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De graves dérives financières durant le règne de Bouteflika

La dépense publique, un canal pour la dilapidation des ressources

18 mars 2019 à 10 h 00 min

Les dérives financières, les affaires de corruption et la dilapidation des deniers publics n’ont pas manqué au cours des vingt ans de règne de Abdelaziz Bouteflika. Que de scandales durant cette période – 1999 à 2014 – qui a été des plus fastes !

Cependant, cette aisance financière n’a pas profité à la construction d’un pays indépendant de la rente. L’aisance a plutôt dévié vers la dérive, avant que la crise ne survienne et ne dévoile toute la fragilité de l’économie nationale face à l’ampleur de la corruption et au manque de clairvoyance dans la mise en œuvre des décisions, que ce soit celles liées à la lutte contre ce phénomène, ou bien celles portant sur la diversification de l’économie.

Ce qui ne pouvait se faire sans des mesures dédiées au développement du secteur privé et à la relance du public. Or, dans les deux cas, les plans d’attaque arrêtés ont manqué de suivi des dépenses, mais surtout de rigueur. L’évaluation a fortement fait défaut au cours de cette période. Une grande défaillance qui a fini par laisser place aux pratiques illégales et aux détournements. L’Association algérienne de lutte contre la corruption (AALC) a d’ailleurs chiffré entre 50 et 60 milliards de dollars les commissions empochées dans les différents marchés.

Scandales

Pratiquement, aucun secteur n’y a échappé. A commencer par les travaux publics à travers le grand scandale de l’autoroute Est-Ouest qui «a avalé» une facture exorbitante, constituant ainsi un gouffre financier pour une qualité douteuse et à haut risque pour les automobilistes. Ce grand chantier, programmé initialement à 7 milliards de dollars, a coûté au total 13 milliards de dollars, et ce n’est pas encore fini.

L’autre exemple nous vient de la Grande Mosquée d’Alger, dont le coût du projet avait été estimé en 2008 à 900 millions de dollars pour une durée de réalisation de quatre ans. Dix ans après, les dépenses ont été multipliées par deux et demi, atteignant les 2,2 milliards de dollars, et là encore, le coût final n’est pas encore connu. Pour rappel, en 2008, le coût du projet avait été estimé à environ 900 millions de dollars, avec un délai de réalisation de quatre années.

Dans le domaine du sport, ce sont les nouveaux stades de Tizi Ouzou et de Baraki qui ont englouti de l’argent. Le premier, qui devait être achevé en 2013, a consommé 50 milliards de dinars pour un montant initial de 32,5 milliards de dinars. La deuxième infrastructure sportive, inscrite en 2004 pour un budget d’environ 11 milliards de dinars, a vu pour sa part sa facture rallongée à plus de 20 milliards de dinars, soit le double.

C’est dire les surcoûts financiers engendrés par ces projets, au même titre que bien d’autres. Les montants diffèrent d’un cas à un autre, mais le phénomène de la dilapidation s’est bien incrusté dans les mœurs de l’administration et le milieu des affaires. Même au niveau local, les communes n’ont pas fait exception, avec des affaires de détournements impliquant des élus locaux et causant des retards immenses en matière de développement régional.

Par ailleurs, les grandes entreprises publiques, à l’image de Sonatrach, où l’argent a coulé à flots, ont été les premières à être frappées par les scandales de corruption. Lesquels ont éclaté en série, alors que les enquêtes lancées en grande pompe ne lèvent pas le voile sur ces dossiers noirs qui ont fortement entaché les quatre mandats de Bouteflika. A chaque fois, de grands responsables, des personnalités proches du sérail présidentiel, des hommes d’affaires ayant profité largement de la commande publique y sont impliqués. Ils ont fini par livrer des projets lourdement entachés par les malfaçons, puisqu’ils ont plutôt fait dans le bricolage et le ramassage de l’argent public.

Au nom de la préférence nationale, des opérateurs économiques, connus pour leurs accointances avec le pouvoir en place, ont arraché la réalisation de grands projets pour des montants astronomiques, au moment où d’autres projets, pourtant innovants, se sont vu privés de financement et mis sous la pression de mesures bureaucratiques face à une administration corruptible et corrompue. Tout cela est passé sous silence en faveur des «grands affairistes» et en défaveur des porteurs d’idées.

«On a fini par tuer l’esprit de l’entrepreuneuriat et développer celui de l’affairisme à grande échelle, propulsant parallèlement l’informel», nous dira d’ailleurs un économiste à ce sujet pour résumer les conséquences de la corruption, qui a touché tous les niveaux avec un impact lourd sur l’économie nationale et sur la situation financière, et ce, à travers des indicateurs alarmants et un recours de plus en plus important à la planche à billets.

«Gestion mal avisée de l’argent public»

Les chiffres rendus publics à cet effet le montrent clairement : en l’espace de 15 mois (octobre 2017- janvier 2019), le montant du financement non conventionnel a atteint 6556 milliards de dinars (30% du PIB). Il était de l’ordre de 5192 milliards de dinars à fin décembre, contre 2 185 Mds DA en 2017. En 2018, le chiffre atteignait les 3471 milliards de dinars. Un simple calcul nous donne comme résultat 1000 milliards de dinars en janvier 2019, soit un peu moins du tiers du montant tiré en 2018 en un seul mois.

C’est dire l’accélération de ce mode de financement auquel a eu recours le gouvernement pour faire face à la détresse budgétaire engendrée justement, entre autres, par les dépenses sans contrôle et les détournements sans limite. Les manifestants, qui se sont mobilisés tout au long de ces quatre semaines contre le système en place, ont bien mis l’accent sur ce phénomène dans leurs slogans. «Klitou lebled» «Vous avez mangé (sous-entendre) ruiné le pays», scandaient les jeunes pour afficher leur mécontentement de la gestion des finances publiques et dénoncer le gaspillage. Ce qui préoccupe également les experts.

«Au-delà de la gestion malavisée de l’argent public et de la panne sévère de ressources à laquelle elle a abouti, c’est une autre interrogation majeure qui est maintenant soulevée et qui se rapporte aux conséquences potentiellement graves sur l’ensemble de l’économie nationale, qu’il convient maintenant d’envisager pour les prochaines années», écrit à ce sujet l’économiste, Mouloud Heddir, dans une étude publiée en février dernier, sur le site du Cercle d’action et réflexion autour de l’entreprise (CARE).

Il ajoutera : «Depuis la chute des prix pétroliers en 2014, les autorités ont systématiquement privilégié le confortement des marges de manœuvre du budget de l’Etat, au détriment de l’appui effectif au développement des entreprises et des secteurs productifs», avertissant que l’affaissement durable des finances publiques ne manquera pas d’affecter sérieusement et durablement les performances de l’ensemble de l’économie. Et ce, d’autant que «tous les éléments d’un scénario récessif semblent aujourd’hui alignés».

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