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La biodiversité en déclin, gare à la domestication des animaux sauvages

30 avril 2020 à 9 h 42 min

La biodiversité  va mal. Les écosystèmes sont même en constante détérioration. Le constat est le même partout dans le monde. En Algérie, les équilibres biologiques demeurent fragiles. Les mesures prises jusque-là afin de préserver le patrimoine biologique, telles que la création des aires protégées et des batteries de lois en vue de préserver la nature, n’ont pas eu tout à fait l’effet escompté. Les animaux sauvages qui, de par le passé avaient le statut d’espèces protégées, en raison des agressions récurrentes à leur encontre (incendies, braconnages, domestication, destruction de leurs habitats), pourraient passer de statut d’agressé à celui d’agresseur. Dans ce dossier, Ahmed Alileche, conservateur divisionnaire au Parc national du Djurdjura, a zoomé sur les risques d’apprivoisement des singes magots et de certains rapaces, tels que les vautours, l’aigle et la buse,etc.

Dossier de Djedjiga Rahmani

 

La célébration de la Journée internationale de la terre coïncidant avec le 22 avril intervient cette année dans un contexte très particulier : la pandémie de Covid-19.

Cette dernière, de l’avis des spécialistes, n’est qu’une preuve supplémentaire que notre environnement naturel est de plus en plus détérioré. L’action humaine, comme le signale à maintes reprises les militants écologiques, est le premier responsable de cette dégradation effrénée. Cette «érosion risque de voir certaines espèces vulnérables ou en danger critique de s’effacer de la biosphère», met en garde Ahmed Alileche, Conservateur principal au Parc national du Djurdjura.

Et de poursuivre : «Parfois, l’homme, qui est cause de cette agression sur les ressources biologiques, devient lui-même une victime de son comportement.» Comment ? voici quelques explications.

L’apprivoisement du singe magot

Malmené, son habitat ne cesse de se rétrécir, le singe magot risque de passer de statut d’agressé à celui d’agresseur surtout quand il est en capture. Le singe magot qui est un animal sauvage vivant dans le milieu forestier se voit capturer, tantôt mis dans une cage tantôt accompagnant son «maître» en ville circulant dans les rues les plus peuplées, se nourrir de la même façon que ses hôtes, qui lui font goûter les différentes saveurs. Mais l’adoption et l’apprivoisement de cette espèce sont-ils sans conséquences sur la santé de la population, notamment les personnes qui sont en contact direct avec lui ?

«Le singe magot, le seul primate non humain (PNH), subit des braconnages ( …) aujourd’hui, cette espèce est en danger d’extinction selon la classification de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN).

La destruction de son habitat et le commerce illicite des juvéniles accroit sa vulnérabilité», alerte Ahmed Alileche chargé du Département animation et vulgarisation (DAV) au Parc national de Djurdjura (PND). Il n’écarte pas l’hypothèse de voir un jour cet animal sauvage transmettre différentes maladies à l’homme qui le prend pour un animal domestique. Sa domestication par certains braconniers à des fins récréatives ou commerciales finit par causer des conséquences parfois irréparables pour son propriétaire.

Risque de maladies infectieuses

«Beaucoup d’études scientifiques ont révélé le risque de maladies infectieuses ou parasitaires en fonction de l’agent causal, touchant des personnes manipulant cette espèce de PNH. Ces maladies sont dites zoonoses», explique M. Alileche, qui invite ceux qui s’aventurent à apprivoiser les animaux sauvages à revoir leurs attitudes.

Les zoonoses sont définies comme étant des maladies ou infections qui se transmettent des animaux vertébrés à l’homme, et vice versa. «Selon les scientifiques, les PNH transmettent des pathologies infectieuses graves à l’homme, à cause leur proximité phylogénétique», révèle-t-il, soulignant que les pathogènes en questions peuvent se manifester sous formes de bactéries, de virus ou parasites.

Qu’en est-il de mode de transmission de ces maladies ? Le conservateur du PND prévient que le contact direct de l’être humain avec l’animal risque de voir ces maladies infectieuses lui être transmises. La transmission de ces maladies peut se faire également d’une manière indirecte à travers l’alimentation ou par l’intermédiaire d’un vecteur (insecte, arachnides…).

A cette occasion, notre interlocuteur lance un appel aux visiteurs des endroits où se trouve cette espèce afin de garder certaines distances. «Les citoyens ou touristes qui se rendent à la forêt ou à la montagne, comme c’est le cas au Parc national de Djurdjura, la forêt de l’Akfadou, les parcs nationaux de Gouraya et de Chréa où le singe magot est légion, et qui constituent des destinations touristiques d’excellence, doivent faire de la distanciation vis-à-vis de ces macaques pour éviter tout contact. Quant aux gens qui se pavanent en ville avec un singe sur l’épaule, ils encourent des risques de maladies qu’ils ignorent passablement», met en garde M. Alileche. Il existe trois catégories de maladies transmissibles des PNH à l’homme.

Les parasitoses sont causées par des agents parasites, les viroses, dont l’agent pathogène est un virus et les bactérioses sont entraînées par des bactéries. Selon notre interlocuteur qui s’appuie sur des avis des scientifiques «les maladies virales sont probablement celles qui inquiètent le plus.

Parmi les plus classiques, on cite la rage», rappelant qu’«à la fin des années 1980, un trafic de magots depuis l’Algérie vers la région lyonnaise s’était traduit par plusieurs cas de rage vaccinale». Notre interlocuteur considère que des maladies que peut attraper un homme en contact avec le singe seraient multiples, mais en l’absence de données scientifiques restent très fragmentaires. «A ce sujet, on ne peut que sensibiliser les citoyens quant aux éventuels risques qu’ils encourent en s’approchant des singes.

Des vétérinaires ont avancé que, par manque de données, ils ne peuvent lister de façon exhaustive tous les agents infectieux que les singes pourraient transmettre à l’homme (maladies émergentes, porteurs asymptomatiques…)», observe Alileche.

«Connaissant la diversité spécifique des singes à travers le monde, il est difficile d’attribuer une maladie donnée à telle ou telle espèce en l’absence de vérités scientifiques avérées pour le moment», estime-t-il. «Cependant, le macaque d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc et Gibraltar) risque lui aussi d’être porteur du virus de l’herpès (MaHV1) qui est imputé aux macaques asiatiques.

Comme il peut éventuellement le transmettre à l’homme, et ce, en raison des affinités génétiques de leur phylogénie rapprochée (genre macaque)», détaille encore notre interlocuteur. «C’est pour tant de raisons qu’il est recommandé de prendre ses précautions à titre préventif, parce que ce virus tue 80% des cas en provoquant une inflammation du système nerveux», avise ce conservateur au Parc du Djurdjura. Pour rappel, l’herpès virus B du singe demeure un agent d’anthropozoonose encore méconnu.

D’ailleurs, il semble que pour les gens atteints par ce virus, même après le traitement, des séquelles neurologiques persistent dans la plupart des cas.

 

Djedjiga Rahmani

[email protected]

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