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Pr Tabti Madjid. Pédopsychiatre : «Les enfants ont besoin d’être informés sur les raisons de leur confinement»

22 avril 2020 à 7 h 01 min

– Quels sont les effets ou les troubles que l’on peut observer chez l’enfant après un confinement prolongé ?

La réaction psychologique des enfants face à la situation de confinement peut varier d’un enfant à un autre ou d’une famille à une autre en fonction de plusieurs facteurs, dont les habitudes classiques des familles à sortir ou à rester chez soi, les fragilités individuelles et familiales, les espaces de vie, appartement ou villa, présence ou non d’un jardin…

En fonction de l’âge, les tout-petits en souffrent moins que les grands. Mais globalement, les enfants peuvent au début manifester une certaine joie en croyant que le fait d’arrêter l’école leur donnera un grand temps pour jouer et faire ce qu’ils aiment.

Mais rapidement, ils sont frustrés par les interdictions de sortie et la peur face à la menace de contamination. La détresse psychique des enfants peut se manifester par plusieurs symptômes que les parents doivent surveiller : il peut s’agir de pleurs et une irritabilité excessive, l’énurésie secondaire, l’augmentation de l’impulsivité chez l’adolescent, des difficultés d’attention et de concentration, un évitement des activités qui procurent le plaisir habituellement.

Des comportements pathologiques peuvent aussi se manifester, tels qu’une instabilité importante, des bagarres multiples entre la fratrie, une insomnie d’endormissement avec possibilité d’inversion du rythme nycthéméral, c’est dire veiller la nuit et dormir la journée, une obésité due au grignotage et un abus d’utilisation des écrans.

Des troubles psychiatriques plus complexes, tels que des psychoses, des troubles anxieux ou des troubles de l’humeur, peuvent apparaître ou s’aggraver chez les enfants et adolescents en période de confinement.

Mais dans ce cas, le confinement n’est pas considéré comme une cause, mais un facteur déclencheur d’un trouble sur une personnalité déjà prédisposée, fragile, ou bien une rechute d’un trouble auparavant équilibré par les médicaments ou la psychothérapie. On peut citer dans ce même registre, les difficultés que peuvent vivre les parents d’enfants handicapés psychiques (autistes et autres) suite à l’aggravation de la pathologie de ces derniers.

– Les services de pédopsychiatrie de notre pays ont-ils déjà reçu des enfants impactés par le confinement sanitaire ?

Oui, en particulier les enfants et adolescents qui sont déjà suivis pour des troubles psychiques ou du comportement chez qui ces troubles ont été aggravés par la situation de confinement. On peut citer l’exemple d’un adolescent qui a refusé de respecter le confinement et s’est opposé à son père qui a essayé par tous les moyens de la garder à la maison.

Le père, qui a cherché à comprendre les raisons du comportement de son fils, a découvert que ce dernier est toxicomane, forcé par sa dépendance à sortir de manière itérative pour se procurer sa dose. Concernant les enfants qui ne présentent pas un terrain de prédisposition aux pathologies mentales, on a reçu plus d’appels des parents qui nous demandent des conseils sur la façon de les gérer en cette période de confinement.

– Depuis au moins un mois, les familles font face à une situation inédite. Comment rendre le quotidien moins anxiogène afin de retrouver une forme de sérénité et d’équilibre entre les membres, notamment les enfants ?

Les membres de la famille doivent communiquer entre eux sur cette situation en abordant les différentes difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans le but de les anticiper et les traiter à temps. Il est important que les deux conjoints prennent conscience de l’augmentation des risques de conflit, pour les éviter au maximum, car la tension des parents est facilement transmissible aux enfants.

On dit dans ce sens que les émotions sont aussi contagieuses que le Covid-19. Les enfants ont besoin d’être bien informés sur cette pandémie, raison de leur confinement. Il faut aussi les rassurer et structurer leur quotidien avec un programme varié, alternant des moments d’apprentissage ludique avec des activités récréatives de jeu, loisirs et sportives.

Les faire participer dans l’élaboration de ce programme rendra leur adhésion plus forte à son contenu et renforcera leur estime de soi. C’est important de leur être disponible, écouter et encourager l’expression de leurs angoisses et répondre à leurs questions.

Savoir respecter les moments d’isolement et l’intimité de chacun pour rendre les rencontres familiales plus agréables. Encourager la communication par téléphone et internet avec les amis et les membres de la famille élargie. En cas de besoin, ne pas hésiter à contacter un numéro vert pour demander une orientation, des conseils, voire une consultation en ligne avec un psychologue ou un pédopsychiatre.

– Comment aider ses enfants à mieux comprendre cette nouvelle situation, qui les prive de leurs habitudes et du grand air, afin qu’ils vivent mieux le confinement ?

Il est important d’expliquer aux enfants la situation de confinement et ne pas tomber dans le piège du stéréotype social, qui dit que les enfants ne comprennent pas ce qui se passe et que c’est inutile de leur faire part de la situation. Bien au contraire, ils sont très attentifs et suivent les discours des adultes, leurs réactions et leurs peurs, même s’ils ne disent rien. Même les nourrissons qui ne comprennent pas le langage parlé peuvent comprendre celui du corps.

Par exemple, la maman qui tient son bébé dans ses bras peut communiquer son angoisse à son enfant par son corps. Concernant la façon dont il faut aborder le sujet avec eux, elle peut différer d’un enfant à l’autre en fonction des familles et de l’âge.

Mais globalement, il y a des règles à respecter, comme le fait de les interroger sur ce qu’ils ont compris de ce qui se passe autour d’eux, puis utiliser les mots simples pour leur expliquer le virus, l’infection et le système immunitaire ; dans ce sens, quelques expert conseillent de recourir aux images, voire à quelques dessins ou dessins animés qui ont déjà caricaturé le fonctionnement du corps humain et sa lutte contre les différents microbes.

Expliquer aussi de manière simple les voies de contagion dans le but d’aborder par la suite les moyens de prévention. Mais dans tous les cas, il faut rassurer les enfants, les écouter et encourager l’expression de leurs peurs.

– Quelles sont les activités que vous pouvez conseiller pour aider les enfants à dépenser leur énergie, eux qui sont habitués à bouger tout le temps ?

Il existe plusieurs moyens pour canaliser l’énergie des enfants, comme le fait de programmer des moments d’activités sportives en s’aidant des vidéos disponibles sur internet pour cet effet.

On peut aussi leur proposer des ateliers de dessin, de cuisine, de bricolage ou des jeux de société. Il existe une multitude de sites internet, d’accès gratuit et rapide, qui proposent différentes activités pour occuper les enfants.

Les parents doivent aussi développer leur intuition et leur sens de créativité pour proposer, en fonction des désirs des enfants et des habitudes familiales, des activités inspirées de la culture algérienne.

– En tant que pédopsychiatre, quels sont vos conseils aux parents ?

La capacité d’une famille à bien gérer le confinement dépend de l’état d’esprit des parents. Il est important pour les  conjoints de gérer leur propre stress, qui est naturel face, avant tout, aux risques de contamination puis aux aléas du confinement. Eviter au maximum les disputes et les gérer quand elles surviennent les aideront beaucoup dans la gestion de la situation.

Il ne faut pas céder à la colère, ce qui risque de conduire à maltraiter par le châtiment corporel les enfants qui font plus de bruit que d’habitude. Puis, on invite les parents à positiver et voir la moitié pleine du verre. C’est une occasion de retrouver sa famille, de jouer avec les enfants, d’évoquer quelques souvenirs, de faire son bilan, d’élaborer un plan pour l’avenir, de dépenser plus rationnellement son argent ; bref, de revoir sa façon de vivre vers
le mieux. 



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