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Dossier

Les prix de l’immobilier en hausse malgré les nouvelles réalisations de logements : Les loyers hors de portée

28 novembre 2018 à 11 h 23 min

J’ai versé des dizaines de millions de centimes en loyers. De quoi me faire construire un château à Deauville.» Locataire depuis 2005, dont quatre ans dans une cité AADL à Aïn El Malha, quartier de Aïn Naâdja (Alger), Slimane(*) débourse une partie de son salaire dans les loyers.

«J’ai d’abord loué dans un site AADL pour 15 000 DA/mois. J’ai dû partir au bout de quatre ans car la propriétaire a voulu faire installer un parent dans son appartement. Ma vie dans ce quartier était un enfer. J’ai occupé l’appartement au moment de la montée des gangs à Gué de Constantine.

Des jeunes surexcités saccageaient des véhicules en stationnement et attaquaient à coups de cocktails Molotov les balcons des locataires», raconte ce quadragénaire, père de trois enfants et employé d’une entreprise privée installée à Bab El Oued.

A Aïn Naâdja, où jusqu’à récemment les loyers étaient «plus ou moins abordables», une flambée est enregistrée depuis l’ouverture récente du métro (ligne A). «Tous les quartiers qui sont sur le tracé du métro et du tramway sont très chers. Pas moins de 40, 50 000 DA pour un F3 d’à peine 80 m2, dégradé, sans commodités ni meubles», s’irrite Slimane.

La hausse touche des quartiers du centre-ville, à l’instar de La Casbah, Belouizdad, ou Bab El Oued, où des immeubles privés sont classés IMR (Immeuble menaçant ruine).

Khaled, appariteur dans une entreprise privée, affirme avoir été obligé de louer un…couloir dans son quartier de La Casbah. «Grâce à l’aide de ma famille, j’ai pu payer l’avance d’une année de 24 millions de centimes pour louer un studio, en réalité une minuscule pièce avec des toilettes turques et une petite cuisine.

Quand tu ouvres la porte, tu entres directement dans la chambre à coucher. J’ai loué… un couloir», dit-il. Après une année dans ce studio de la rue Debih Cherif, il est contraint de revenir chez ses parents dans le même quartier : «Le propriétaire, pourtant une connaissance, n’a pas voulu me renouveler le bail lorsque je lui ai demandé de payer le loyer au mois. Il m’a juste dit :  »Samahni meddar » (Sors de chez moi).»

L’infortuné locataire a décidé d’insérer une annonce dans un journal en prenant le soin de mentionner qu’il était à la recherche d’un «loyer raisonnable» dans les environs de Kouba, Bir Mourad Raïs… «Un monsieur de Garidi m’appelle et me propose deux logements à pas moins de 60 000 DA. Devant mon étonnement, la personne m’explique que sa proposition est justement… raisonnable. J’ai dû emprunter de l’argent pour relouer loin de l’école de mon enfant et du boulot. Avec le treizième mois pour le  »semsar » (intermédiaire) qui m’a dégoté le studio. Mais je me demande comment je vais me débrouiller l’année prochaine, alors qu’entre-temps je dois rembourser pour payer l’avance d’une année», s’inquiète-t-il.

Assurés de l’impunité, des marchands de sommeil louent des logements insalubres, sur-occupés à de jeunes couples ou des travailleurs venus des autres wilayas du pays. «J’en connais qui mettent en location des garages. La famille a toute son intimité sur le trottoir en remontant le rideau. D’autres occupent des caves humides ou des studios qui sont des tombes. Les conséquences sur la santé physique et mentale des occupants sont horribles. Les gens sont atteints de maladies respiratoires, d’anorexie et leurs couples connaissent des problèmes», s’offusque Slimane, dont le fils souffre d’asthme.

Des cadres, des étudiants célibataires préfèrent louer à plusieurs pour partager le loyer. «J’ai loué avec des collègues chez un haut cadre de l’administration d’un ministère régalien.

Il a été cité par l’IGF dans un de ses rapports ; deux de ses fils étaient propriétaires de logements construits dans le cadre d’un fonds public alors qu’ils n’y ouvrent pas droit car résidant à l’étranger, en Belgique.

Avec ces gens, moi, il me sera impossible d’accéder un jour à la propriété», enrage Smaïl, un cadre universitaire, faisant remarquer que les célibataires, filles ou garçons, souffrent plus que les couples avec enfants.

Un FSL algérien ?

Dans les quartiers chics d’Alger, les prix ne sont «accessibles» que pour une petite catégorie, assez souvent des expatriés ou des cadres de l’administration ou des particuliers à fort pouvoir d’achat. Echantillon : dans l’immeuble Shell à Hydra, un bel F4 aménagé en F3, superficie 100 m2, est proposé à 15 millions de dinars négociable.

Selon l’encart inséré sur le site d’annonces Ouedkniss.com, l’heureux locataire devrait disposer de toutes les commodités : une place de parking attitrée, toutes les commodités et possibilité de meubler.

Dans le même quartier, un F3 de 100 m2, au troisième étage d’un immeuble, est cédé à 23 millions négociable…
Les locataires potentiels, qui consultent frénétiquement les sites internet et leur déclinaison sur les réseaux sociaux (Ouedkniss, Lkeria, etc.), ou recourent à des «smasria» et parfois des agences immobilières, adoptent plusieurs stratégies : sortir de l’hyper-centre urbain et chercher une location dans des quartiers de la périphérie des villes.

Plus on s’éloigne du centre-ville, plus les loyers sont accessibles. Avec parfois des conséquences fâcheuses : l’éloignement et les problèmes de transport, pour ceux qui ne sont pas véhiculés.

«A partir d’une certaine heure, les bus n’assurent plus les dessertes vers les hauteurs d’Alger, ou des localités comme Larbaâ, Baraki, pour ne pas s’éloigner vers Meftah et les wilayas de Blida ou Boumerdès. Il n’y a pas de bus privés ou de l’Etusa vers ces localités à partir de 18h-19h.

Il faut voir tous ces gens quand ils descendent à Baba Ali et continuent leur route, certains à pied et d’autres se font racketter par des clandestins», se désole Ahmed, employé d’une agence commerciale d’Alger-Centre, qui a dû louer un niveau de villa à 25 000 DA à Ouled Belhadj (Saoula).

Si une hausse des loyers est signalée ces derniers mois à Alger, dans certaines grandes villes du pays une «stagnation» est enregistrée. «Alger, il y a eu une tendance à la hausse. Les prix atteignent parfois 50 000 DA.

Ailleurs, il y a eu stagnation et même une légère baisse dans certaines régions», estime Nordine Menaceri, chargé de la communication à la Fédération nationale des agences immobilières (FNAI).

Selon ce responsable de la fédération et propriétaire d’une agence immobilière à Constantine, les prix restent «très excessifs» dans tous les cas de figure : «Les prix restent tout de même très excessifs. A Oran, Annaba, on est dans la même fourchette»

Pour Hacène Menouar, président de l’association El Aman de protection des consommateurs, le marché de la location pose problème en raison, signale-t-il, du retrait de l’Etat et de l’absence des promoteurs privés. «On n’a pas construit des logements à louer.

Ni l’Etat ni les promoteurs privés ne l’ont fait. L’Etat, à travers les projets OPGI, a réalisé des logements sociaux locatifs, donc des logements qui restent subventionnés et dont le loyer est insignifiant.

Mis à part cela, les logements distribués sont destinés à la propriété directe à long terme. Les promoteurs privés ne veulent pas s’aventurer, ils veulent gagner le rapidement et rembourser dans les meilleurs délais, ce qui fait que l’offre est très inférieure à la demande.

Les prix ne font qu’augmenter», détaille-t-il. Les locataires souhaitent la mise en place d’un parc locatif ou à défaut des aides de l’Etat et un contrôle des loyers. «Le problème n’est pas dans l’importance de la demande. En France, par exemple, il y a l’aide publique à travers le FSL (Fonds de solidarité logement).

Dans ce cas, c’est l’Etat qui se porte garant en cas d’impayés. Pourquoi ne pas engager ce système chez nous ?» s’interroge un responsable d’une agence immobilière d’Alger, membre de la FNAI, organisation qui a réclamé à cor et à cri l’obligation de passer par ses agences pour le contrôle des opérations et ainsi permettre de réduire les loyers.

M. Menouar appelle à encourager des promoteurs étatiques (OPGI, AADL, etc.) et privés à se lancer dans la réalisation de logements sociaux, des HLM.

«C’est à l’Etat de faire le premier geste à travers ses promoteurs, et puis, il faudra encourager le projet par un système de facilitations pour l’acquisition de terrains ou des aides fiscales à destination des promoteurs pour la location à la périphérie des villes et même à l’intérieur», suggère-t-il.

(*) Les prénoms ont été changés


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