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Indignation contre la répression et les «baltaguia» : Qui cherche le pourrissement ?

14 avril 2019 à 10 h 30 min

Les manifestations de vendredi dernier à Alger ont été marquées par des actes de violence. La police a fait un usage intensif de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Le fait le plus saillant : les tirs de gaz lacrymogènes en direction du Tunnel des facultés.

Pourquoi cette soudaine crise de violence ? Pourquoi ces incidents ne sont-ils enregistrés qu’à Alger ? Qui a exigé de la police d’intervenir avec une telle violence, alors qu’elle est censée sécuriser les manifestations ? Et qui dirige en sous-main ces cohortes de «baltaguia» qui harcèlent la police et s’attaquent aux marcheurs ? «C’est le vendredi le plus violent de tous. Et ce n’est pas le fait des citoyens sortis exiger le départ du système, mais bien des policiers chargés de réprimer…

Une répression qui a commencé tôt dans l’après-midi de vendredi avec des camions munis de canons à eau postés à la montée du boulevard Mohammed V, des camions qui ont visé des familles avec enfants.

Effet d’enchaînement ou obéissance aux ordres, il y a eu des tirs de gaz lacrymogènes sur les marcheurs qui se trouvaient dans le tunnel ou en sortaient», déplore une manifestante qui a requis l’anonymat. 15h30.

Des policiers, postés au boulevard Mohammed V, ont utilisé d’abord les canons à eau et les sprays (gaz en aérosol) pour repousser des jeunes qui voulaient forcer le dispositif sécuritaire. «Il y avait de la joie. C’était festif. La police a utilisé les canons à eau. Les gens scandaient joyeusement : ‘‘Zidouna el shampoing’’ (Ajoutez-nous du shampoing)», raconte à El Watan Lynda Abbou, journaliste du site internet Maghrebemergent et à Radio M, qui filmait les scènes.

Soudain, une bombe lacrymogène est jetée en plein milieu de la place Audin. Elle sera suivie de plusieurs dizaines d’autres. C’est alors la panique parmi les milliers de manifestants qui sortaient du Tunnel des facultés, ou venaient de Didouche Mourad. De vieilles dames, des enfants, sont tombés. Certains ont eu des malaises, particulièrement les asthmatiques…

Entrée en scène des «baltaguia»

De jeunes, visiblement des «baltaguia», ont commencé à lancer des blocs de pierre en direction des policiers. Des gaz lacrymogènes sont lancés en direction du Tunnel des facultés : une épaisse fumée se dégageait du tunnel où l’air était devenu irrespirable. Les marcheurs s’enfuyaient dans toutes les directions : certains refluaient vers l’avenue Pasteur, d’autres s’engageaient sur la rue Didouche ou remontaient la rue René Dunant (ex-Mulhouse). «Je ne sais pas si les policiers ont visé intentionnellement le tunnel. Leur geste est intolérable. Les très nombreuses familles, dont des amis de la rédaction, étaient prises au piège à l’intérieur du tunnel.

Elles ne trouvaient pas où aller. Il faut savoir que les placettes d’Alger étaient encerclées par un important dispositif policier. Les manifestants se contentaient d’occuper le centre, ils ne marchaient pas. Ils ne savaient pas où aller», poursuit la journaliste. Une pause interviendra, les policiers se sont retirés vers le quartier du Télemly.

Des manifestants les ont suivis. Moins d’une heure après, ils reviendront réoccuper la place. Les quelques familles, qui sortaient du tunnel ou affluaient de la rue Didouche Mourad, ont subi une autre salve plus importante de tirs lacrymogènes. «Le hall du bâtiment du 7 rue René Dunant était plein de blessés. Des personnes étaient touchées au torse. Des secouristes sont intervenus en force. Ils ont secouru surtout les asthmatiques.

Un secouriste m’a dit qu’un des blessés avait un traumatisme crânien, ce qui a nécessité son évacuation par les pompiers. Il m’a dit qu’une personne a été touchée par une balle en caoutchouc», relève Lynda. Une manifestante se trouvant à cet endroit témoigne : «Au moins une quarantaine de blessés entre balles en caoutchouc, lacrymogène, victimes de bousculades, asthmatiques et drogués sont à déplorer… J’ai vu hier un homme pleurer après avoir reçu une balle en caoutchouc.

Il disait : ‘‘Je pleure, non pas parce que j’ai mal, je pleure parce que ‘hagrouni’ (méprisé). Ana djay silmiya ou howa ytiri aliya, yak hna khawa khawa (Moi, je suis pacifique, mais ils me tirent dessus, pourtant on est des frères).»

L’indignation était générale après la répression des manifestants de la place Audin. Le président du RCD, Mohcine Belabbas, a dénoncé, dans la soirée de vendredi, la partie «qui a ordonné d’utiliser des gaz lacrymogènes contre des manifestants». «Celui qui a ordonné d’utiliser des gaz lacrymogènes contre des manifestants à l’intérieur du Tunnel des facultés doit répondre devant la justice», a-t-il asséné sur sa page Facebook.

Même indignation de l’association RAJ qui a dénoncé, dans un communiqué, «la répression de la manifestation et interpelle le pouvoir sur le respect du droit de manifester et de se rassembler à Alger et à travers tout le territoire national».

La DGSN dément sans convaincre

Au moment de la diffusion des images de la répression sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) et les réactions d’indignation des organisations, à l’instar de la LADDH, la DGSN réagit. Dans un communiqué rendu public le soir des manifestants, la DGSN a «catégoriquement démenti» les informations relayées par certains médias au sujet du recours des éléments de la sûreté aux gaz lacrymogènes au niveau du Tunnel des facultés à Alger.

La DGSN a précisé que la «formation et le professionnalisme des éléments de la sûreté leur permettent d’avoir un contrôle parfait des moyens légaux de maintien de l’ordre», ajoutant que «les éléments de la sûreté n’ont ni par la passé ni à l’avenir, eu recours à l’utilisation des gaz lacrymogènes dans de pareils espaces confinés». Un bilan de la DGSN a fait état de 83 policiers blessés et de 180 individus interpellés lors des marches populaires.

Mais point de bilan des manifestants touchés. Des scènes de violence s’étaient poursuivies une bonne partie de la soirée dans les rues Didouche, Ben M’hidi, Asselah, Ben Boulaïd, etc. De jeunes «baltaguia», parfois cagoulés et certains munis de cutters, ont saccagé des véhicules, cassé des vitres d’appartements, d’administrations et de deux quotidiens (Le Jour et Les Débats).

Un véhicule de la police, mais sans policiers, en stationnement à la rue Sergent Addoun, a été incendié…

Qui a «pris en charge» les délinquants qui s’étaient attaqués aux manifestants pacifiques et aux policiers ? Un manifestant, dont on taira le nom, témoigne : «Un des jeunes blessés pris en charge par les secouristes était sous l’effet de la drogue. Il était touché à la tête et avait reçu une balle en caoutchouc au torse. Il avait toutes les apparences d’un ‘‘baltaguia’’. Il a dit en criant qu’il allait tout balancé. Il a lancé : ‘‘On m’a tout donné. Ils m’ont donné 3000 DA et m’ont dit ramène tes amis. Mon pays vaut plus que cette somme.’’

Je ne sais pas quel crédit accorder à ces paroles.» La DGSN qui a, elle-même, reconnu l’existence de jeunes «délinquants» parmi les manifestants, a mis en œuvre tous les moyens pour disperser les manifestants : barrages filtrants aux entrées de la capitale, importants dispositifs policiers sur les places publiques, fouille systématique de manifestants, en plus de l’usage intensif de gaz lacrymogènes.

Même son corps d’élite, le Groupement des opérations spéciales de la police (GOSP), a été déployé en fin de soirée. La répression contre les manifestants ne s’est pas arrêtée. Hier, des militants du MDS et de RAJ, participant à un rassemblement à la Grande-Poste, ont été interpellés…

Le choix de la manière forte contre les manifestants pacifiques sera-t-il maintenu par les pouvoirs publics ? Assiste-t-on à la remise en cause de l’un des acquis de la révolution du 22 février, c’est-à-dire, la réappropriation de l’espace public ?


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