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Les privilégiés sous Bouteflika appréhendent le sevrage

Est-ce la fin de l’état de grâce pour les Kouninef et consorts ?

25 mars 2019 à 10 h 00 min

Leurs noms sont désormais présents dans les discussions et les échanges dans la rue, sur les réseaux sociaux, dans la foulée des manifestations populaires pour le départ de Bouteflika et de tout le régime en place. Il s’agit notamment des Kouninef, (Karim-Noah, Tarek et Rédha), cette fratrie connue pour être étroitement liée au cercle présidentiel et l’une des plus grandes fortunes d’Algérie. Et ce n’est pas pour rien que le nom de Rédha, cerveau de la famille Kouninef, pour qui la gratitude et la loyauté sont des valeurs chères, a retenti ces derniers temps…

A moins d’une prise de conscience urgente sur le danger qui la guette, l’Algérie pourrait bien, de son divan, se retrouver dans les bras de ceux qui ont fait d’elle un «Etat qui n’est plus que chaises musicales de rentiers, scandales, couverture de méga-corruption, figuration bureaucratique sclérosée, comité de gestion des intérêts de ses kidnappeurs de l’ombre et de la nouvelle classe dominante d’arrivistes qui s’y accrochent». Parmi ces privilégiés et influents lobbyistes, de l’ombre auxquels fait allusion le professeur Omar Aktouf, il y en a quelques-uns qui sont sortis, depuis, de ce bien long anonymat.

Leurs noms sont désormais présents dans les discussions et les échanges dans la rue, sur les réseaux sociaux, dans la foulée des manifestations populaires pour le départ de Bouteflika et de tout le régime en place. Il s’agit notamment des Kouninef, (Karim et Noah-Tarek et Rédha), cette fratrie connue pour être étroitement liée au cercle présidentiel et l’une des plus grandes fortunes d’Algérie. Et ce n’est pas pour rien que le nom Rédha, cerveau de la famille Kouninef, pour qui la gratitude et la loyauté sont des valeurs chères, a retenti ces derniers temps.

A la tête de KouGC, puissant conglomérat spécialisé dans le génie civil et l’hydraulique, ce jeune milliardaire, pour, justement témoigner sa reconnaissance envers le clan présidentiel, se serait engagé, d’après différentes sources médiatiques étrangères, à financer le lancement de «Continuité», une nouvelle chaîne de télévision qui devait être exclusivement dédiée au soutien et à la couverture de la campagne pour le cinquième mandat du désormais ex-candidat Abdelaziz Bouteflika. «Kouninef-TV» dont la régie, toujours selon les mêmes sources médiatiques, allait être confiée à Amara Benyounes, n’a pas pu voir le jour, Bouteflika ayant, sous la pression de la rue, décidé de renoncer au 5e mandat.

La manne des marchés publics

Il faut dire que les gros contrats et marchés publics, en cascade, empochés jusqu’à tout récemment par les Kouninef, expliquent, à bien des égards, cette forte marque de reconnaissance à l’endroit de la fratrie Bouteflika. Même si le premier responsable de l’hydraulique, qui s’exprimait le week-end passé sur les ondes de la radio locale s’était gardé, contexte politique bouillonnant oblige, d’en divulguer le nom, c’est au Groupe KouGC qu’aurait été confié le projet de réalisation pour le compte de l’Office national d’assainissement (ONA), d’une nouvelle Station de traitement et d’épuration des eaux usées (STEP) dans la daïra d’Oued Tlélat (Oran).

Le projet pour lequel une enveloppe budgétaire de 2,5 milliards de DA a été débloquée par le ministère des Ressources en eau devrait être livré en 2020. Quelques semaines auparavant, l’«expertise» du Groupe KouGC est, à nouveau, sollicitée par une autre entité publique, l’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (Anesrif). Sans en préciser la nature, des sources proches de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF), nous ont appris que «l’Anesrif, établissement qui a pour mission essentielle la modernisation et le développement du secteur des transports ferroviaires, a confié un gros contrat lié à la sécurisation des voies ferrées à une entreprise appartenant à la famille Kouninef». Mais le business le plus lucratif, c’est auprès de Sonatrach que KouGC se l’est toujours offert, surtout depuis l’arrivée de Abdelmoumen Ould Kadour à la tête du groupe pétrolier.

Selon un média européen, bien au fait des arcanes du monde de l’énergie, le «chouchou» du clan présidentiel aurait raflé, fin avril 2018, un contrat d’environ 2 milliards de dinars pour la mise sur pied d’une base vie au niveau du gisement gazier Tin Fouyé Tabankort (TFT) à Ghadamès, exploité par Total, Repsol et Sonatrach. Pourtant, s’étonne le même média, KouGC n’est pas spécialiste de la construction des infrastructures préfabriquées, opérant habituellement dans le BTP et le génie civil, routes, barrages, ponts, hôpitaux militaires, etc. Toujours grâce à ses solides appuis présidentiels et profitant à plein de la prétendue politique d’algérianisation des contrats de sous-traitance instaurée par le big boss de Sonatrach, le très discret Rédha Kouninef réussira, la même année (mars 2018), à décrocher un marché de plusieurs centaines de millions de dinars.

Ce contrat, conclu entre sa société de gardiennage armé «Secur Group» et l’Entreprise nationale des grands travaux pétroliers (ENGTP), porte sur la protection, la surveillance et l’escorte de produits sensibles dans la très délicate région d’In Amenas. Et ce, outre un bon nombre d’autres non moins juteux contrats dans les forages pétroliers. C’est autant dire que depuis 1999, date à laquelle Abdelaziz Bouteflika accède au pouvoir, les affaires du trio Kouninef marchaient tant et si bien que leur entreprise familiale est devenue un puissant et redoutable empire dans les secteurs du BTP, l’hydraulique et le gardiennage.

Ruée vers les sociétés de gardiennage

Sur ce fort lucratif business, sécurisation des sites et infrastructures de Sonatrach, l’arrivée de nouveaux concurrents, tout aussi puissants, et les chamboulements politiques qui agitent le plus haut sommet de l’Etat commencent à faire perdre aux Kouninef des parts de marché non négligeables.

La ruée vers les contrats publics s’exacerbe. En témoigne le groupe de sécurité privé El Amine Gard, propriété d’un sénateur FLN (ville frontalière de l’est du pays) vient de remporter un contrat qui a fait plus d’un envieux parmi les colosses de la filière de gardiennage, les Kouninef y compris. Selon des informations que nous avons pu obtenir auprès du Groupe public Sider, propriétaire de la Société publique de gardiennage et surveillance (SGS), ce contrat, qui se négociait depuis des mois, a été conclu dans la discrétion la plus totale entre El Amine Gard et un organisme relevant du ministère des Transports que dirigeait Abdelghani Zaâlane, ex-directeur de campagne de l’ex-candidat, Abdelaziz Bouteflika. Information confirmée par un site spécialisé dans son édition de jeudi dernier.

L’organisme public qui a sollicité les services d’El Amine Gard s’avérera être le Groupe d’infrastructures des travaux routiers et ouvrages d’art (Gitra). Pour plus de 130 millions de dinars, cette filiale phare de l’Entreprise nationale des grands ouvrages d’art (Engoa) a confié la surveillance et la sécurité de l’ensemble de ses chantiers en cours à travers le territoire national (viaducs, tunnels, barrages, passerelles, ponts, etc.). Depuis fin 2018, les uniformes El Amine Gard sont également présents sur les sites pétroliers (Hassi R’mel et Oued Noumer).

Là où bien des années durant intervenaient les troupes de Vigilance, société de gardiennage, l’un des principaux actionnaires étant un ex-général, ex-député. Ce haut gradé, associé du sénateur à El Amine Gard, qui serait il ? «Car pour parvenir à ravir un gros contrat aux Kouninef et à laminer la société de celui qui a eu à commander les Forces navales et l’Académie militaire de Cherchell, il faut être plus puissant que les Kouninef et plus proche des décideurs de l’ombre», tient à souligner un ex-cadre dirigeant de la SGS Annaba. Flairant le filon hautement porteur et prometteur, de plus en plus nombreux sont les poids lourds du FLN à s’y lancer. Le tout dernier en date étant un industriel, député FLN (Mascara) et membre très influent au sein du Forum des chefs d’entreprises (FCE) qui aurait monté, à la fin de l’été 2018, une société de gardiennage et de sécurité en association avec un proche parent du colonel Mustapha El-Habiri, l’ex-patron de la police algérienne.  


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