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Bouteflika promet des réformes profondes

L’aveu d’un échec !

18 février 2019 à 11 h 00 min

Réformer l’économie en vue de la redresser et de lui donner un cap, voilà ce que promet de réaliser Abdelaziz Bouteflika durant les cinq prochaines années s’il venait à être reconduit au poste de président de la République, qu’il occupe depuis le printemps 1999. Une promesse qui est en réalité un aveu d’échec de la part de ce chef d’Etat, resté vingt années durant aux commandes du pays, sans jamais être parvenu à impulser cette dynamique d’insertion dans la compétition mondiale qu’il avait promise à l’occasion de ses quatre campagnes électorales consécutives.

Rien de notable n’a changé durant son long règne. Il avait, on s’en souvient, pris les commandes d’un pays dépendant exclusivement des recettes d’hydrocarbures, il y a vingt ans, et il le demeure, aujourd’hui encore, plus que jamais. A son arrivée au pouvoir, l’Algérie n’importait qu’environ pour 10 milliards de dollars de denrées alimentaires, elle en importe aujourd’hui pour plus de 40 milliards de dollars, en dépit des restrictions apportées récemment par le ministère du Commerce.

Ce ne sont pourtant pas les moyens de faire de l’Algérie un pays émergent qui lui avaient manqués. Il avait à sa disposition pas moins de 1200 milliards de dollars de recettes d’hydrocarbures, presque autant de recettes fiscales ordinaires et des réserves d’or substantielles.

De quoi remettre définitivement sur les rails un pays fortement pénalisé par son passé socialiste et la dure épreuve du terrorisme islamiste. Vingt années de pouvoir absolu et des ressources financières disponibles auraient dû suffire à la mise en œuvre de ses promesses de campagnes électorales, consistant à donner une forte dynamique à tous les secteurs d’activités au moyen d’investissements, impliquant aussi bien les ressources publiques que celles des opérateurs privés.

Si l’atteinte d’objectifs quantitatifs (logements, équipements publics, importation de blé, etc.) est importante au regard des besoins immédiats de la population, d’autres domaines extrêmement importants pour l’avenir du pays ont par contre été négligés, comme ce fut le cas, on l’a compris, des nouvelles technologies, de la recherche scientifique et de la formation de qualité, de la culture, qui devait tirer les Algériens vers la modernité, de la réforme bancaire, qui devait produire un système financier et des moyens de paiement modernes, restés à la traîne.

Rien n’a été définitivement acquis dans tous ces domaines stratégiques durant les vingt ans de règne d’un Président qui, dans une lettre adressée aux Algériens, reconnaît qu’il a échoué et qu’il lui faudrait une rallonge de cinq autres années pour y parvenir.

La question qu’on est évidemment en droit de se poser est de savoir comment Bouteflika compte opérer pour y parvenir, lui qui n’y était pas arrivé lorsqu’il était en bonne santé physique et disposait de centaines de milliards de dollars et de milliers d’entreprises publiques et privées à son service.

Comment s’y prendra-t-il dans les cinq prochaines années qui promettent d’être beaucoup plus compliquées au regard de la rareté des ressources qui va affecter gravement le pays du fait de la fonte de ses réserves de change et du déclin des prix des hydrocarbures ?

Il faut ajouter à toutes ces difficultés celles inhérentes à l’explosion démographique (plus d’un million de naissances par an), à la surconsommation locale d’énergie, qui réduit considérablement nos capacités d’exportation de gaz et de pétrole, et à l’agriculture, désertée par les jeunes fellahs au point qu’elle n’est plus en mesure de pourvoir aux besoins alimentaires de la population.

Paix sociale

Dans ce contexte de restriction des ressources, il faudrait également que Bouteflika trouve les moyens de garantir le maintien des transferts sociaux (soutien des prix de nombreux produits de première nécessité, allocations allouées aux anciens moudjahidine et ayants droit, transport et cantines scolaires, assainissement financier des entreprises publiques, etc.) s’il veut maintenir la paix sociale auprès d’une population exaspérée par l’inflation, les pénuries et le déclin du pouvoir d’achat qui se feront fortement sentir dès l’année 2020.

Toucher à ce dispositif auquel les Algériens ont été habitués depuis des décennies pourrait servir d’étincelle à un soulèvement populaire auquel Bouteflika ne se risquerait certainement pas, quand bien même le prix de cette paix sociale serait exorbitant.

On se pose également la question de savoir à quelles réformes économiques sa lettre fait référence, sachant que toutes celles qui avaient été mises en œuvre dans les années 90 par les gouvernements Merbah, Hamrouche et Ghozali ont toutes été torpillées par Abdelaziz Bouteflika qui, dès sa prise de fonction en 1999, avait déclaré que tous les maux du pays venaient précisément de ces réformes provoquées par le soulèvement populaire du 5 Octobre 1988.

Toutes ces réformes sans exception ont été abrogées (lois sur l’autonomie des EPE, les capitaux marchands de l’Etat, les syndicats et le mouvement associatif, l’investissement et autres), ou détricotées, comme ce fut le cas de la loi sur la monnaie et le crédit.

Depuis le milieu des années 2000 déjà, il ne restait pratiquement plus rien des réformes de 1988, l’économie algérienne étant depuis cette date totalement adossée à l’accord de libre- échange euro-méditerranéen, qui avait orienté le pays vers le «tout-importation» qui, non seulement a saigné nos avoirs en devises, mais, plus grave encore, ouvert la voie à la corruption, généralement matérialisée par les surfacturations encaissées à l’étranger.

Les réformes, qui consistaient en réalité à fluidifier les importations, étaient faites à coups de lois de finances annuelles et complémentaires qui ont fait de l’Algérie un importateur net de marchandises et de force de travail. Le secteur productif, devenu exsangue, en a pris un mauvais coup.

Oligarchie

Comment Bouteflika s’y prendra-t-il pour mettre fin à cette dérive économique et commerciale dont se rendent coupables aujourd’hui encore, la plupart de nos oligarques qui, ne l’oublions pas, constituent ses plus puissants soutiens politiques et financiers ? La question mérite en tout cas d’être posée.

Comment s’y prendra-t-il pour orienter des hommes d’affaires habitués au gain facile que procurent l’import-import et le commerce informel, sachant pertinemment que l’appareil administratif, bureaucratique et clientéliste, qui travaille beaucoup plus à la perte de l’investissement qu’à sa promotion, n’est vraiment pas à la hauteur des enjeux.

Et on voit mal Bouteflika, qui nous avait longtemps habitués à des lois liberticides (cas du credoc qu’il avait imposé en 2009 comme unique moyen de paiement des importations, de la règle du 51/49, de l’arrêt du processus de privatisation, de la remise des EPE sous tutelle des ministères, de l’accord obligatoire du CNI pour les gros investissements, etc.), devenir subitement plus ouvert envers les créateurs de richesses en leur offrant contre toute attente un environnement juridique stable et attractif.

C’est dire à quel point les promesses de réformes économiques émises par le candidat à sa propre succession ne sont pas crédibles. Elles rappellent à tous points celles qu’il avait promises en 2012 aux Algériens qui s’apprêtaient à rejoindre la déferlante du «printemps arabe».

Mis à part les augmentations de salaires de tous les employés du secteur public, la revalorisation des retraites et le soutien des prix des produits de première nécessité, toutes les réformes à caractère politique et social promises ont été abandonnées dès que le danger du «printemps arabe» fut écarté.

Peut-on légitimer un cinquième mandat électoral présidentiel au profit d’un candidat qui ne dispose pas de la santé requise, en se basant uniquement sur une promesse de réformes ? Le cas étant inédit, il serait hasardeux de répondre rationnellement à cette question. Il est, de surcroît, trop tôt pour épiloguer sur la recevabilité populaire de ces promesses venant d’un candidat qui dirige l’Algérie depuis deux décennies.

Pourquoi n’a-t-il pas opéré en vingt ans de pouvoir absolu les réformes qu’il propose aujourd’hui  ? Comment s’y prendra-t-il, sachant qu’il est gravement handicapé par une maladie chronique et invalidante ? Est-il certain que les réformes qu’il va proposer ne rencontreront pas d’opposition ?

Vivra-t-il le temps nécessaire à la conception et à la mise en œuvre des réformes qu’il souhaiterait apporter au fonctionnement de l’économie ? Difficile d’apporter des réponses à toutes ces questions centrales, tant l’avenir de ce candidat grabataire pris en otage par d’autres centres de décision paraît fragile et incertain.

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