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mercredi, 21 octobre, 2020
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La date de la rentrée non encore fixée après 7 mois de rupture avec l’école : Gare au décrochage scolaire !

24 septembre 2020 à 12 h 00 min

Inattendue, la décision du report de la rentrée scolaire a été prononcée alors que les élèves et leurs parents affichaient une impatience pour un retour en classe.

Le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, qui a fait cette annonce choc, a motivé la décision de l’Etat par la volonté de préserver la santé des enfants d’une éventuelle contamination au nouveau coronavirus. La date de la rentrée n’est toujours pas fixée malgré les quelques rumeurs qui disent qu’elle se fera vers la mi-novembre. En attendant que les affaires politiques se règlent, la majorité des élèves sont perdus. Beaucoup de parents ne savent plus où donner de la tête ni quelle méthode engager pour remettre leurs enfants dans le bain de l’école et de l’apprentissage.

Les parents d’élèves dans le désarroi

«J’ai voulu faire faire à mon garçon Ilyas des révisions, mais j’ai découvert qu’il avait tout oublié. De plus, il refuse catégoriquement de quitter sa console de jeux pour aller réviser, surtout que nous n’avons aucune date pour le retour en classe. En l’absence de moyens de pression, j’ai laissé tomber l’idée de soumettre mon fils à des révisions forcées, du moins pour le moment», déclare Abdelghani, papa de deux enfants, dont Ilyas en 2e année primaire. Karima, fonctionnaire, a 4 enfants. Le plus âgé a passé son BEM cette année. Le dernier est en 3e année primaire.

Les gérer dans cette période d’éloignement de l’école n’est pas une partie de plaisir. Abderrahmane, l’aîné, refuse de reprendre l’école s’il n’obtient pas son BEM. Son père n’arrive pas à lui faire changer d’avis, même de force. «J’ai inscrit les autres à des cours particuliers. Je veux qu’ils reprennent un peu leurs cours, rattrapent ce qu’ils ont perdu du 3e trimestre et entrent dans le bain pédagogique en préparation de la prochaine rentrée», déclare cette maman qui ne cache pas sa crainte d’une éventuelle année blanche.

Même sa fille Randa, en 2e année moyen, refuse de prendre des cours particuliers concentrés. «Elle a refusé catégoriquement. Elle savoure ses vacances face à la télévision et avec internet. Je suis impatiente de les revoir se réveiller tôt pour aller à l’école. Je crains sincèrement pour eux», s’alarme-t-elle.

La situation est la même pour la majorité des parents que nous avons approchés. Même si une partie craint une éventuelle contamination à la Covid-19, d’autres considèrent que cette coupure pédagogique est encore plus néfaste, notamment à long terme. Ils estiment que retarder la rentrée est une solution facile et que l’Etat aurait dû réfléchir et engager des solutions bien à l’avance. Parmi les solutions citées par quelques-uns, l’enseignement en ligne, via des plateformes numériques, comme celle proposée par Google. Cela se passe au moment où d’autres parents se dirigent directement vers les écoles privées, dont certaines ont lancé les inscriptions en vue d’entamer le rattrapage des cours du 3e trimestre ainsi que ceux de cette année scolaire 2020-2021, gelée jusque-là dans le secteur public.

Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme

Face à cette situation d’incertitude, de crainte et de dommages que subissent les élèves, les spécialistes de la question de l’éducation ne cachent pas leur pessimisme. Ali Benzina, président de l’Organisation nationale des parents d’élèves est catégorique : «La déperdition scolaire cette année risque d’être encore plus importante. Toutefois, nous ne pouvons en faire l’évaluation qu’après la rentrée des classes. Nous avons des catégories d’élèves qui sont fragiles, pédagogiquement mais aussi socialement.

Les enfants qui avaient du mal à assimiler les cours en temps normal ne voudront jamais reprendre le chemin de l’école après une telle période d’abstinence scolaire. Ce constat s’applique surtout aux adolescents qui ont profité de cette période de vacances forcées pour intégrer le monde du travail.» Notre interlocuteur cite également les enfants issus de familles défavorisées et dont la scolarisation nécessitait de grands sacrifices des parents. Les plus touchés seront les jeunes garçons et les jeunes filles de 13 ans et plus. Pour lui, l’Etat doit s’investir dans la lutte contre ce fléau en obligeant ces enfants en fragilité pédagogique et sociale à poursuivre leurs études ou les orienter obligatoirement vers les centres de formation professionnelle.

De son côté, Boualem Amoura, secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), estime que le décrochage scolaire n’est pas un phénomène nouveau mais qui risque de connaître de l’ampleur vu le contexte épidémiologique actuel. «De prime abord, et en temps normal déjà, le décrochage scolaire ou la déperdition scolaire est considérable. Plus de 600 000 élèves quittent l’école algérienne en fin de cycle, exclus ou volontairement, pour une raison ou une autre. Cette année, la pandémie de Covid-19 a aggravé le phénomène vu la rupture de la scolarité pendant plus de six mois !

La preuve est que, selon mes informations recueillies sur le terrain, qu’à l’examen du BEM, il n’y a eu que 4% de présents et que les notes sont catastrophiques dans toutes les matières», souligne-t-il, avant d’estimer que l’Etat doit prendre en charge sérieusement ce phénomène très grave et trouver des solutions durables. Il cite, à titre d’exemple, la création d’une commission d’orientation mixte qui regroupera les ministères de l’Education, de la Formation professionnelle et du Tourisme pour orienter directement l’élève exclu vers les centres et les instituts de formation sans rupture de scolarité.

Il est à savoir que chaque année plus de 500 000 élèves quittent l’école et sont orientés vers la vie active. Le nombre d’élèves comptabilisés l’année dernière 2019-2020 dépassait les 9 millions. Cette année, le nombre devrait augmenter pour atteindre les 10 millions d’élèves. 

 

 

 

CHIFFRES-CLES

4 8 mois de coupure pédagogique le 12 octobre prochain

4 + 500 000 élèves quittent l’école chaque année

4 25 à 40% de ce chiffre sont repêchés par la formation professionnelle

4 9 millions d’élèves inscrits en 2019-2020

4 10 millions d’élèves inscrits en 2020-2021

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