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La justice face à ses responsabilités : Halte à la fuite de capitaux !

26 mars 2019 à 10 h 35 min

Acculé par une pression populaire inédite, le régime de Bouteflika se fissure. Ses alliés l’abandonnent honteusement. D’autres veulent jouer le jusqu’au-boutisme en mettant en action la classique méthode de contre-révolution en semant le doute dans les rangs pour détourner l’insurrection citoyenne de sa trajectoire.

Vainement. Mais, pendant que les Algériens sont occupés à en finir avec l’ordre autoritaire, la caste des affairistes tente de sauver les fortunes accumulées. Plusieurs personnalités politiques avisées soupçonnent des transferts illicites de capitaux vers l’étranger, alertent et interpellent les autorités compétentes à agir avant qu’il ne soit trop tard. Il est vrai qu’en cette période pleine de doutes, les têtes d’affiche de la corruption seraient tentées de quitter le pays avec «coffres et bagages».

Figure du barreau et personnalité politique de premier plan, Me Mokrane Aït Larbi a dans ce sens adressé, hier, une lettre au procureur général près la cour d’Alger, lui demandant de s’autosaisir des dossiers de corruption. «Vous connaissez les barrons de la corruption et la loi vous fait obligation, en tant que procureur général, de demander au procureur de la République d’empêcher tous ceux qui peuvent faire l’objet de poursuites pour crime de corruption de quitter le territoire national», a interpellé Me Mokrane Aït Larbi dans sa lettre. «Il faut ensuite ouvrir des enquêtes contre eux et les présenter devant les tribunaux, comme le stipule l’article 32 de la Constitution.

Il faut ouvrir des enquêtes contre ceux qui ont volé l’argent du peuple et les présenter devant la justice», insiste-t-il. Me Aït Larbi s’appuie sur les articles de loi et les dispositions du code des procédures pour mettre le procureur devant ses responsabilités. «L’article 36 des procédures pénales stipule clairement que le procureur de la République peut décider de prendre toutes les mesures nécessaires de recherche et d’investigation portant sur les crimes liés au code pénal», rappelle l’avocat.

Il termine sa lettre avec une mise en garde : «Si la loi permet de poursuivre en justice les corrompus sans dépôt de plainte, qu’attend le procureur de la République pour faire appliquer cette loi sur les corrompus en répondant aux légitimes revendications populaires ?» Le procureur de la République est ainsi mis face à ses responsabilités. Va-t-il s’autosaisir du dossier de la corruption qui a miné l’Etat et fragilisé le pays ?

En plein mouvement populaire contre le régime politique dont un de ses fondements est justement la corruption, les magistrats se sont libérés de la chape de plomb et réclament l’indépendance de la justice. Ils sont là précisément devant une épreuve. Le premier acte d’affranchissement serait de s’emparer de l’explosif dossier de grand détournement des deniers publics. Les Algériens, dans leurs manifestations, accusent aussi les barons de la corruption et demandent que la justice fasse son travail.

De son côté, l’économiste Smaïl Lalmas est sûr de lui, lorsqu’il a affirmé, lors d’une conférence de presse en début de semaine, qu’il détient «des informations de fuite de capitaux et d’octroi, ces derniers jours, de marchés antidatés.

C’est un pillage organisé». Une accusation qui devrait trouver un prolongement judiciaire. Le barreau d’Alger a également évoqué des opérations bancaires pour le transfert de capitaux vers l’étranger. «Des informations crédibles font état d’opérations bancaires suspectes pour le transfert d’argent vers l’étranger dans le cadre de contrats et de marchés qui sont en contradiction avec l’intérêt général», a indiqué l’organisation des avocats dans un communiqué publié dimanche dernier. Elle appelle le gouverneur de la Banque d’Algérie «à arrêter de faire passer et de rembourser les contrats ou opérations commerciales qui servent des intérêts privés».

L’opposant Djamel Zenati a également réclamé «le gel des transferts de capitaux et autres transactions suspectes des dignitaires et clientèles du régime» comme mesure d’apaisement, entre autres. Suffisamment d’informations et d’alertes qui ne peuvent pas laisser les autorités judiciaires indifférentes. Les institutions bancaires sont également mises en demeure de s’expliquer et de dissiper les doutes et surtout d’apporter des clarifications sur les soupçons de mouvements de fonds vers l’étranger.

La situation rappelle, à bien des égards, les épisodes tunisiens et égyptiens en plein Printemps arabes. Les révoltes ont fait sauter les portes blindées des coffres forts de la République pour constater le grand détournement organisé par les équipes au pouvoir.

En Algérie et sous le règne de Bouteflika, la corruption a connu des pics inégalés. Elle est proportionnelle aux gigantesques dépenses publiques. C’est une des raisons qui ont poussé les millions d’Algériens à sortir dans la rue pour «dégager» le système et son personnel et exigent des comptes. La transition vers un nouveau système fondé sur la transparence passe nécessairement par le devoir de rendre des comptes.


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