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Louisa Hanoune. Secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) : «Nous n’accepterons pas le scénario du pire»

02 décembre 2018 à 11 h 30 min

«Connaissant le Président, je ne retrouve ni son style ni sa démarche dans la dernière lettre lue en son nom» lors de la réunion gouvernement-walis. «De tous les scénarios et les ambitions exprimés, c’est cette orientation qui suscite le plus la confusion et la spéculation.» «La déclaration du Premier ministre n’a pas été rassurante.» «Elle fait craindre une aggravation de la situation politique et en même temps un grand danger pour le pays.

Je pense qu’il y a une confortation d’une partie qui veut aller vers une démocratisation à travers une sortie paisible et sereine, et d’autres prêtes à tout pour arriver à leurs fins.» Ce sont quelques phrases très révélatrices de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT). Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, elle donne de nombreux éclairages sur la situation politique à quelques mois de la présidentielle, le 5e mandat, les partisans de la continuité et les menaces qui guettent le pays.

 

Plus on se rapproche de l’échéance présidentielle, plus les scénarios inquiétants sont exprimés et font craindre le pire. Quel est votre avis ?

C’est d’abord l’expression de la confusion et de l’opacité qui règnent en l’absence d’informations crédibles sur l’avenir très proche du pays. Effectivement, les scénarios qui nous sont avancés nous annoncent des complications très graves ; en réalité, la réunion gouvernement-walis qui s’est tenue cette fin de semaine n’a malheureusement pas fait dissiper les angoisses et les inquiétudes. Bien au contraire, elle les a accentuées par les orientations qu’elle annonce à travers l’accélération de la contre-réforme, économique et sociale, le transfert des prérogatives des ministres aux walis, signe d’un démembrement du rôle central de l’Etat, qui garantit le pillage et la prédation.

La déclaration du Premier ministre n’a pas été rassurante. Elle fait craindre une aggravation de la situation politique et en même temps un grand danger pour le pays. Ces «super-walis que le gouvernement nous annonce préludent une ouverture vers la création de principautés ; ce qui constitue un danger sur l’Etat central et ouvre la voie aux aventuriers qui prônent le démembrement du pays et la généralisation du partenariat privé-public, auquel le président de la République a mis fin en janvier dernier.

Certains jugent cette mesure comme étant un pas vers la débureaucratisation et une décentralisation de la gestion. N’est-ce pas le cas ?

Il ne s’agit pas du tout d’une décentralisation des actes administratifs puisque la mesure concerne surtout l’économie. Le wali va décider de tout, des zones industrielles, du logement, des contrats, y compris avec des étrangers. Il n’aura plus le rôle de représentant de la République, mais celui d’acteur direct, bénéficiant d’une grande partie des pouvoirs centraux. A quoi servent les ministres dans ce cas précis ? Qui contrôlera ces super-walis qui auront autant de pouvoirs, alors qu’aujourd’hui une grande partie de ces derniers échappent au contrôle ?

Que va nous donner cette gestion ? L’Etat qui construit les infrastructures avec des moyens colossaux, pour ouvrir la voie par la suite, dans le cadre du partenariat privé-public, aux prédateurs. Cette mesure est anticonstitutionnelle parce qu’elle modifie radicalement le rôle de l’Etat, à travers une simple directive du Premier ministre, transmise il y a quelques semaines, avant même que les changements ne soient apportés à la loi.

Cela intervient durant une période charnière, marquée par de lourdes inquiétudes sur l’avenir immédiat du pays. Face au climat de tension et de contestation, le Premier ministre n’a pas trouvé mieux que de brandir la menace de la répression. Cette démarche augure des jours sombres en lieu et place de la détente, de mesures courageuses qui laissent croire que le pays s’oriente vers davantage de sérénité.

Le discours du Premier ministre est en décalage par rapport à cette promesse de laisser une Algérie prospère et sereine, faite par le président de la République en 2012. Bien au contraire. A travers les orientations d’Ahmed Ouyahia, c’est l’Algérie des prédateurs qui se profile à mesure que nous nous rapprochons de l’échéance électorale.

Les politiques antisociales et antiéconomiques sont accompagnées par un contrôle de main de fer des libertés. Du coup, depuis des semaines, nous lisons et entendons des scénarios qui nous prédisent à court terme un avenir des plus inquiétants pour le pays. Je ne pense pas que les horizons sont bouchés, mais la situation actuelle a laissé place aux pires spéculations et il est tout à fait normal que la couleur des ambitions des uns et des autres soit annoncée. L’orientation du Premier ministre est contraire aux engagements du Président exprimés au début de l’année à travers l’annulation du partenariat privé-public. Plus grave encore, elle a été accompagnée par une lettre attribuée au Président.

Pensez-vous que ladite lettre n’émane pas du Président ?

J’en suis convaincue. Cette lettre va dans le sens des orientations du Premier ministre. Elle ne ressemble en aucun manière au style du Président, ni dans le fond ni dans la forme. Ceux qui l’ont rédigée sont ceux-là mêmes qui ont initié les orientations inquiétantes.

Les partis de la coalition présidentielle sont partagés entre ceux qui appellent à un 5e mandat et ceux qui prônent la continuité à travers, peut-être, un candidat consensuel. Qu’en pensez-vous ?

Au sein de la coalition, il y a effectivement plusieurs avis que l’on retrouve dans les déclarations publiques des responsables. Comme je l’ai expliqué lors de ma dernière conférence de presse, à mon avis il n’y aura pas de 5e mandat. Il ne s’agit pas là d’une affirmation et encore moins d’un jugement, mais d’une lecture de ce qui se passe sur la scène politique.

Pourtant, l’ex-secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, a bel et bien annoncé que le Président était le candidat du parti pour un 5e mandat…

Oui, mais il n’est plus secrétaire général et son successeur, Mouad Bouchareb, en tant que coordinateur du parti, avait laissé entendre récemment que l’élection présidentielle n’était pas encore à l’ordre du jour. D’autres partis commencent à nuancer leurs propos en appelant à la continuité. Mais continuité de quoi ? Des institutions gangrenées par la prédation ? Cette continuité est une menace pour le pays parce qu’elle prône la poursuite des politiques qui ont ruiné le pays et qui sont malheureusement réaffirmées lors de la réunion gouvernement-walis.

En réalité, on veut poursuivre les mêmes pratiques que ce soit avec un 5e mandat ou un autre candidat, pourvu que soit maintenu le statu quo. C’est là que réside le grand danger qui guette le pays. Leur continuité, c’est toute cette cascade d’affaires de corruption, des 701 kg de cocaïne, des transferts illicites mais aussi de la colère légitime des cadres, des retraités de l’Anp, des étudiants, des chômeurs, des jeunes, etc., qui rejettent cette politique de déstabilisation. Ceux qui veulent la continuité, veulent, en réalité, la poursuite de l’effondrement du pays. Or, ce que la majorité cherche est la rupture totale avec ce système.

Assimilez-vous les dernières orientations du Premier ministre à un coup de force ?

Effectivement, surtout quand on lit la lettre attribuée au président de la République. Ce n’est pas la première fois. Mais cette fois-ci, les directives sont violentes. Connaissant le Président, je ne retrouve ni son style ni sa démarche. En réalité, de tous les scénarios et les ambitions exprimés, c’est cette orientation qui suscite le plus la confusion et la spéculation. Ce qui accentue l’angoisse. Est-ce qu’il y a une jonction entre les deux ? Je n’y crois pas.

Je sais qu’il y a des luttes larvées entre les uns et les autres pour arriver à leurs fins et qui peuvent être fatales pour le pays. Une politique est faite pour résoudre les problèmes du pays et non pas pour réprimer avec violence les conséquences de ces derniers. La colère des citoyens à la suite de la publication de listes de bénéficiaires de logements, celle des retraités de l’armée et des chômeurs sont souvent réprimées au lieu d’être prises en charge. Cette situation peut ouvrir la voie au pire.

Ne pensez-vous pas qu’il y a eu quelque part un accord sur une éventuelle démarche en prévision de l’élection présidentielle ?

S’il y a eu un accord autour de l’élection présidentielle, cela veut dire qu’il n’y a aucune raison que cela reste un secret, à moins qu’on ait choisi le pire. Sincèrement, connaissant les uns et les autres, j’en doute.

Si l’on prend en considération les appels à la continuité et les orientations du Premier ministre, que vous qualifiez de danger, n’est-ce pas justement ce pire qui se profile ?

Si on admet que c’est l’option du pire qui est retenu de facto, on considère que les jeux sont faits et qu’il y a homogénéité au sommet pour aller vers le pire. Personnellement, je ne le crois pas. L’échéance est très courte et il est tout à fait normal qu’il y ait des convictions qui expriment les contradictions. Je pense qu’il y a une confortation d’une partie qui veut aller vers une démocratisation, une sortie paisible et sereine, et d’autres prêtes à tout pour arriver à leurs fins et, un jour, celles-ci devront être comptables de leurs orientations.

Voulez-vous dire que ces parties et à travers leurs orientations tentent un coup de force à quelques mois de l’élection présidentielle ?

Je pense qu’elles veulent contraindre, ou plutôt forcer la main comme pour dire c’est cela ou rien d’autre. De quelles forces tiennent-elles cette position ? Des lobbys d’argent ? Peut-être, puisqu’elles donnent des garanties à des prédateurs. Mais pas seulement aux prédateurs.

Les orientations dont on parle donnent des prérogatives exceptionnelles aux walis pour signer des contrats, et n’importe quel contrat, y compris avec des étrangers. Il ne faut pas oublier que notre pays subit des pressions majeures de lobbys de multinationales européennes qui font face à une crise économique sévère. Mais les auteurs de ces orientations oublient que la colère ne s’est pas arrêtée malgré la répression.

La majorité ne veut pas être sacrifiée ou mourir la bouche ouverte juste parce que le pillage ne passe pas. Les lois de l’histoire nous le disent. Les larges couches de la société ne se nourrissent pas du diktat des réactionnaires qui veulent plaire à la prédation. Cette période est la plus dangereuse. Nous ne pouvons pas dire que les jeux sont faits.

Nous ne nous battons pas pour rester indifférents à un processus, mais pour justement empêcher que le pays sombre dans le pire des scénarios. Nous voulons contribuer à la solution. Nous menons campagne pour une Assemblée constituante afin que la parole soit restituée ou donnée au peuple.

Cette Assemblée peut être convoquée, tout comme elle peut être arrachée. Nous luttons pour que le rapport de force ne soit pas du côté du pire, mais de celui d’une solution apaisée vers un système démocratique. Il s’agit de la sauvegarde de notre pays pour lui éviter le chaos. Nous n’accepterons pas le scénario du pire, parce qu’il signifie la mort de notre pays. Nous ne l’accepterons jamais. Pour nous, et malgré la dangerosité et la complexité de la situation, il n’est pas trop tard pour aller vers une sortie apaisée et sereine.

Seul en tant que parti, pouvez-vous arrêter ce «pire» des scénarios ?

Nous n’avons pas la prétention de représenter l’ensemble des travailleurs algériens et de larges couches de la société. Lorsqu’il y a une mobilisation populaire pour que le peuple prenne en main sa destinée, cela oblige chaque parti à se déterminer. A mon avis, les syndicats ont un rôle majeur à jouer pour aller vers une démocratie politique afin de préserver les acquis arrachés après les sacrifices d’Octobre 1988. Ne nous cachons pas la face, tous les partis sont traversés par des crises internes qui reflètent en réalité la crise du système.

L’exemple le plus flagrant est la situation du FLN, qui incarne l’ossature même du système. Les syndicats se retrouvent à l’avant-garde. Cela n’est pas nouveau. Lors de la crise de l’été 1962, c’est l’Ugta qui a stoppé la guerre fratricide sous le slogan «Sept ans barakat». Ce n’est pas propre à l’Algérie. En Tunisie, l’Ugtt est à l’avant-garde du combat démocratique, et partout dans le monde, ce sont les syndicats qu’on retrouve au premier rang des luttes.

Lorsque les partis politiques sont usés par les positions adoptées, cela provoque des crises qui les fragilisent et les déstructurent. Les syndicats entrent en scène pour jouer le rôle de rassembleur et d’unité des rangs. Nous constatons, ces derniers temps, de plus en plus de mouvements de syndicalistes de l’ugta ou autonomes, comme par exemple les syndicats de journalistes, qui vont nécessairement jouer un rôle majeur à court et moyen termes.

Bien sûr, le PT sera partie prenante pour formuler une issue. Dans de telles situations, même les mouvements ayant fait partie du gouvernement s’engagent politiquement dans une solution démocratique.


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