Drame au centre pénitentiaire de Béjaïa | El Watan
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mercredi, 05 octobre, 2022
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8 morts dans une station d’épuration des eaux usées

Drame au centre pénitentiaire de Béjaïa

01 avril 2021 à 11 h 04 min

Un détenu et sept gardiens de la prison de Oued Ghir, dix kilomètres au sud de la ville de Béjaïa, ont trouvé la mort, hier, asphyxiés au fond d’une fosse septique. L’incident s’est produit vers 10h, selon des témoignages qu’El Watan a pu recueillir sur place auprès de quelques gardiens de la prison, complètement abattus par la perte cruelle de leurs collègues.

Un jeune prisonnier a été chargé de nettoyer la fosse, profonde de quelque cinq mètres. «C’est une opération ordinaire répétée tous les deux mois. Depuis le dernier séisme, les déchets bloquaient l’écoulement des eaux usées», nous dit un gardien qui revient de son congé alerté par l’annonce de la tragédie. Quelques minutes après avoir entamé son travail, le prisonnier est pris d’un malaise avant de s’évanouir, asphyxié par les gaz toxiques dégagés par les eaux.

En intervenant pour le secourir, un gardien subit le même sort tant les odeurs des eaux sont insupportables. «Un collègue a donné l’alerte et les six autres gardiens qui sont descendus pour sauver les asphyxiés ont péri tour à tour», raconte notre interlocuteur.

Quel âge avaient-ils ? Un autre gardien à qui nous posons la question fond en sanglots, au moment où un de ses collègues se plaignait des conditions de travail auprès du ministre de la Justice, qui s’était déplacé d’Alger avec ses collègues des ministères de l’Intérieur et des Ressources en eau. «Nous sommes recrutés comme gardiens et notre tâche doit se limiter au seul gardiennage», se plaint notre interlocuteur.

Tout le périmètre de la prison de Oued Ghir a été bouclé par un impressionnant dispositif sécuritaire qui a mobilisé des brigades de la gendarmerie et de la police, ce qui a fait faussement croire à une mutinerie à l’intérieur du centre de détention.

Des agents de l’ONA ont été appelés aux côtés des pompiers qui ont aussi mobilisé des plongeurs pour faire remonter les corps sans vie des victimes. Le dernier cadavre retiré de la fosse est celui d’un jeune d’une vingtaine d’années. La première victime est un détenu qui n’a pas bouclé ses trente ans.

Il a péri à quelques jours de sa libération, apprenons-nous sur place. «Il est de Tidjelabine. Les plantes que vous voyez là, c’était lui qui les arrosait», témoigne le même gardien. Certains des gaz d’égout, dont font partie aussi l’ammoniac, le dioxyde de carbone et le sulfure d’hydrogène peuvent provoquer essoufflement, fatigue et vertiges, voire la mort, lorsque leur concentration est élevée.

C’est ce qui semble s’être produit dans le cas des huit victimes, mal outillées pour ce genre de tâche. «C’est depuis toujours qu’on nettoie cette fosse et sans moyen de protection. Il n’y a jamais eu d’accident auparavant, cette fois-ci, un gaz mortel a vraisemblablement sévi», nous informe une source à l’intérieur de la prison.

«Une enquête préliminaire a été ordonnée et nous rendrons publiques ses conclussions pour connaître ce qui s’est réellement passé», a déclaré le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati. Sur les lieux, des parents de détenus sont venus s’enquérir de la situation et prendre des nouvelles des leurs.

Une mère, rencontrée à l’entrée de la prison, suppliait les gardiens de lui dire si son enfant faisait partie des victimes. «Ce sont nos collègues qui sont morts», lui a rétorqué un gardien, les yeux embués de larmes.


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