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Le Venezuela s’embourbe dans la crise : Les conséquences dramatiques de l’économie rentière

04 septembre 2018 à 3 h 39 min

C’est l’exode le plus massif de l’histoire de l’Amérique latine. Les Vénézuéliens quittent par milliers leur pays plongé dans une grave crise économique et politique. Le HCR et l’OIM estiment qu’environ 2,3 millions de Vénézuéliens vivent à l’étranger.

Plus de 1,6 million de personnes ont quitté le Venezuela depuis 2015, dont 90% vivent en Amérique du Sud. Le pays de Nicolas Maduro est au fond du gouffre.

Paula Vasquez, sociologue à l’Université centrale du Venezuela et chargée de projet à l’Unicef à Caracas entre 1996 et 1997, fait, dans une interview au Figaro (7 août 2018). «La situation est inimaginable. Même les milieux favorisés n’ont plus d’argent et de pouvoir d’achat», rapporte-t-elle.  «Il y a une telle défaillance de la Banque centrale vénézuélienne quant à l’émission de monnaie et à l’hyperinflation que le pays est ravagé. Les gens ont faim et manquent de travail.

La vie quotidienne est dramatique, c’est la pénurie permanente qui s’est installée. Et il y a un contrôle de l’accès à la nourriture», souligne la chercheuse vénézuélienne qui affirme que «tout ce qui ressemblait à une économie fonctionnelle a disparu».

Selon elle, «l’Etat socialiste de Chavez s’est transformé en une entreprise exportatrice de pétrole en faillite». «On produit 60 000 barils de moins chaque jour. PDVSA, l’entreprise nationale, produisait 3,5 millions de barils par an au début de la gouvernance de Chavez, aujourd’hui la production est passée sous la barre du million», détaille Paula Vasquez.

Selon les chiffres apportés par le Venezuela à l’OPEP, et repris par Mediapart en avril dernier, la production pétrolière vénézuélienne est passée d’une moyenne de 2754 millions de barils par jour en avril 2013 à 1,769 million de barils/jour en janvier 2018, et à 1,560 en mars 2018, ce qui équivaut à une chute de 43,4% par rapport à avril 2013. Fin 2017, le Venezuela a cumulé 4 années de suite de contraction économique.

Christine Lagarde, directrice du FMI, citée par la même source, affirmait que l’économie vénézuélienne s’est contractée de 40% entre 2014 et 2017. Conindustrias indiquait pour sa part qu’au second semestre 2013 les industries nationales tournaient à 53,9% de leurs capacités, pour le second semestre 2017, ce chiffre a chuté à 34,8%. Selon la commission finances de l’Assemblée nationale, souligne la même source, l’inflation a fermé l’année 2017 à 2616% et pour février 2018 elle avait déjà dépassé 6000%.

Ce n’est donc pas surprenant qu’entre avril 2013 et février 2018, le coût du panier alimentaire familial (Canasta Alimentaria Familiar – CAF) et du panier basique familial — les deux mesurés par le Cendas-FVM — ont été multipliés par 6890 et 5046 respectivement.

Selon une enquête des conditions de vie Encovi, réalisée par les trois principales universités du pays — Universidad Central de Venezuela UCV, Universidad Católica Andres Bello UCAB et Universidad Simón Bolívar USB —, la pauvreté a atteint en 2017 des proportions alarmantes, touchant 87% de la population.

L’analyse des données met en évidence que 30% correspond à une pauvreté chronique et que 58% a une pauvreté récente. En plus, 9 Vénézuéliens sur 10 ne sont pas en mesure de payer leurs aliments au quotidien. 10 millions de personnes prennent 2 repas, voir 1 seul par jour et 6 Vénézuéliens sur 10 ont perdu en moyenne 11,4 kilo l’année dernière.

C’est en fait cette situation tragique qui pousse sur les routes de l’exil des centaines de milliers de Vénézuéliens. «Il y a dix ans, la rue frémissait de politique. On y parlait de Constitution, de réduction de la pauvreté, de participation populaire. Et pas seulement à gauche.

En 2016, les gens n’ont plus qu’un sujet à la bouche : la nourriture. A la mi-novembre 2016, le riz coûtait 2500 bolivars le kilo, ce qui le renvoyait dans le domaine de l’inaccessible», écrivait en décembre 2016 le Monde diplomatique, sous la plume de Renaud Lambert.

Ce dernier livre une analyse très juste sur la descente aux enfers de l’économie vénézuélienne en s’appuyant sur les données fournies par des responsables, anciens ou en poste à Caracas.Il a tracé le cheminement inéluctable de toute économie fondée sur la rente.

De la crise financière au drame humanitaire

Exactement comme la nôtre en Algérie. «Alors que les réserves de devises s’effondrent, le pouvoir bolivarien prend la seule mesure adaptée : en février 2003, il introduit un contrôle des changes et fixe la parité entre la monnaie nationale et le dollar (le précédent contrôle des changes avait été interrompu en 1996).

A partir de ce moment, l’Etat se réserve la capacité d’allouer ou non les dollars que lui demande telle ou telle entreprise pour importer, souligne Renaud Lambert. «Chávez découvre qu’il dispose d’un pouvoir extraordinaire.

Non seulement la rente permet de satisfaire les besoins de la population, mais elle offre la possibilité de punir ceux qui avaient conspiré contre le pouvoir en leur refusant les devises.» Privées de dollars, bien des entreprises mettent la clé sous la porte, à moins que leur patron ne fasse amende honorable. «Car la rente garantit enfin la loyauté des entrepreneurs opportunistes», explique au Monde diplomatique Víctor Álvarez, ancien ministre des Industries de base et du secteur minier (2005-2006).

«La politique du bolivar fort a constitué une subvention à l’ensemble de l’économie», renchérit le sociologue Edgardo Lander. «La rente finançait la consommation, voitures de luxe et billets d’avion compris.» «Le Venezuela connaît une période d’abondance. Le PIB par habitant frôle son niveau de 1977, l’apogée d’une période connue comme le ‘‘Dame dos !’’ («J’en prends deux !»).

Lorsque la crise financière internationale oriente le cours du pétrole à la baisse, en 2008, la rente ne suffit plus à couvrir la facture des importations», écrit la même source. «Avec l’annonce officielle du décès du premier, on constate la mort clinique de la seconde.

Le modèle socioéconomique chaviste s’effondre d’autant plus vite que plus personne, pas même le nouveau président Maduro, n’est en mesure d’opérer la moindre modification.» Dans un autre article consacré au Venezuela, Renaud Lambert élargit la grille de lecture pour comprendre la crise qui secoue ce pays caribéen.

En plus des raisons qui ont conduit à la panne économique, il y a le sous-bassement politique que personne ne peut ignorer. Selon lui, «les choses seraient en réalité d’une simplicité aveuglante : 1) le Venezuela détient les plus importantes réserves pétrolières du monde ; 2) les Etats-Unis entendent contrôler les ressources énergétiques planétaires ; et donc 3), Washington manœuvre pour remplacer M. Maduro par un pantin plus sensible à ses intérêts».

Nicolas Maduro fonde d’ailleurs toute sa propagande sur ce troisième aspect en soutenant même que la crise économique est le fait de mains étrangères. Mais la réalité est là. 7% des Vénézuéliens ont fuit leur pays.

Des prévisions annoncent une inflation qui pourrait atteindre 1 000 000%. La crise financière est en train de se transformer en un véritable drame humanitaire.


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