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Manifestation contre le 5e mandat et le «système»

Imposantes manifestations des étudiants à Alger : «Nous exigeons un changement radical»

06 mars 2019 à 11 h 44 min

Drapeaux, banderoles, pancartes, youyous, klaxons de communion, bouteilles d’eau jetées de balcons solidaires, chants des stades au ton très politique enflammant l’espace public, Live Facebook et autres selfies au milieu de la rue effervescente…

Ce sont les nouveaux rituels de l’urbanité algéroise. Depuis les grosses manifs libératrices du 22 février, le paysage social à Alger s’est nettement politisé, en effet, avec, comme thème de convergence, le rejet massif du 5e mandat et le système qui le sous-tend. Et les manifs du vendredi 1er mars ont porté la contestation à un niveau d’intensité jamais égalé.

Les Algériens ont pris tellement goût à ces vendredis impétueux qu’ils ne peuvent plus attendre le week-end pour donner de la voix contre nos satrapes. Si bien qu’il ne se passe plus de jour sans son lot de clameurs anti-système.

On voit même des promeneurs solitaires scander machinalement : «Makache el khamssa ya Bouteflika, djibou el BRI ou zidou Essaîqa» comme on fredonnerait une chanson populaire. «Bientôt, ils vont ajouter ce couplet dans Qassaman», s’amuse un facebookiste exalté. Hier, les étudiants ont remis ça par milliers en occupant massivement, dès 10h, la Place Audin et la Grande Poste.

Cela ne s’est pas limité à la communauté de la Fac centrale, mais ils ont afflué de tous les campus algérois et au-delà : de l’USTHB (Bab-Ezzouar), de Bouzaréah, de Dély Brahim, de la Fac de Médecine d’El Biar, de la Fac de Droit de Saïd Hamdine, des campus de Boumerdès…

Sur la rue Hassiba, à la Place du 1er Mai, au marché de Meissonnier, et sur le haut de la rue Didouche, tout semble normal. Mais à l’approche de la Place Audin, le décor change subitement, avec des fourgons de police des brigades antiémeute et un camion «moustache» barrant la chaussée et obligeant les automobilistes à se rabattre sur la rue Mustapha Ferroukhi.

Une haie de «CRS» s’est déployée pour endiguer les manifestants, mais une fois à l’intérieur de la foule, c’est Woodstock in Algiers. Une ambiance festive qui vient confirmer encore une fois le caractère joyeux et résolument pacifique de ces manifs qui a fait leur succès. La marée humaine est massée autour de la place Maurice Audin.

Elle s’étend jusqu’à l’agence Air Algérie ainsi que l’OPU. Des jeunes drapés de l’emblème national ont grimpé aux lampadaires en scandant : «Makache el khamssa ya Bouteflika»… Des pancartes multicolores et polyglottes sont brandies : «Talaba ghadhiboune, lil khamissa rafidhoune» (Etudiants en colère, ils refusent le 5e mandat), «Etudiants algériens, conscients, mécontents», «Maintenant que nous sommes éveillés, nous ne laisserons plus rien passer», «Pour un Etat de droit», «Republic not Monarchy», «Un seul héros, le peuple», «Article 7 : le peuple est la source de tous les pouvoirs», «La casa d’El Mouradia dégagez !», «Naya segeghyel» (On est fatigués des ânes), «Les jeunes partent dans des barques, ils les comptent dans les exportations», «Ikram el mayiti dafnouhou wa layssa intikhabouhou» (La dignité du mort est dans son inhumation, pas dans son élection)…

«Les étudiants seuls ne suffisent pas»

Certaines pancartes sont franchement sarcastiques. Florilège : «Summer is coming, libérez Club des Pins», «Zidouli âme’ : tahssab rana enkhardjou fi kerray» (« Allongez mon bail d’une année : on dirait qu’on va chasser un locataire). «C’est moi Nekkaz et ces deux-là sont mes cousins»…

Akram, Ramiz et Mahieddine ont entre 19 et 23 ans. Ramiz est étudiant en 1re année technologie à Bab Ezzouar, tandis que Mahieddine étudie le marketing à Dély Ibrahim. Akram, lui, suit des études en Sciences et technologies du sport à Dély Ibrahim aussi. La déclaration de candidature de Bouteflika a été vécue comme un «choc» par nos trois manifestants.

«C’est une provocation directe !» lâche Mahieddine. «Mais la mobilisation a atteint un point de nos retour, il ne faut rien lâcher», souligne Ramiz. «Cette provocation de trop ne passera pas», acquiesce Mahieddine. Ramiz poursuit : «J’ai grand espoir dans cette mobilisation. Mais il faut que toute la population s’implique, les étudiants seuls ne suffisent pas».

Ses camarades prônent ardemment l’union sacrée. «Il ne faut pas que chacun parle tout seul. Il faut qu’il y ait une conscience collective qui s’installe», plaide Akram. Face à ce passage en force du clan présidentiel, la contestation populaire va grossir d’après eux : «Vendredi prochain, il y aura encore plus de gens dans la rue. Tout le monde va sortir.

Le système a peur du peuple. Ils ne pourront pas affronter un peuple uni», gagent-ils. Un peu plus loin, un groupe d’étudiants venus de Boumerdès enflamme la manif. «Même nos profs font grève», disent-ils. «On est prêts à sacrifier nos études», assure l’un d’eux.

Pour eux, si Bouteflika venait à être élu, ça sera à la faveur d’une fraude massive. «C’est comme avec l’histoire des six millions de signatures prétendument réunies. Si ça se trouve, nos noms sont sur la liste des signataires», lâche un étudiant en électronique. La solution ? «Il faut des élections honnêtes avec des garanties», préconise un autre membre du groupe. Et de lancer : «On ne va pas arrêter jusqu’à ce qu’ils cèdent».

Il est presque 13h. La foule s’engage dans le Tunnel des Facultés pour rejoindre l’avenue Pasteur. Le tunnel amplifie les youyous et les cris des manifestants qui scandent : «Editou lebled ya essaraquine» (Vous vous êtes accaparés du pays bande de voleurs) «Hé, ho, Ouyahia fi Darou» (Ouyahia rentre chez toi), « Ouyahia dégage !», «Pouvoir assassin !»… Un cordon de police empêche la foule de bifurquer à gauche vers la rue du Docteur Saâdane qui monte vers le Palais du Gouvernement.

«Il faut prendre le temps d’organiser une vraie élection »

La vague de manifestants se faufile entre les voitures d’où partent des coups de klaxons complices. La marée humaine poursuit sa marche au long de l’avenue Pasteur dans une liesse chamarrée en clamant : «Hada echaâb la yourid, Bouteflika we said».

Le cortège s’immobilise à hauteur du boulevard Mohamed Khemisti. Les manifestants occupent le jardin de la Grande Poste et s’installent sur les marches du bâtiment néomauresque sous le bourdonnement lancinant d’un hélicoptère.

Nous échangeons avec deux étudiantes en Sciences de la Terre à l’USTHB : «Il n’a vraiment pas de scrupules», s’indigne l’une d’elles. «C’est une véritable provocation. C’est comme s’il ne s’était rien passé durant tous ces derniers jours.

C’est une insulte au peuple algérien». «On exige un changement radical. On veut changer tout le système de gouvernement, pas seulement le départ de Bouteflika», proclament-elles. Même son de cloche chez cette étudiante en Lettres anglaises à Bouzaréah : «On est sortis pour notre avenir.

On veut un vrai changement, avec de nouveaux visages», dit-elle. Kheireddine, étudiant en droit, arbore une pancarte sur laquelle il a mis en anglais : «Will the real Rachid Nekkaz please stand up ?» (Le vrai Rachid Nekkaz va-t-il se lever ?) Il nous fait remarquer : «Tu vas voter pour qui ? Pour Ghediri ? Là, il ne reste plus grand monde. On ne nous laisse pas trop le choix. Il faut prendre le temps d’organiser une vraie élection

. On ne doit pas le faire dans la précipitation, sinon, on risque d’avoir un deuxième Sissi». Sur ces entrefaites, cinq flics en civil nous encerclent avec agressivité et nous demandent pour quel organe nous travaillons.

Ils voulaient s’assurer que nous n’étions pas «sahafa adjnabiya». Il nous a fallu brandir notre carte de presse pour qu’on nous laisse faire notre job. Ces réflexes aussi doivent changer…

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