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Gestion de l’ANEP et des médias publics : L’impératif changement

08 janvier 2020 à 10 h 30 min

Ils sont la voix de la propagande dans son aspect le plus funeste. Le canal par lequel sont diffusés la haine, la persécution et le mensonge. Les médias officiels dans leurs différentes déclinaisons se sont distingués depuis le soulèvement du 22 Février par un traitement pour le moins menaçant pour la cohésion sociale.

Prenant des libertés avec les règles élémentaires de l’éthique et de la déontologie, la tour du boulevard des Martyrs a usé d’une tonalité agressive à l’encontre du mouvement populaire, des principaux courants de l’opposition et contre tous ceux qui défendent une opinion contraire au discours dominant. D’un ton empreint d’insultes et de diffamation, durant des mois, la télévision gouvernementale a assuré une tâche peu honorable, foulant aux pieds sa mission au service du citoyen qui, faut-il le rappeler, verse à la trésorerie de cette EPTV une redevance obligatoire.

La ligne de l’acceptable a été franchie en laissant passer des propos à la limite du séparatisme. Par moments, les journaux télévisés de 20h donnaient l’impression que l’Algérie était en guerre… contre son peuple désigné comme ennemi de la nation parce qu’il réclame la démocratie. Les médias publics n’ont jamais été aussi hostiles à une frange large de la société comme en ces mois de mobilisations populaires. Ils sont la marque d’une dérive autoritaire. Ils en sont l’expression, la voix et l’image. Et c’est en cela que le changement tant désiré et pour lequel des millions d’Algériens marchent depuis des mois passe aussi par une rupture nette avec la conception soviétique qui a caractérisé jusque-là l’audiovisuel public.

Le limogeage du directeur général de l’EpTV décidé, hier, par les services du Premier ministère suffira-t-il à lui seul à rompre avec l’histoire peu glorieuse de cette boîte survivante de l’époque du noir et blanc ? S’il est vrai qu’il y ait des hommes qui peuvent avoir une influence sur le cours des choses. Il n’en demeure pas moins que, dans le cas concernant les missions fixées pour des institutions dans une situation politique algérienne où le fonctionnement vertical et centralisateur, le changement dépend plus d’une réelle volonté politique et surtout d’une conviction certaine. Ancrés dans une forte tradition de sublimation du maître du moment, où les journalistes ressemblent plus à des fonctionnaires chargés de promouvoir l’image du Président, celle des ministres et autres dignitaires, l’ex-Unique et ses avatars ont fait de la manipulation de masse leur leitmotiv. La distance critique vis-à-vis des pouvoirs est réduite à néant. Son indépendance éditoriale est un vieux rêve devenu un cauchemar pour les téléspectateurs. Pour parvenir à la débarrasser de toutes ces perversions, il faut une véritable révolution.

Le ministre de la Communication, Amar Belhimer, qui aura la charge de cette mission difficile, certes, mais hautement nécessaire, est appelé dès à présent à «dégraisser le mammouth». Sa responsabilité politique se trouve entièrement engagée. C’est un gage d’ouverture. Ce sera un des signes qui donneront à voir si la nouvelle équipe aux commandes du pays est réellement porteuse d’un projet de rupture avec un passé politique calamiteux.

Mais au-delà du cas unique des médias publics, c’est la question de la liberté de la presse de manière générale qui est posée. Elle doit être au cœur des préoccupations du gouvernement. Parce que d’elle découle la question encore plus fondamentale, inhérente à la liberté d’expression des citoyens. Et par extension, celle de la démocratie. La liberté de la presse ne peut être appréhendée en évacuant le rôle central qu’elle joue comme fondement de la démocratie. Il n’est pas exagéré d’affirmer que le champ médiatique ressemble tragiquement à un champ de ruines parsemé de mines antipersonnel. Un chaos médiatique organisé. Sciemment noyé dans une faune dans laquelle le métier de journaliste s’est perdu. Mettre de l’ordre – à ne pas confondre l’ordre autoritaire – dans la «maison de la presse» algérienne est une urgence. Une priorité souvent affichée par tous les gouvernements successifs, mais sans cesse ajournée.

C’est une bataille démocratique qui mérite d’être menée. Le mal qui ronge le secteur des médias est identifié depuis longtemps, tout comme les corps étrangers qui l’empoisonnent. En finir avec le rapport hostile qu’entretiennent les autorités avec la presse et les professionnels de l’information qui finalement n’ont pas besoin de tutelle. Rompre avec les attitudes paternalistes et les interprétations larges et abusives de l’idée de la protection de la sécurité nationale.

Mamelle des médias-maison, la régie publicitaire ANEP, qui gère et distribue les annonces institutionnelles au budget incalculable et occulte, a servi d’instrument de soumission. Une arme de dissuasion qui fait entrer dans la maison d’obéissance du pouvoir. Un instrument qui empêche la profession de se développer sur des bases saines de concurrence et de compétence. Elle a totalement faussé les règles. Et par-dessus tout, elle a fabriqué des monstres médiatiques. Cette boîte noire par laquelle transitent des sommes faramineuses du contribuable a vocation à disparaître. La «reconsidération de la gouvernance», prônée par Abdelmadjid Tebboune, passe aussi par une révision déchirante dans le domaine médiatique. 


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