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Une maladie du moyen-âge, la répression de Mouwatana, des films interdits…

Les ingrédients d’une rentrée «choléreuse»

10 septembre 2018 à 3 h 00 min

Cette rentrée 2018 s’annonce décidément bien mouvementée. Il y a d’abord le choléra, cette maladie résurgente qui témoigne, si besoin, d’un mal autrement plus profond et plus inquiétant.

Au-delà des statistiques, c’est l’épidémie en tant que symptôme de l’état général de notre société, de la déliquescence de la nation, qui pose question. Rien que le mot sème l’effroi : «choléra», cette «maladie du moyen-âge», comme on l’a rappelé ici et là, qui revient comme un rat rampant. Et le sentiment d’un pays entier en quarantaine, sous embargo.

La faute à la cacophonie communicationnelle qui a entouré cette affaire. Il y a eu les approximations du département du Pr Hasbellaoui. Mais il faut dire aussi qu’on a laissé le ministère de la Santé se dépatouiller tout seul avec l’opinion. «Les autres ministères concernés par cette crise, certes dans une moindre mesure, n’ont pas été d’un grand soutien au ministère de la Santé», faisait remarquer Mohamed-Cherif Amokrane, spécialiste en communication de crise, dans une interview à El Watan (édition du 1er septembre 2018).

Le même expert soulignait : «La situation est très chargée symboliquement ; dans la tête du public, le choléra est une maladie du moyen-âge, sa réapparition est perçue de ce fait comme un grand échec.» Dès lors, l’irruption du signifiant «choléra», un fléau censé être éradiqué depuis longtemps, aurait dû mettre en alerte le gouvernement tout entier. Or, il y a comme un manque de solidarité gouvernementale dans la gestion de cette crise et un manque de consistance dans la réponse apportée.

Une affaire de dignité humaine

C’est aussi le genre de situations où l’on aurait aimé avoir un Président debout, en possession de tous ses moyens et allant au chevet des malades. Même le Premier ministre, M. Ouyahia, s’est montré bien discret dans cette épreuve. Impression d’un pays, d’une population, livrés à eux-mêmes…

Que des Algériens attrapent le choléra, c’est une violence symbolique inouïe, une atteinte à la dignité humaine. Il y a eu même une brève rumeur qui a circulé, selon laquelle les ressortissants algériens auraient besoin de se munir d’un «certificat de bonne santé» en se présentant devant la PAF des pays européens sous peine d’être refoulés ou bien confinés dans des «lazarets» réactivés, vous savez, ces lieux où l’on mettait à l’isolement les voyageurs contaminés, à l’image du Lazaret d’Arenc, à Marseille, au XVIIe siècle.

Devant l’ampleur virale prise par cette «fake news», l’ambassade de France a été obligée de faire un démenti en précisant qu’«aucune mesure de ce type n’a été mise en place par le ministère des Solidarités et de la Santé». Toujours est-il qu’en termes d’image, le mal est fait. Et ce n’est pas fini. De nouveaux cas se seraient déclarés à Aïn Taya et à Oran. Affaire à suivre…

Mouwatana sème la panique à Constantine

Autre image qui retient notre attention : celle des camions à ordures mobilisés sur les places publiques,  samedi dernier, à Constantine, pour empêcher les leaders du mouvement Mouwatana, d’aller à la rencontre des citoyens, avant qu’une armada de policiers ne vienne embarquer les têtes d’affiche du mouvement. Cela rappelle vivement la violente répression qui s’était abattue sur le mouvement citoyen Barakat et tous les opposants au 4e mandat, en 2014.

A voir le dispositif policier mobilisé, on se dit que le pari de Mouwatana est gagné : le pouvoir en place est comme pris de panique. Il reconnaît implicitement sa fragilité. Comme en 2014, malgré l’état de décomposition avancée de la fonction présidentielle, aucune voix discordante ne sera tolérée. Un vieux classique des dictatures croulantes.

Le mérite de Mouwatana est de relever le seuil de la contestation et de porter l’indignation citoyenne face au coup de force du 5e mandat à un niveau plus élevé. Dans une vidéo postée sur Facebook, on voit Zoubida Assoul, la porte-parole du mouvement, marteler : «Si le pouvoir a peur des initiatives politiques comme celle de Mouwatana, c’est parce qu’il sait que l’Algérien en a marre de ce système. Il a désespéré de ce régime.

C’est pour cela que chaque initiative qui veut aller vers le peuple et proposer une alternative politique est réprimée.» Amira Bouraoui, l’une des figures de proue de ce mouvement, et qui a eu elle aussi maille à partir avec la police, à Constantine, a assuré sur sa page Facebook que Mouwatana est déterminé à poursuivre sa tournée de proximité auprès des citoyens aux quatre coins du pays : «J’ai parlé ce matin avec Soufiane Djilali. J’ai une info : la prochaine wilaya après l’altière Constantine, ça sera Béjaïa, la bougie éblouissante. Après, il y aura Oran la radieuse, puis le Sud séculaire…» La rentrée politique est bien lancée…

Ecran noir pour le cinéma

Enfin, un mot sur l’actualité culturelle. Et c’est le cinéma qui fait le plus parler de lui et soulève les passions. Sans que le public puisse, hélas, voir les images. Référence bien sûr aux deux films interdits en l’espace de quelques jours et qui ont défrayé la chronique. Il y a eu d’abord le biopic sur Larbi Ben M’hidi réalisé par Bachir Derraïs, qui a provoqué un tollé. Il y a eu ensuite le magnifique Fragments de rêves, de Bahia Bencheikh El Fegoun, qui a été déprogrammé aux Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB) à défaut d’un «visa culturel».

Véritable hymne à la dignité humaine, le film suit le parcours de quatre figures de la résistance citoyenne, dont la réalisatrice s’est attachée à documenter les luttes : Tahar Belabbes, ancien leader du mouvement des chômeurs (CNDDC), à Ouargla ; Tarek Mammeri, blogueur et activiste iconoclaste ; Adel Sayed, le poète flamboyant de Tébessa qui a littéralement enterré ses poèmes. Enfin, le film suit le mouvement des médecins grévistes.

Notons que Fragments de rêves a été montré dans plusieurs festivals internationaux. Il a décroché «Al Ard Award», un prix décerné par un festival du film palestinien basé en Italie qui s’appelle «Al Ard [doc]». Devant ce fait du prince, l’association Project’Heurts, organisatrice des Rencontres cinématographiques de Béjaïa depuis 16 ans, a annoncé, par la voix de la directrice artistique du festival, Laila Aoudj, «l’arrêt des RCB jusqulà ce que les conditions de libre exercice soient assurées» en dénonçant «un contexte où les libertés au sein du monde du cinéma algérien sont de plus en plus menacées».

Rappelons le précédent Vote off de Fayçal Hammoum qui a subi le même sort lors de l’édition 2016 du festival. Le film dressait le portrait de jeunes abstentionnistes dans le contexte de l’élection présidentielle de 2014.


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