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vendredi, 20 septembre, 2019
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Le dialogue est dans l’impasse : Quelle chance de sortie de crise ?

01 août 2019 à 10 h 40 min

Il n’est plus question de perdre davantage de temps, car les élections constituent le point essentiel autour duquel doit s’axer le dialogue ; un dialogue que nous saluons et espérons qu’il sera couronné de succès et de réussite, loin de la méthode imposant des préalables allant jusqu’aux diktats. De telles méthodes et thèses sont catégoriquement rejetées…» Ces mots sont du patron de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, prononcés ce mardi.

Une fois de plus, le chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense nationale a profité d’une cérémonie somme toute sympathique (il s’agissait ici d’honorer les meilleurs lauréats aux examens du bac et du BEM parmi les cadets de la nation) pour distiller ses messages et régler ses comptes avec ceux qui ne partagent pas sa vision.

Une sortie autoritaire qui a jeté un froid sur un processus de dialogue qui en est à ses balbutiements. AGS renchérit en accablant ceux qui réclament la libération des détenus d’opinion : «Il m’appartient, dans ce contexte, de mettre en exergue certaines de ces idées empoisonnées que véhicule la bande et qu’adoptent certains porte-voix qui orbitent autour d’elle, notamment l’appel à l’élargissement des détenus, qualifiés à tort comme des prisonniers d’opinion, en guise de dispositions d’apaisement, selon eux. Aussi, je rappelle encore une fois que seule la justice est souveraine de la décision, conformément à la loi, concernant ces individus qui s’en sont pris aux symboles et aux institutions de l’Etat et ont porté outrage à l’emblème national.»

Comme il fallait s’y attendre, cette sortie publique n’a pas manqué de susciter les réactions les plus pessimistes quant aux chances d’aboutir à une feuille de route concertée. D’assimiler des revendications aussi légitimes que la libération des détenus, la cessation des violences policières contre les manifestants ou encore l’ouverture des médias lourds à l’opposition à des préalables fantaisistes, des «diktats» capricieux ou, pis encore, à des «idées empoisonnées» qui seraient l’émanation de «la bande», n’est guère rassurant pour la suite. Surtout qu’il s’agit là de mesures unanimement réclamées par l’ensemble des acteurs, y compris Karim Younès.

«Frein AGS»

Par son discours anachronique avec les engagements qui semblent avoir été pris par le chef de l’Etat par intérim pour tenter d’apaiser les esprits, Gaïd Salah a montré une fois de plus qu’il était la véritable force bloquante du processus de libération enclenché par le soulèvement populaire. A chacun de ses speechs, le vieux soldat démontre qu’il est en total décalage avec l’Algérie post-22 février et qu’il continue à fonctionner avec le logiciel des vieilles dictatures ratatinées, où aucune voix discordante n’est tolérée.

Soufiane Djilali réagissait à ces déclarations en écrivant sur sa page Facebook : «De toute évidence, les conditions d’un dialogue politique serein et authentique ne sont pas encore réunies.» Le président de Jil Jadid constate à regret : «Les esprits ne sont apparemment pas prêts pour l’instant aux concessions mutuelles. L’impasse est réelle. Le moment appartient malheureusement aux certitudes des extrêmes.» Pour Mohcine Belabbas, «les Algériens ont compris que désormais le seul préalable au dénouement est le retrait de Gaïd Salah comme symbole de l’immixtion de l’armée dans le champ politique». Djamel Zenati a posté de son côté : «Qui oserait parler encore de dialogue ? Seule solution : s’organiser pour pouvoir négocier le départ du système.»

Alors que la mission de Karim Younès s’annonçait déjà laborieuse, le refus catégorique de toute mesure d’apaisement vient doucher les derniers espoirs d’un compromis pour une solution négociée. Au passage, cela menace sérieusement de faire éclater le «groupe des 6». En témoigne le retrait de Smaïl Lalmas, qui annonçait via son compte Facebook peu après le discours musclé du «généralissime» : «Au peuple algérien et aux membres du panel, en l’absence d’une réponse positive aux revendications populaires relatives aux mesures d’apaisement nécessaires pour la réussite du processus de dialogue, et en raison des pressions que j’ai subies depuis l’annonce de la composition de la commission, j’ai décidé de me retirer et de démissionner sur-le-champ du panel de dialogue.»

A ce train, Gaïd Salah fera passer «sa» présidentielle de force, sans attendre les délibérations d’un quelconque «hiwar». Dans ce passage en force, il pourra au moins compter sur l’appui des partis «cachiristes» traditionnels, rescapés du 5e mandat, programmés pour applaudir au quart de tour à tout ce qui vient d’en haut. Le peuple du «hirak», quant à lui, devra s’armer de patience, le combat risque d’être long, très long. Comme nous le disait le juriste Madjid Benchikh dans un entretien où il rappelait l’emprise «génétique» du commandement militaire sur le système politique en Algérie : «Nous ne sommes qu’au tout début de la lutte pour la démocratie»


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