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Importations, surfacturations, marchés publics…

Le clan Bouteflika et les oligarques ont exacerbé la corruption

08 avril 2019 à 9 h 00 min

Le montant global annuel moyen des importations algériennes étant d’environ 50 milliards de dollars, ce sont donc pas moins de 5 milliards de dollars qui vont chaque année dans les comptes bancaires de nos importateurs domiciliés à l’étranger. En 20 ans de règne de Bouteflika, ce sont par conséquent pas moins de 100 milliards de dollars de surfacturations qui ont copieusement rempli leurs comptes domiciliés en France, en Turquie, en Suisse, en Espagne et dans certains paradis fiscaux.

Elle était déjà présente aux premières années de l’ouverture économique, mais c’est à l’aune des premières privatisations d’entreprises publiques et de la signature de l’Accord d’association avec l’Union européenne, qui fit exploser les importations, que des hommes d’affaires se livreront à une corruption à grande échelle au moyen de la tromperie sur la qualité des marchandises importées, de la surfacturation et de l’accaparement des marchés publics.

La tromperie sur la marchandise est si vaste qu’elle pose aujourd’hui un grave problème de santé publique matérialisé par les statistiques alarmantes des cancers contractés par un nombre impressionnant d’Algériens. Pour ce qui est de la perte de capitaux due aux surfacturations, on l’estime au minimum à 10% du coût des produits et services importés.

Le montant global annuel moyen des importations algériennes étant d’environ 50 milliards de dollars, ce sont donc pas moins de 5 milliards de dollars qui vont chaque année dans les comptes bancaires de nos importateurs domiciliés à l’étranger.

En 20 ans de règne de Bouteflika, ce sont par conséquent pas moins de 100 milliards de dollars de surfacturations qui ont copieusement rempli leurs comptes domiciliés en France, en Turquie, en Suisse, en Espagne et dans certains paradis fiscaux. Beaucoup de ces capitaux mal acquis ont été investis dans l’acquisition de biens immobiliers et la création de sociétés d’exportation vers l’Algérie.

L’accaparement par quelques hommes d’affaires, bien connus des marchés publics, a, par ailleurs, considérablement grossi les fortunes de ces entrepreneurs qui gravitent à la périphérie des principaux tenants du pouvoir politique. Dopée par le boom des importations et les marchés publics, la corruption est ainsi devenue, au fil des ans, un des moyens privilégiés d’accession à la richesse et au pouvoir.

Impunité

Faute de volonté de lutter contre ce fléau tentaculaire, la corruption a pris progressivement racine à divers niveaux de la société algérienne, au point qu’aujourd’hui l’enrichissement et l’ascension sociale tendent à s’opérer, de plus en plus, à la faveur de cette logique immorale qui affecte tout le monde des affaires. L’impunité érigée en règle, notamment quand elle concerne les oligarques et hommes politiques les plus puissants, a conforté ceux qui sont à des échelons subalternes, à l’idée de tenter, eux aussi, leur chance dans des affaires louches.

Face à l’ampleur de la corruption, qui a valu à l’Algérie de figurer aux premières places des pays les plus corrompus dans le monde, une législation anticorruption a certes été promulguée, et quelques coups de boutoir, rarement suivis d’actions en justice, ont été portés à des hommes d’affaires et à des fonctionnaires véreux, mais parce qu’on ne s’est pas attaqué au système politique, qui a rendu possibles ces malversations, les actions multiformes engagées par les instances de lutte (Cour des comptes, services de sécurité, justice) ne sont jamais parvenues à réduire significativement ce fléau, qui a continué à prendre de l’ampleur au gré de l’explosion des dépenses publiques et des importations.

Les gisements de corruption se nichent en effet bien souvent dans certains marchés publics de travaux publics d’envergure nationale ou locale et dans les importations à la faveur desquels la corruption peut prendre. Comme nous l’affirmions plus haut, elle peut se traduire par de la surfacturation, de la tromperie sur la qualité et la quantité des produits importés.

L’objectif de la corruption consiste à accaparer dans l’illégalité un maximum de richesses qui iront dans des comptes domiciliés à l’étranger, ou blanchies sur place dans des opérations d’acquisition de biens immobiliers et objets de luxe, ou dans la création de fonds de commerce généralement confiés à leur progéniture. Les protections dont continueront à bénéficier ces corrompus, convertis à l’occasion en corrupteurs, leur permettront de continuer à brasser des capitaux sans jamais être inquiétés par les pouvoirs publics.

L’échec répété des opérations anticorruption menées depuis plusieurs années contre ce phénomène impossible à éradiquer a fini par accréditer l’idée selon laquelle ce fléau, qui ne serait pas propre à l’Algérie, est une fatalité structurelle contre laquelle le combat est perdu d’avance. Le discours selon lequel il serait plus raisonnable de s’en accommoder en amnistiant les auteurs plutôt que de perdre son temps à les traquer, fait du reste progressivement son chemin dans l’opinion publique, dont une large frange serait même d’accord sur le principe de ne plus poursuivre ces délinquants à la seule condition qu’ils bancarisent leurs avoirs.

Auto-amnistie

Un article de la loi de finances leur permet même de bénéficier d’un certain nombre d’avantages s’ils consentaient à mettre en banque l’argent malhonnêtement gagné. Le résultat a été plutôt décevant ; les hommes d’affaires véreux, dont l’exercice de la corruption sans grand risque rapporte beaucoup plus que ces placements à des taux d’intérêt ridiculement bas ont usé et abusé de cette pratique.

Les autorités politiques sont-elles aussi de plus en plus nombreuses à partager le principe de «passer l’éponge» sur des faits de corruption, notamment lorsqu’ils ont été commis par des personnes qui leur sont proches ou qu’elles cherchent à manipuler pour des objectifs politiques (financement de campagnes électorales, promotion de nouveaux acteurs politiques par exemples).

Depuis de longues années, et sans doute encore plus durant le dernier quinquennat de Abdelaziz Bouteflika, les autorités algériennes, à leur tête le clan le plus proche de l’ex-Président, ont effectivement promu toute une panoplie de dispositions qui ont définitivement ancré la corruption comme composante inséparable des affaires : octroi de gré à gré de marchés publics à des connaissances, désignation clientéliste de dirigeants d’institutions et entreprises publiques, distribution subjectives de fonds de commerce, de concessions de vente et montage automobiles, d’autorisations d’importation et autres avantages distribués sous forme de rentes et privilèges.

Les autorités politiques algériennes ayant de tout temps entretenu le flou entre ce qui est légal, interdit ou toléré, les hommes d’affaires, tout comme les citoyens ordinaires, sont tentés, chaque fois qu’une brèche leur est ouverte, de se faire de l’argent, avec l’espoir d’être tiré d’affaire moyennant subsides par un parrain tapi dans une administration publique ou au sommet du pouvoir et ils y arrivent généralement avec la tentation de rejouer le «gros lot».

C’est précisément ce flou juridique et institutionnel qui permettra à ces maffieux d’échapper aux coups de filet des services de sécurité qui ne réussiront, au bout du compte, qu’à mettre la main sur le «menu fretin». Le mal est aujourd’hui si profondément enraciné dans la société où se tissent des liens de solidarité entre corrompus et corrupteurs qu’il sera bien difficile de juguler le fléau de la corruption. Les Algériens attendent évidemment beaucoup des suites qui seront réservées aux oligarques qui font actuellement l’objet d’enquêtes judiciaires.

Une suite judiciaire décevante consacrera la corruption comme phénomène naturel auquel les Algériens devront se familiariser et ça serait très grave pour le pays. A contrario, si la justice est implacable envers ceux qui sont confondus d’actes avérés de corruption, l’espoir d’un avenir prometteur pourrait renaître dans cette société déçue par le traitement clientéliste de la corruption, qui a longtemps prévalu en Algérie, mais qui s’est exacerbé de manière violente durant le règne de Abdelaziz Bouteflika.   


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