La présidentielle comme moyen de sortie de crise : Les partisans du dialogue posent leurs conditions | El Watan
toggle menu
samedi, 24 août, 2019
  • thumbnail of elwatan20190824


  • Pub Alliance Assurance



La présidentielle comme moyen de sortie de crise : Les partisans du dialogue posent leurs conditions

07 juillet 2019 à 10 h 35 min

Les participants au Forum pour le dialogue national ne rejettent pas la dernière offre du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah. Mais ils conditionnent ce processus par la satisfaction d’un certain nombre de préalables, tels que la libération des détenus d’opinion, dont le moudjahid Lakhdar Bouregaâ, et la levée de toutes les pressions sur le mouvement populaire et sur les médias publics notamment.

Les intervenants, dont certains ont relevé des «points positifs» dans le dernier discours du chef de l’Etat, insistent, en effet, sur la nécessité de voir le pouvoir donner des gages de sa bonne volonté, en plus de son engagement à ne pas chapeauter le dialogue prôné. «La sortie de cette impasse politique passe par la mise en place de mesures devant réinstaurer la confiance et préparer le climat nécessaire au dialogue.

Ces mesures doivent porter sur la reconnaissance des revendications légitimes du mouvement populaire, la mise à l’écart des symboles de l’ancien régime, l’ouverture du champ politique et médiatique avec la levée de toutes les contraintes», lit-on dans le document préparé par les initiateurs. Le texte énumère aussi d’autres mesures importantes, dont la sécurisation des marches populaires et la cessation du harcèlement des manifestants, le respect des libertés individuelles et collectives, l’arrêt des interpellations et le respect du principe de la justice libre et indépendante. Les participants au Forum insistent aussi sur la nécessité de mettre en place un gouvernement de compétences nationales et la mise à l’écart du personnel politique impliqué dans des affaires de corruption ou qui a soutenu le 5e mandat du président déchu, Abdelaziz Bouteflika.

Beaucoup d’absences

Première étape d’un long processus qui vise, selon les organisateurs, à rapprocher les points de vue de tous les acteurs, ce Forum s’est tenu sans la présence de nombreux acteurs et de personnalités nationales. Outre les forces de l’alternative démocratique, qui ont décliné l’invitation, aucune des personnalités annoncées n’a pris part au rendez-vous. Seul Ahmed Taleb Ibrahimi a, selon Abdelaziz Rahabi, coordinateur de l’instance de préparation de ce Forum, envoyé un message pour s’excuser. Les dynamiques de la société civile qui ont adopté, le 15 juin dernier, leur plateforme de sortie de crise, ont été représentées par Sadek Dziri, secrétaire général de l’Unpef. Mais sa présence à la conférence n’avait pas pour but de faire partie de la feuille de route proposée hier.

Car la société civile veut aller vers une «conférence nationale unitaire et consensuelle regroupant toutes les sensibilités politiques, notamment, de toutes les mouvances des partis politiques et de la société civile». Présent à la conférence en tant qu’invité, le président du parti Jil Jadid, Soufiane Djilali, a présenté la proposition de sa formation pour «un changement profond politique et institutionnel». «En tant que société politique, nous sommes interpellés pour respecter la volonté populaire et la traduire en propositions concrètes devant offrir au pays paix, sécurité et développement. Le fondement d’une telle solution est la légitimité populaire dont devra se revêtir tout responsable politique et dont l’action devra être encadrée par des institutions démocratiques, dont les pouvoirs sont limités et équilibrés», explique-t-il.

Les réformes après la présidentielle

«Après l’élection présidentielle, un processus constituant devra être mis en route de manière inclusive pour enfin aboutir à une Constitution de la nouvelle Algérie», souligne Djilali Soufiane. C’est ce que pense d’ailleurs la majorité des participants pour qui «la priorité est le dialogue et l’entente sur la date de la tenue d’une présidentielle libre et transparente». «Notre premier devoir est de contribuer à hâter le règlement de la crise actuelle en aidant à l’identification de la voie la moins longue, la moins risquée et la moins coûteuse pour le pays politiquement, sécuritairement, économiquement et socialement», affirme, pour sa part, Ali Benflis, président du parti Talaie El Hourriyet. Selon lui, le plus important pour l’instant est de «remplacer les points de divergence par des points de convergence». «(…) Toutes les lignes de clivage ou de fracture et tous les points de divergence à propos de la transition, du changement de régime, de la présidentielle ou de la Constituante me semblent relever plus d’une hiérarchisation des priorités que de problématiques de fond», indique-t-il, précisant que «les grandes nations se sont construites par de grands compromis historiques».

De son côté, le président du MSP, Abderrezak Makri, estime que «ce qui peut préserver les acquis du  hirak est une véritable transition démocratique et mettre en place des institutions fortes et crédibles». Le leader du MSP soutient toutefois l’idée de la Constituante, estimant que «la révision profonde de la Constitution interviendra après la présidentielle». Pour lever toute équivoque sur la conférence, Abdelaziz Rahabi a tenu à préciser que les frais de son organisation ont été entièrement assumés par les participants. 

 

Ils ont dit :

Soufiane Djilali, président de Jil Jadid : «Le régime doit négocier son départ»

«(… ) Il est une évidence pour tous que cette révolution pacifique doit aboutir à travers un dialogue sérieux et fertile entre le pouvoir et la société politique. Pour sa réussite, il est nécessaire d’avancer des gages de bonne volonté, de s’entendre sur une feuille de route et d’aller résolument vers la mise en forme des garanties négociées. Si le pouvoir actuel est sincère dans sa volonté d’aider au changement exigé par le peuple, tel qu’il le proclame, il doit remettre en liberté tous les détenus d’opinion. Il n’est pas possible de dialoguer alors que des jeunes et des moudjahidine sont en prison pour avoir participé à une manifestation, avoir arboré l’emblème amazigh ou même avoir critiqué les dirigeants du pays. Un tel pas est un préalable qui favorisera, à n’en pas douter, la mise en forme du dialogue. Dans tous les cas de figure, il n’y a aujourd’hui, pour les tenants du régime, plus qu’une seule issue : organiser la passation de pouvoir au peuple. Toute autre manœuvre aboutira à une situation inextricable. Le régime doit négocier son départ et non pas son maintien (…).»

Ali Benflis, président de Talaie El Hourriyet : «L’impasse ne peut être surmontée que par un dialogue serein»

«(…) L’impasse politico-constitutionnelle ne peut être surmontée que par un dialogue national serein, crédible et confiant (…). Il s’agit d’un dialogue mis hors de portée des institutions politiques discréditées et placées sous l’égide de personnalités nationales jouissant du respect, de l’acceptation et de la confiance les plus larges. Il s’agit d’un dialogue qui place au premier rang de son ordre du jour la création de conditions politiques les plus favorables à la tenue du scrutin présidentiel. Il s’agit, aussi, d’un dialogue dont l’ordre du jour consistera à réunir les conditions institutionnelles de l’élection présidentielle, notamment par la mise en place d’une autorité électorale investie de l’intégralité des missions de préparation, d’organisation et de contrôle de cette élection. Il s’agit, en outre, d’un dialogue devant conduire à l’amendement du régime électoral dans toutes ses dispositions se rapportant à l’élection présidentielle. Il s’agit, enfin, d’un dialogue devant convenir d’un délai raisonnable et acceptable pour la tenue de l’élection présidentielle (…). Le message à la nation du 3 juillet (…) a présenté une base certes encore incomplète, sur laquelle il est possible d’envisager une sortie de l’impasse actuelle (…).»

Abderrezak Makri, président du MSP : «L’appel au dialogue est à saluer»

«(…) Le dialogue permanent entre les partis politiques, les personnalités nationales et la société civile a permis de rapprocher les visions des uns et des autres. La majorité des dynamiques véritablement représentatives est convaincue que la consécration de la démocratie et la mise en place de profondes réformes constitutionnelles interviendront après la tenue d’une élection présidentielle, dont l’échéance devrait être raisonnable et proche. La désignation d’une Constituante pour la refondation de l’Etat est impensable et antidémocratique, alors que les longues périodes de transition ont abouti, dans la majorité des cas, à la désintégration. Aujourd’hui, tout le monde est favorable au respect du cadre constitutionnel, à condition de mettre en place des dispositions politiques de nature à concrétiser la volonté populaire (…) L’appel au dialogue est, en soi, à saluer. La non-fixation d’une date pour la prochaine élection présidentielle constitue un pas positif. Il est aussi encouragent de vouloir faire appel à des personnalités crédibles. En revanche, ceci ne peut être porteur de sérénité que si le chef de l’Etat jouit de la crédibilité, demeure convaincu de la démocratie et n’est pas impliqué dans la corruption et la fraude électorale.»

Abdallah Djaballah, président du FJD : «Il faut des mesures d’apaisement»

«Nous devons nous entendre sur une vision commune pour la réalisation des revendications légitimes du peuple algérien. Il faut aller vers un dialogue qui garantirait des élections propres et transparentes. Le dialogue ne passe pas seulement par la création d’une instance de surveillance des élections, mais doit aussi concerner toutes les thématiques liées à l’activation de l’article 7 de la Constitution. Ceci dit, avant de s’engager dans tout processus de dialogue, il faut des mesures d’apaisement. Le peuple veut des preuves de bonne foi des décideurs. A ce titre, il faut restaurer la confiance à travers la libération des détenus d’opinion.»

Sadek Dziri, représentant des dynamiques de la société civile : «Il faut un climat politique approprié»

«Les dynamiques de la société civile condamnent fermement la politique de répression et les arrestations, qui ont touché les militants et les acteurs du mouvement populaire pacifique, et la politique de harcèlement et de pression sur la liberté systématique du peuple algérien. Voilà pourquoi nous lançons un appel urgent à la libération des prisonniers d’opinion et des militants du mouvement populaire, l’arrêt des arrestations et des poursuites judiciaires à leur encontre. Nous insistons sur le caractère inévitable d’un climat politique approprié pour assurer l’exercice du dialogue en prenant des mesures d’apaisement afin d’établir la confiance dans le cœur des citoyens et d’assurer leur implication effective dans cette voie nationale.»

Propos recueillis par Hocine Lamriben


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!