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Tebboune au Der Spiegel à propos de la crise diplomatique avec la France : «Je ne serai pas celui qui fera le premier pas»

07 novembre 2021 à 12 h 02 min

Le président Tebboune exige une «reconnaissance pleine et entière des crimes commis par les Français» durant la colonisation.

Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel paru vendredi 5 novembre, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a clairement laissé entendre qu’il ne faut pas espérer un dégel des relations avec Paris dans l’immédiat après les propos véhéments d’Emmanuel Macron tenus le 30 septembre dernier.

Pour rappel, le président français, à l’occasion d’un échange avec des jeunes issus de familles ayant toutes un lien avec «la guerre d’Algérie», s’était permis de mettre en doute l’existence de la nation algérienne avant la colonisation.

L’interview du Spiegel attaquait d’ailleurs d’emblée par cette brouille, d’après la transcription de l’entretien relayée par plusieurs confères. «On ne touche pas à l’histoire d’un peuple et on n’insulte pas les Algériens», a rétorqué avec fermeté le chef de l’Etat.

«Ce qui est ressorti, c’est la vieille haine des maîtres coloniaux. Mais je sais que Macron est loin de penser ainsi. Pourquoi a-t-il dit cela ?

Je pense que c’était pour des raisons électorales», poursuit Abdelmadjid Tebboune. Il fera remarquer au passage que «c’est le même discours que le journaliste d’extrême droite Eric Zemmour répète depuis longtemps : que l’Algérie n’était pas une nation, que c’est la France qui en a fait une nation…»

Et le président de la République d’asséner : «Avec cette déclaration, Macron s’est placé du côté de ceux qui justifient la colonisation.»

Aux envoyés spéciaux du magazine allemand qui lui signalent qu’il s’entendait bien pourtant avec son homologue français, Tebboune n’en démord pas et charge de nouveau : «Macron a relancé tout à fait inutilement une vieille querelle. Si Zemmour dit quelque chose comme ça, qu’im- porte, personne n’y prête attention. Mais quand un chef d’Etat déclare que l’Algérie n’était pas une nation à part entière, c’est très grave.» Dans un autre passage, il déclare : «Macron a porté atteinte à la dignité des Algériens. Nous n’étions pas des sous-humains, nous n’étions pas un peuple de tribus nomades avant l’arrivée des Français.» Tebboune est catégorique : «Je ne serai pas celui qui fera le premier pas, sinon, je perdrai tous les Algériens. Il ne s’agit pas de moi, mais d’un problème national. Aucun Algérien n’accepterait mon contact avec ceux qui nous ont insultés.» Il exige dans la foulée une «reconnaissance pleine et entière des crimes commis par les Français» durant la colonisation.

Evoquant la coopération au Sahel, le président de la République campe sur l’interdiction de survol de l’espace aérien de l’Algérie par les avions militaires français : «Si les Français veulent aller au Mali ou au Niger maintenant, ils devront voler neuf heures au lieu de quatre. Cependant, nous ferons une exception lors du sauvetage de blessés. Mais pour tout le reste, nous n’avons plus à coopérer les uns avec les autres, c’est peut-être terminé maintenant» a-t-il fait savoir.

«LE HIRAK, C’EST MOI»

Aux journalistes Britta Sandberg et Monika Bolliger qui lui demandent si l’Algérie serait prête à envoyer des troupes au Mali en vertu de la nouvelle Constitution, il affirme : «L’ONU peut se tourner vers nous ou vers l’Union africaine. Si les Maliens attaquaient demain, nous inter- viendrions à leur demande.»

Le Président prend toutefois soin de préciser : «Mais nos soldats sont des Algériens qui ont des familles. Je ne les enverrai pas à la mort pour l’intérêt des autres. Assez d’Algériens sont morts dans le passé. La grande question est de savoir comment réunifier le pays. En tout cas, l’Algérie n’acceptera jamais une partition du Mali.»

S’exprimant également au sujet de la crise avec le Maroc, Tebboune relève que «les Marocains veulent diviser l’Algérie», rappelant le soutien affiché par l’ambassadeur du royaume chérifien à l’ONU à l’indépendance de la Kabylie.

Abordant les affaires intérieures, le Spiegel s’est intéressé à la relation du président de la République avec l’armée. A ce propos, Abdelmadjid Tebboune a rejeté avec énergie l’idée selon laquelle il serait une simple «façade civile» des militaires : «C’est moi qui ai nommé le chef de l’armée», soutient-il, avant d’ajouter : «En plus de la fonction de Président, je suis également ministre de la Défense. Les services secrets ont été placés sous mon contrôle, ils ne sont plus sous l’autorité des militaires. C’est la nouvelle réalité constitutionnellement garantie en Algérie.»

Et de marteler : «La politique, c’est moi. Personne ne la fera à ma place. C’est moi qui ai ordonné la fermeture de l’espace aérien algérien aux avions militaires français. C’est moi qui ai commandé la même mesure pour les avions marocains.» Questionné sur les arrestations qui ont touché des journalistes, il lance : «En France, des journalistes sont en prison, aux Etats-Unis aussi, pourquoi n’y en aurait-il pas en Algérie ? Nous avons 180 quotidiens. Il y a 8500 journalistes qui travaillent dans le pays. Si deux ou trois d’entre eux ont été condamnés à juste titre, on dit ah, ils mettent des journalistes en prison. La liberté de la presse n’inclut pas la liberté de produire de fausses informations ou de dénigrer votre pays. Si ces lignes rouges sont franchies, alors la justice s’impose.»

Interrogé pour finir sur ses promesses de changement, Tebboune proclame : «Le hirak, le soulèvement, c’est fini, le hirak, c’est moi maintenant.» «Ce soulèvement était un mouvement national, pas une collection de petites factions. J’ai déclaré le 22 février, début des manifestations en 2019, jour férié, car ce mouvement a stoppé le déclin de notre Etat. Peut-être que vous vous souvenez des images, vous pouviez voir un peuple résilient, avec un sens prononcé de la liberté semblable à ce qui s’est passé plus tôt à Cuba, au Vietnam et dans d’autres Etats révolutionnaires» a-t-il conclu.

M. B.


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