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Le 39e anniversaire du 20 avril 1980 célébré en plein hirak : Un printemps pas comme les autres

21 avril 2019 à 10 h 30 min

Plusieurs dizaines de personnes s’étaient rassemblées, hier, sur la placette de la Grande-Poste pour commémorer le Printemps berbère du 20 Avril 1980 et le Printemps noir de 2001.

Arborant les deux drapeaux algérien et amazigh, les manifestants, des jeunes mais aussi de nombreuses femmes, ont brandi des slogans hostiles au régime : «2001, Printemps noir, 2019, printemps de la victoire», «Tileli, tileli, Ulac smah ulac», «Mazalagh dhimazighen», «Martyrs kabyles, martyrs algériens»…

Ils ont longuement scandé des slogans antirégime et entonné des chants contestataires de feu Matoub Lounès et d’Oulahlou. Du jamais vu, du jamais entendu sur une place publique à Alger.

En effet, depuis juin 2001, les autorités ont interdit toute manifestation, particulièrement celles revendiquant l’expression amazighe. Les choses ont changé avec le mouvement de protestation du 22 février.

Les policiers, qui interdisaient toute action sur le parvis de la Grande-Poste, ont toléré le rassemblement. Si dans un premier temps, ils ont tenté de dissuader les personnes de se regrouper, ils ont fini par lâcher du lest, se contentant de les encercler et éviter que d’autres les rejoignent. «On est venus pour célébrer le 20 Avril avec nos frères et sœurs. C’est une fierté pour moi.

C’est peut-être la première fois qu’on célèbre cet événement à la Grande-Poste. C’est un acquis du mouvement populaire. Il ne faut pas lâcher. Le 20 Avril c’est notre patrimoine, c’est notre culture… Personne ne nous arrêtera. Plus ils nous harcellent, plus on deviendra fort», tranche Hacène Ferhati, militant des droits de l’homme.

L’avocate et députée RCD Fetta Sadat considère que le rassemblement réussi atteste de la victoire du peuple qui a abattu les murs de la peur. «Nous sommes là pour nous réapproprier tous les espaces publics et nous réapproprier un droit essentiel et constitutionnel qui est celui de manifester et d’exprimer librement nos idées.

Nous voulons un régime basé sur la justice sociale, et la reconnaissance pleine et entière des droits de l’homme, mais aussi un régime basé sur la reconnaissance de notre identité», soutient-elle d’une voix stridente, parfois couverte par les chants des femmes.

Pas de procès des tueurs !

Le rassemblement d’hier a surtout un grand mérite : permettre la communion entre Algériens, alors que jusque-là la suspicion était la règle entre les communautés d’un même pays. «Si on avait adhéré au mouvement de contestation en Kabylie en 2001, on n’aurait pas été obligés de sortir aujourd’hui.

Le régime serait parti depuis longtemps…» s’adresse, lucide, un citoyen arabophone à une victime du Printemps noir. Acquiescement de ce dernier, qui a raconté les souffrances d’un témoin de la lâcheté des hommes.

Les manifestants ont brandi des symboles rassembleurs de tous les Imazighen du pays, alors que jusqu’à un passé récent, ils étaient interdits dans la capitale. Un portrait géant du barde Matoub Lounès était porté à bout de bras par un jeune, des drapeaux sont arborés sans complexe.

Les manifestants de la Grande-Poste, qui étaient fiers de se rassembler dans une ville qui leur était fermée, suite à l’oukase de l’ex-chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, réclament reconnaissance et vérité.

Frère d’un disparu de la décennie du terrorisme, Ferhati affirme comprendre les souffrances des familles des 128 jeunes assassinés en Kabylie, sa région natale, ayant lui-même un frère disparu. «Les jeunes décédés en Kabylie sont nos frères.

Ma mère me disait : la mère de celui qui meurt me fait pitié. La mère c’est celle qui est le plus touchée. Ma mère est morte avec le chagrin de son fils disparu (Mustapha, 26 ans à Kouba).

Elle est restée plus de vingt ans dans l’attente. Trois mois avant sa disparition, je lui ai dit : ‘‘Mère est-ce que t’as oublié Mustapha ?’’ Elle m’a dit : ‘‘L’oublier ? Jamais je n’oublierai mon fils.’’ Je dis cela pour exprimer la souffrance à vie des familles des martyrs du Printemps noir.

Elles font semblant d’oublier, mais elles n’oublieront jamais. On ne fait jamais le deuil…», estime-t-il, des trémolos dans la voix. Des procès contre les commanditaires et les assassins des jeunes de Kabylie ?

Pour la députée du RCD, «jusqu’à présent, aucun procès n’a eu lieu et aucune condamnation n’a été prononcée par la justice algérienne qui, nous le savons tous, est loin d’être indépendante». «Nous sommes venus dire que nous sommes toujours debout et pour que nul n’oublie.

On ne peut pas oublier ces deux dates, et on ne peut pas bâtir une histoire basée sur l’oubli», assène-t-elle. Bousculés par les policiers, les manifestants marcheront jusqu’à la place Audin. Là, ils scanderont des slogans antirégime avant de se disperser dans le calme.

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