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Le pouvoir reste intransigeant sur la «solution constitutionnelle» à la crise : Le blocage

28 août 2019 à 10 h 30 min

Dualité du pouvoir. Après six mois d’une historique insurrection citoyenne permanente, les Algériens se sont imposés pacifiquement comme le centre de gravité politique.

Ils défient avec force les «projets politiques» du régime et ankylosent sa machine de reproduction. La fabrique du système est en panne irréparable. Fini le temps de passage en force. Désormais, rien ne peut se faire sans l’approbation des citoyens.

En réussissant à mettre en échec l’hypothétique 5e mandat avant de dégager Abdelaziz Bouteflika et disqualifier l’essentiel du personnel composant sa galaxie, le «peuple du vendredi» a récupéré des parts importantes de sa souveraineté.

Sur le chemin de son émancipation, il a empêché la tenue de deux élections présidentielles, rendu inopérante toute démarche politique émanant du haut de la pyramide de l’Etat et, surtout, paralyse l’action d’un gouvernement placé quasiment en quarantaine. Les gigantesques marches du vendredi sont des référendums en faveur du changement, mais agissent également comme un veto populaire brandi contre toute tentative de détourner le cours de la révolution.

Légitimés par la justesse de leurs revendications et par le fait d’avoir épargné au pays les dangers du bouteflikisme hégémonique, crédibilisés par leur méthode de lutte, les millions d’Algériens qui ont consacré le vendredi «jour de la démocratie» à conquérir, sont devenus une force politique en mouvement, qui tend à instaurer une nouvelle règle du jeu politique. Il constitue un pouvoir réel face au pouvoir formel qui vacille.

Il lui dispute le sens de l’initiative politique, lui impose la marche à suivre et enfin perturbe sérieusement l’agenda du système longtemps établi. C’est une force qui rassure et protège. Jamais le pays n’a été aussi serein qu’en ces mois insurrectionnels qui opèrent des transformations culturelles et sociétales dans le pays. In fine, c’est un processus révolutionnaire qui s’est mis en marche depuis la fameuse journée du 22 février et agit en exécutant des ruptures à plusieurs niveaux.

«Peuple réel VS peuple invisible»

Accrochés mordicus à la lettre et à l’esprit d’un système de gouvernance en état de dépérissement, les rescapés du régime Bouteflika peinent à entrer en résonance avec l’âme de la révolution de Février. Ils refusent d’admettre que l’Algérie a rompu irrémédiablement avec l’ordre ancien pour s’inscrire dans une nouvelle ère politique. Ils ne veulent pas prendre acte. Certes détenteurs formels du pouvoir de l’Etat, ils n’ont plus les moyens de l’exercer.

L’expression politique qu’incarne le gouvernement est réduite à sa plus simple expression. Les ex-compagnons de Bouteflika sont dépourvus d’instruments et de relais sérieux et efficaces dans la société pouvant porter leur projet. Leurs partis traditionnels et leurs organisations satellitaires sont comme anéantis.

Longtemps imprégnés de la culture de domination, de cooptation et exempts du devoir de reddition des comptes, les héritiers du Président déchu se trouvent en porte-à-faux avec les aspirations citoyennes, à contre-courant de la marche de l’Histoire. Ils sont frappés d’illégitimité et d’illégalité depuis au moins le 9 juillet passé. Mis en minorité politique, sans ancrage populaire et institutionnel, il leur reste l’unique et ultime pouvoir : celui de bloquer.

Dans cette confrontation qui oppose le pouvoir retrouvé du massif «peuple de vendredi» aux «dépositaires du «temple moisi» d’El Mouradia, l’issue reste incertaine.

Elle peut évoluer dans un sens comme dans l’autre. Les risques d’une explosion sont redoutés par certains, mais les possibilités d’une éclosion sont souhaitées par tous. Il est certain que la majorité des Algériens poussent vers un dénouement salutaire pour toute l’Algérie. D’évidence, la marge de l’imprévu redevient large et replace le pays dans une situation d’incertitude dominée par l’équilibre de la terreur. Le refus inexpliqué qu’ils opposent à l’exigence du changement démocratique, pourtant porté par des millions de citoyens à travers tout le territoire national, conduit à l’impasse.

Toutes les idées, propositions, initiatives et formulations portées par le mouvement populaire, auxquelles s’ajoutent celles des partis de l’opposition sont violemment combattues. Comme durant la période précédant le 22 Février, ils jouent la carte du statu quo. Le discours officiel d’aujourd’hui reprend à l’identique la terminologie menaçante défendant l’option du 5e  mandat de Abdelaziz Bouteflika.

Et ses défenseurs acharnés se recyclent avec le zèle des nouveaux convertis et tentent de se replacer dans le nouveau panorama politique. Au déni de la nouvelle réalité politique qui s’est installée dans le paysage depuis l’insurrection partie de Kherrata et Khenchela, les héritiers du régime Bouteflika s’enferment dans l’illusion et s’expriment au nom d’un peuple invisible et qui n’existe pas. Curieuse ressemblance avec la période d’avant le 22 février.

Une actualisation de la version du 5e mandat et ses millions de parrainages citoyens. Aucune leçon n’a été retenue. A force d’obstination et d’attitudes véhémentes, les détenteurs du pouvoir de l’Etat rendent difficile la possibilité d’un compromis historique qui devrait être la meilleure réponse à la crise. La négociation devant servir d’instrument de règlement de ce grand malentendu historique semble évacuée de l’ordre du jour.

En face, le «peuple du vendredi» n’entend pas céder ni au chantage ni aux menaces. Conscient de sa puissance, il compte porter sa révolution jusqu’à son triomphe final. Sa résistance face aux épreuves des temps – durs –, de manipulations et coups tordus lui procure de l’énergie pour poursuivre le chemin. Les six premiers mois étaient des étapes de rejet qu’il faudra «transformer en projet». A charge pour ceux qui incarnent l’autorité de l’Etat – écornée – de faciliter la tâche et de se hisser à la hauteur de l’histoire qui se joue.

La question de garder le pouvoir devient de fait insignifiante. Il s’agit de l’énorme enjeu du destin d’une nation qui s’efforce à rejoindre le siècle de la modernité. C’est le défi à relever. C’est ce choix qui est fait, assumé et défendu par les Algériens depuis des mois. Ils ne sont pas près de lâcher l’histoire.


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