L’Algérie, un des berceaux de l’humanité : Sur les traces des premiers hommes… | El Watan
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Reportage

L’Algérie, un des berceaux de l’humanité : Sur les traces des premiers hommes…

13 août 2019 à 10 h 45 min

Quelques galets taillés extirpés sous d’épaisses couches de terre et c’est toute la préhistoire de l’humanité qui est chamboulée pour faire de l’Algérie l’un de ses berceaux les plus anciens.

Retour sur une «découverte» qui n’a toujours pas fini de faire parler d’elle. Nous sommes le 24 juillet 2018, à Guelta Zerga, une petite localité sise à une vingtaine de kilomètres de la ville d’El Eulma, au nord de Sétif. Plus précisément sur le site préhistorique d’El Kherba.

El Watan est le seul média à avoir été convié à ce voyage dans les profondeurs de la préhistoire. Le soleil est tel que nous avons du mal à nous concentrer sur les explications de Zoheir Harichane, chercheur au CNRPAH : «Nous avons mis au jour un ensemble de galets taillés et d’autres bruts ayant servi comme outils aux hommes préhistoriques pour dépecer la viande et fracasser les ossements des animaux qu’ils chassaient. Il est probable que sur ce site, ces hommes chassaient et vivaient sur les berges d’une plaine inondée, une sorte de lac. Nous avons également découvert des ossements appartenant à des animaux de type savane africaine comme les buffles et les éléphants», dit-il. Rien de spectaculaire à côté de ce que nous venions de voir une demi-heure plus tôt : un crâne orné d’impressionnantes défenses d’un stégodon, un ancêtre de l’éléphant, vieux de 3 millions d’années.

Des ossements d’une faune aujourd’hui disparue

La veille, nous avions reçu un coup de fil du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) annonçant la découverte d’un squelette de stégodon fortuitement mis au jour par un engin des travaux publics dans un chantier d’autoroute, non loin de la ville d’El Eulma. Départ le lendemain matin sur les lieux de la découverte en compagnie de Slimane Hachi, à l’époque directeur du CNRPAH, visiblement très enthousiasmé par cette importante découverte.

Il convient de souligner que depuis quelques années, les fouilles archéologiques au nord de Sétif se révèlent très prometteuses. Sur place, nous rendons visite à l’équipe des archéologues du CNRPAH installée dans le lycée de Guelta Zerga. Cette équipe, emmenée par Mohamed Sahnouni, travaillait depuis des semaines sur le site préhistorique d’El Kherba quand on les a informés de la découverte du stégodon.

Ancêtre de l’éléphant actuel, le stégodon est un genre de la famille de proboscidiens qui a vécu il y a 12 à 13 millions d’années du Miocène au Pléistocène. C’est une première : la présence de cette espèce depuis longtemps éteinte n’a jamais été signalée auparavant dans cette partie de l’Afrique du Nord. «Apparemment, cet animal que l’on découvre pour la première fois en Algérie et même en Afrique du Nord est un individu relativement jeune, comme le prouve l’état de ses dents. Selon la topographie des lieux, il se serait fait piéger dans un plan d’eau avant de sombrer très rapidement, ce qui a permis de conserver l’intégralité de son squelette», explique Mohamed Sahnouni, l’archéologue et chercheur au niveau du Centre national des recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) qui pilote les travaux de fouilles au niveau de ce site.

Chercheurs, étudiants, archéologues et journalistes, toute la délégation se rend sur les lieux de la découverte. Un grand attroupement se forme bientôt autour du crâne presque intact du fossile dont les défenses, longues de près deux mètres, ont de quoi impressionner. La visite et les explications scientifiques des archéologues terminées, la délégation est invitée à se rendre sur le site de Aïn Bouchrit, à un jet de pierre taillée de là. Là encore, l’équipe de Mohamed Sahnoun aurait, dit-on, fait d’importantes découvertes. Nous ne savons pas exactement lesquelles.

Les plus vieux sites d’occupation humaine au monde

Sur place, étudiants et chercheurs fouillent patiemment un carré délimité de terre sous un soleil de plomb. Cependant, les découvertes – des galets et des ossements fossilisés – ne semblent pas très spectaculaires par rapport au squelette d’un animal surgi du fond des âges. Voici ce qu’El Watan écrivait dans son compte rendu des découvertes en juillet 2018 : «Sise à une vingtaine de kilomètres de la ville d’El Eulma, au nord de Sétif, la localité de Aïn El Hanech, déjà réputée pour sa richesse fossilifère et son site préhistorique vieux de 1,8 million d’années et considéré comme le plus vieux site d’occupation humaine d’Afrique du Nord, vient ainsi confirmer avec cette très belle et précieuse découverte préhistorique sa réputation d’être l’un des berceaux de l’humanité».

Archéologue lui-même, Slimane Hachi nous expliquait que les fouilles menées sur ces différents sites permettent aux chercheurs de comprendre les phénomènes locaux et régionaux des premiers temps de la préhistoire. «Cette région, qui a déjà livré les plus vieux outils de l’homme en Afrique du Nord et au monde tout comme les fameux sites de Tanzanie et du Kenya, est une région extrêmement importante pour la compréhension des premiers temps de la préhistoire. L’importance fossilistique avant et après les premiers hommes ainsi que l’industrie lithique de la région sont capitales pour les chercheurs du monde entier», nous dira-t-il alors.

Excepté le compte rendu d’El Watan, aucun média ne rendra compte de la deuxième découverte, celle de Aïn Bouchrit. Il ne sera question que de la découverte du stégodon. Jusqu’à la publication dans la prestigieuse revue américaine Science par Mohamed Sahnouni quelques mois plus tard, le 29 novembre 2018 plus exactement, d’un article faisant état de la découverte. En résumé, M. Sahnouni explique que des restes lithiques et fossiles ont été découverts dans deux couches archéologiques distinctes datées respectivement de 2,4 millions d’années et 1,9 million d’années à Aïn Boucherit. Les datations ont été obtenues par les datations de la magnétostratigraphie, de la Résonance paramagnétique électronique (RPE) et de la biochronologie.

Le professeur Sahnouni a également souligné que les outils lithiques de technologie oldowayenne, similaire à celle de Gona en Ethiopie datées de 2,6 millions d’années, montrent que nos ancêtres se sont aventurés dans tous les coins d’Afrique, pas seulement en Afrique de l’Ouest avant de conclure : «En réalité, toute l’Afrique est le berceau de l’humanité». «Le changement de régime alimentaire de ces premiers humains d’un régime basé sur les végétaux vers un régime basé sur les protéines issues de la viande a joué un rôle déterminant dans la survie et l’évolution de l’espèce humaine», affirme encore Mohamed Sahnouni. Alors que les découvertes de Mohamed Sahnouni font sensation dans le monde, un article publié par un magazine français remet en cause l’importance de la découverte.

Il s’en suivra une petite polémique algéro-française et l’idée que certains milieux ne sont guère enthousiasmés par la perspective de voir l’Algérie accéder à ce statut très envié de berceau de l’humanité. Interrogé par El Watan à propos de cette polémique, le professeur Slimane Hachi avait tenu alors à remettre les pendules à l’heure : «Ce ne sont pas des découvertes. Ce sont des résultats de recherches. Nous essayons d’éloigner de nos esprits cette minimisation de notre action en transformant des résultats en découvertes. Une découverte ne nécessite pas d’efforts. C’est un coup de chance. Par contre, la recherche est faite de processus intellectuels et de travail de tous les jours. La recherche scientifique est l’acte intellectuel par lequel on fait reculer les frontières de l’inconnu», nous dira-t-il.

Intensifier les recherches

Il ne s’agit donc nullement d’un coup de chance conséquent à un coup de pioche un peu heureux. Il y a toute une démarche derrière. En 2009, le CNRPAH avait organisé un grand colloque sur le thème de l’Afrique berceau de l’humanité dans le cadre du festival panafricain. «A ce colloque dont j’avais confié le comité scientifique à Mohamed Sahnouni, on avait ramené les plus grands spécialistes du monde à cette époque, comme Maurice Taïeb, découvreur de Lucy, Asfaw, découvreur d’ardipithèque, Michel Brunet, découvreur de Toumai, le tchadanthropus, Henri de Lumelet, qui a travaillé partout dans le monde Colette Roubet qui est une véritable mémoire de la préhistoire algérienne les plus grands du monde», raconte Slimane Hachi.

Au cours du colloque, une excursion est organisée à Aïn El Hanech dans le bassin sédimentaire de Beni Fodha. Milieu extrêmement propice à la vie, ce bassin a la particularité d’être une dépression entourée de reliefs qui date du miocène (7 à 8 millions d’années). «J’avais pris la décision à l’époque d’intensifier les recherches à partir des dires de ces sommités. C’est là que Mohamed Sahnouni avait formulé l’hypothèse qu’il devait y avoir des choses très anciennes là dedans. On a donc intensifié les recherches et nous avons des résultats. Nous ne sommes ni artisans ni architectes de ce bassin mais ce dont nous sommes responsables, c’est notre recherche», souligne Slimane Hachi.

«Toutes les conditions de préservation et de fossilisation de restes biologiques sont présentes dans le bassin de Oued Fodda. Découvrir les restes physiques de ces hominidés, qui devaient évoluer en très petits groupes d’une dizaine à une quinzaine d’individus, est juste une question de temps. Il y a cependant un autre facteur, c’est l’endurance. Il faut continuer à chercher et à fouiller. Le dernier facteur, c’est le facteur chance», déclare le professeur Sahnouni.

Si les fouilles viennent tout juste de se terminer à Guelta Zerga, elles vont bientôt reprendre à Tighennif, autre site préhistorique prometteur. Et il n’est pas interdit de penser que d’autres découvertes-clés lèveront le voile sur les mystères sur les premiers hominidés qui ont tracé leur chemin vers l’humanité.


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