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mercredi, 19 décembre, 2018
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Le phénomène de la harga de plus en plus alarmant : Le grand naufrage

05 décembre 2018 à 11 h 04 min

Le phénomène de l’émigration clandestine (appelée communément la «harga») prend une ampleur sans précédent ces dernières années, en Algérie. Que ce soit à partir des côtes de l’Oranie, ou celles de l’est du pays, il ne se passe pas une semaine sans qu’on ait vent d’un convoi de harraga, des deux sexes, qui prend le large en direction de l’Espagne ou de l’Italie. La plupart de ces candidats à l’émigration clandestine n’ont pas la trentaine, et on y compte autant d’Algériens que de ressortissants subsahariens.

Au niveau de l’Oranie, les jeunes en partance pour les côtes ibériques, à bord d’embarcations de fortune, prennent le large, le plus souvent, à partir de Ghazaouet, Mostaganem, Oran, et, à un degré moindre Aïn Témouchent. Rien que dans la nuit de dimanche à lundi derniers, ils étaient 97 harraga à avoir été interceptés par les gardes-côtes, au large de différentes plages de l’ouest du pays. Dimanche dernier à 1h, 34 autres harraga, à bord de deux embarcations pneumatiques, ont été sauvés in extremis par les gardes-côtes, tandis que les corps de deux d’entre eux ont été repêchés sans vie.

Cet été, des jeunes, à bord de zodiacs, ont mis le cap sur l’autre rive de la Méditerranée, et sont arrivés sains et saufs en Espagne, ce qui a créé une sorte d’appel d’air. Nombre de vidéos circulent sur internet, où on voit des harraga mettant le cap sur l’Espagne, avec le V de la victoire et l’air déterminé. D’après plusieurs témoignages, les harraga se nourrissent, durant le trajet, essentiellement de pâte de dattes compressées, un aliment commode à transporter, et qui est le plus à même de leur de donner assez de force et d’énergie pour supporter les péripéties de la mer.

Il faut noter cependant que le phénomène de la harga, s’il est inquiétant à plus d’un titre, n’est pas propre à l’Algérie. Au Maroc voisin, la situation est quasi-pareille, sinon pire. C’est en tout cas ce qui ressort de l’intervention de l’ambassadeur d’Espagne en Algérie, Fernando Moran Calvo-Sotelo, qui avait fait part, lors d’un point de presse à Oran la semaine dernière, du sauvetage, en un jour, de plus 900 migrants marocains par les gardes-côtes espagnols, partis d’une plage de l’est du Maroc.

Le représentant de l’Espagne en Algérie avait aussi signalé que le taux de réception, dans son pays, de migrants illégaux a triplé cette année par rapport à 2017. «Tous les jours, nous recevons des migrants, et le gouvernement espagnol, en coopération avec la société civile et spécialement la Croix-Rouge espagnole, fournit de grands efforts. La Croix-Rouge est chargée de l’accueil de ces migrants et du début du processus d’intégration dans la société. On fait un effort vraiment extraordinaire», avait-il déclaré.

L’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) a signalé, en octobre dernier, que près de «45 900 migrants en situation irrégulière sont arrivés par la Méditerranée occidentale au cours des dix premiers mois de 2018, soit plus du double de ce qu’ils étaient il y a un an».Parmi eux, précise l’agence européenne, les ressortissants marocains, guinéens et maliens représentent le plus grand nombre de migrants en situation irrégulière qui optent pour cette voie pour atteindre les côtes européennes.

En Algérie, pour endiguer le phénomène, ou tout au moins le freiner, les pouvoirs publics, à grands renforts de religion (fatwas des imams, prêches du vendredi, etc.), tentent de dissuader celles et ceux qui seraient tentés par cette aventure périlleuse. Mais pour beaucoup d’analystes, cette démarche ne peut aboutir et fait l’effet de coups d’épée dans l’eau, étant entendu, d’après l’affirmation de certains, que c’est justement le conservatisme et la bigoterie distillés dans la société qui poussent ces jeunes désabusés et en mal de perspective à prendre le large, même clandestinement.

Fait nouveau : à la fin du mois de novembre dernier, les autorités locales de Mostaganem, devant l’ampleur sans précédent de la harga dans leur wilaya, ont lancé une campagne de sensibilisation contre ce phénomène. Cette campagne a été menée notamment par la direction de l’emploi et celle de la formation professionnelle.

Enfin, rappelons que durant les années 1990, à l’époque où le pays était à feu et à sang, la harga était un phénomène presque inexistant. Ce n’est qu’au milieu des années 2000 que le phénomène de s’embarquer à bord d’un esquif et tenter sa chance de l’autre côte de la rive est apparu, avant d’atteindre son point culminant durant les années 2007-2008. Après quelques années d’accalmie (le début des années 2010), voilà que depuis un peu plus de deux années, la harga reprend de plus belle, et autant dire que la détermination de ces jeunes d’arriver coûte que coûte en Europe, par quel que moyen que ce soit, n’a jamais été aussi forte.   

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