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La chronique de A. Merad

Derrière l’affront, l’espoir démocratique…

21 février 2019 à 10 h 00 min

Jamais peut-être élection présidentielle n’a suscité autant de remous, en fait autant de contestations. Si on en est arrivé là, à assister aujourd’hui à une large fronde populaire qui saisit l’espace public pour faire entendre sa voix, c’est qu’il y a une sérieuse et grave raison à ce phénomène d’agitation qui secoue l’Algérie comme une lame de fond pour s’opposer à l’autoritarisme.

En point de mire, l’aveuglement du pouvoir à vouloir imposer par la force, l’intimidation et la menace de répression un 5e mandat à un Président sortant impotent, à bout de souffle, incapable donc de relever le défi d’une charge aussi lourde. On se retrouve à moins de deux mois de l’échéance présidentielle avec, d’un côté, une population de plus en plus massive à rejeter ce qu’elle appelle le «contrat de la honte» et, de l’autre, un sérail arc-bouté sur ses positions, fermement décidé à aller jusqu’au bout de son projet, même si cette entreprise porte en elle les germes d’une aventure suicidaire.

Quel est, en effet, le pays qui accepte de se voir dirigé par un Président très éprouvé et dont tout le monde sait qu’il n’est plus en possession de ses capacités physiques et intellectuelles ? Et où peut-on trouver des dirigeants irresponsables semblables aux nôtres qui défient à ce point les lois de la nature en exploitant honteusement la maladie d’un homme pour des considérations strictement politiciennes et de vénalité abjecte ?

Comment dans ce cas rester indifférent devant cette grossière machination qui se joue sur la tête des Algériens et qui fait planer les pires dangers sur le pays ? Il faut dire que les cercles dirigeants sont allés cette fois trop loin dans leurs calculs maléfiques. Et trop loin surtout dans leur attitude méprisante et fortement humiliante. En même temps, ils confirment qu’ils ne sont absolument pas à l’écoute des citoyens quand ceux-ci les mettent en garde contre leurs aberrations.

Maintenir un vieillard qui ne peut ni marcher ni parler à la tête de l’Etat au nom d’une certaine idée de «continuité» de l’œuvre de développement engagée que lui seul peut parachever ressemble davantage à une gageure grotesque qu’à une projection sérieuse qui aurait pu tenir si le postulant conservait intactes ses facultés. Bouteflika, dont on dit qu’il est lui-même inconscient des manigances qui se trament autour de sa personne et en son nom, offre en cette circonstance pénible l’image de quelqu’un qui termine mal son parcours politique en s’exposant à toutes sortes de manipulations.

Lui qui, au temps de sa grandeur, faisait trembler son entourage par un simple clignement des sourcils, est devenu l’otage de cette même camarilla qui n’éprouve aucun scrupule à se servir de son aura derrière la vénération hypocrite qu’elle lui témoigne. Il aurait pu entrer dans l’histoire s’il s’était conformé aux exigences de la loi fondamentale pour consolider le principe de l’alternance au pouvoir et donner encore plus de sens à la démocratie algérienne naissante qui avait fait sensation, notamment dans le monde arabe.

Mais non, il préféra briser le rêve de tout un peuple qui commençait à y croire. Pourtant, Zéroual avait ouvert la voie en instaurant une présidence tournante à deux mandats que son successeur a vite fait de ruiner en revisitant les articles de la Constitution qui l’empêchaient de conserver le fauteuil. Son fauteuil. L’obsession incontrôlée de l’esprit de domination était plus forte que la raison. En faisant sauter les verrous sacrés de la limitation des mandats, il franchit le pas qui mène vers le despotisme aveugle.

C’était l’erreur fatale qu’il ne fallait pas commettre pour un personnage de sa trempe qui voulait se faire passer pour un démocrate accompli, alors que son ambition autoritariste démontrait le contraire. La deuxième aberration a été de le voir toujours obsédé par le trône alors qu’il relevait d’un sévère AVC en 2013. Les Algériens n’en croyaient pas leurs yeux mais par la contrainte imposée par tous les cercles dominants qui le présentaient comme apte au service alors que médicalement il devait plutôt aller se reposer, ils finirent par subir l’affront, la mort dans l’âme, en sachant pertinemment que ce passage en force était de trop dans son agenda.

Fallait-il encore pousser le bouchon de l’affront en le réinsérant dans le circuit pour la cinquième fois, alors qu’il est vraiment au bout du rouleau ? Cette fois, la pilule a du mal à passer, puisque s’élève un peu partout à travers le pays un vent de révolte qui, non seulement rejette Bouteflika, mais adresse un sérieux avertissement au régime concernant les atteintes aussi frontales à la dignité et à la respectabilité que celui-ci veut infliger à l’Algérie. Partout dans le monde, les séquences sur Bouteflika dans les télés et dans la presse sont affligeantes et les algériens n’aiment pas qu’on touche à leur honneur.

Car c’est l’honneur du pays tout entier qui est bafoué par cette mascarade électorale et qui donne matière à dérision aux esprits avisés. Si les personnalités du régime comme Amar Ghoul, Ouyahia , Gaïd Salah, Sellal et d’autres ministres, usant d’un langage guerrier, mettent en garde contre les manifestations de rue qui pourraient à leurs yeux déraper et appellent dans une rhétorique devenue lassante et improductive à la préservation de la stabilité et de l’unité du pays, c’est plutôt la réaction de la population contestataire qui mérite le plus d’attention, car elle est pour l’heure la meilleure démonstration que la maturité politique et civique qui vient d’en bas est largement plus efficiente que celle prônée par le haut.

C’est même une preuve d’un réveil démocratique citoyen qui fait peur au sérail. Marches dans l’ordre, pas de casse, pas de violence malgré un nombre impressionnant de manifestants qui ne sont pourtant pas encadrés par des partis politiques. Ces algériens lambdas, parmi lesquels de nombreux jeunes, et qui sont représentés par toutes les catégories sociales expriment, en profondeur, un ras-le-bol social et politique que les dirigeants refusent d’admettre. Ils ne veulent plus de Bouteflika et veulent réellement apporter un changement au pays par une mobilisation qu’ils souhaitent pacifique et prometteuse.

Ils ne veulent pas de confrontation, appréhendent les provocations et les manipulations qui peuvent surgir de partout et aspirent surtout à être entendus pour que les erreurs du passé ne soient plus reproduites. C’est le cri de l’espoir de voir enfin l’Algérie sortir des ténèbres d’un ordre autocratique pour entrer dans une ordre qui lui sied le mieux, l’ordre de la démocratie et de la liberté.


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