour la seconde fois), ainsi que Saïd Bouteflika, et une autre de 20 ans de réclusion assortie d’un mandat d’arrêt international contre les trois autres accusés en situation de fuite à l’étranger, à savoir l’ancien ministre de la Défense et général-major à la retraite Khaled Nezzar, son fils Lotfi et le président de la Société algérienne de pharmacie (SAP) Farid Benhamdine.

De nombreux avocats, y compris ceux de Louisa Hanoune, ont exprimé la volonté de leurs mandants de se pourvoir en cassation près la Cour suprême contre cette décision. Ils sont unanimes à rejeter ce qu’ils appellent la thèse du «complot». Lors de leurs plaidoiries, chacun d’eux s’est attelé à démonter les deux chefs d’accusation. Pour eux, il n’y a jamais eu de «réunion secrète» mais «une rencontre, entre un conseiller du Président encore en exercice, dans une résidence d’Etat, avec un ancien patron des services de renseignement invité es-qualité pour son expérience et une femme politique connue pour ses positions contre ce que tout le monde appelle la îssaba».

Un des avocats de Mediène a rejeté également le principe de réunion secrète, en rappelant que son «mandant a été invité es-qualité à une rencontre avec le conseiller et frère du Président en exercice, dans une résidence appartenant aux services, qui dépendaient alors de la présidence de la République. Avant de partir, il a même pris le soin de demander à Saïd Bouteflika de rendre compte de cette rencontre au défunt chef de l’état-major de l’Anp».

La défense de Louisa Hanoune était bien à l’aise dans ce débat qui lui était favorable. Aussi bien les questions du juge, que les réponses de Saïd Bouteflika et de Mediène étaient en sa faveur. «Il faut revenir au contexte de l’époque. Il y a eu le regroupement à la Coupole, pour un 5e mandat, certaines parties étaient plutôt pour une transition, d’autres pour une Constituante, alors que la rue grondait contre toute prolongation de mandat ou renouvellement de ce dernier. Le pays était dans l’impasse. En tant que chef d’un parti politique, Louisa Hanoune en prenant attache avec le conseiller du Président voulait s’informer de l’issue de cette crise, des décisions qui allaient être prises et donner par la même occasion son avis et les solutions à même de résoudre la crise. Comment peut-elle comploter contre l’autorité de l’Etat, alors que c’est le représentant de cet Etat qu’elle a rencontré ? Comment peut-elle comploter contre l’autorité de l’armée, dans une enceinte appartenant à l’Etat et où cette autorité n’a pas été au centre des débats ? En tant que chef d’un parti, elle a le droit de s’enquérir de la situation du pays. La politique est l’essence même de son activité», a déclaré un de ses avocats.

Dès sa sortie de prison, à une heure avancée de la nuit, Louisa Hanoune a été chaleureusement accueillie par ses militants et ceux qui croyaient fortement en son innocence. Dans sa déclaration, le PT, parti qu’elle dirige, avait évoqué «un procès au verdict arrangé» et exigé sa «relaxe».

En tout cas, il faut reconnaître que ce procès a laissé deux énigmes non élucidées. La première est celle liée à cette décision de mise de fin de fonction de feu Gaïd Salah de son poste de chef d’état-major de l’Anp et de vice-ministre de la Défense. Aussi bien Saïd Bouteflika que les cadres de la Présidence, cités comme témoins au procès, ont nié son existence et présenté le document diffusé sur les réseaux sociaux comme étant un faux. Mais aucune enquête n’a été faite pour identifier les auteurs de cette décision et de sa diffusion. La deuxième énigme est liée à l’interdiction d’accès au tribunal militaire faite aux représentants des médias, obligeant ces derniers à se référer aux déclarations des avocats pour rendre compte des débats à l’audience. Aucune raison ne peut justifier une telle décision, si ce n’est celle d’empêcher les médias de lever le voile sur beaucoup de zones d’ombre qui entourent cette affaire.



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