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Contre-révolution sur les réseaux sociaux : Alerte aux «mouches électroniques»

16 mai 2019 à 10 h 30 min

L’élection du 4 juillet ou le chaos. C’est ce qui est véhiculé ces derniers jours, avec fracas, par des facebookers qui ont décidé de soutenir le processus électoral en cours. Majoritairement anonymes, ceux-là fustigent tous ceux qui plaident pour une transition ou critiquent les positions du chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah.

«Celui qui ne vote pas le 4 juillet est un ennemi de l’Algérie, un agent de la France», «Celui qui est contre Gaïd est avec la France», «La transition, c’est la feuille de route de la France», «les Franco-zouaves sont avec la transition» sont autant de slogans lancés pêle-mêle sur différentes pages avec des attaques plus accentuées à l’endroit des chefs et des personnalités politiques défendant l’option de la transition.

Ce sont ces facebookers qui sont identifiés comme étant des «mouches électroniques», des «agents» recrutés par des cercles «occultes» afin d’investir les réseaux sociaux pour tenter de provoquer des divisions au sein du hirak en s’appuyant sur les sensibilités et divergences qui existent dans la société. Et cette «contre-révolution» ne date pas d’hier.

Il y a quelques semaines, il y a eu des attaques massives contre le drapeau amazigh. Un faux communiqué de la police interdisant cet étendard lors des manifestations du vendredi a même été diffusé sur les réseaux sociaux avant qu’il ne soit, aussitôt, démenti par la DGSN.

Une campagne qui s’est soldée par un échec, puisque le drapeau amazigh est resté présent dans différentes marches à travers le territoire national. Aujourd’hui, c’est l’élection présidentielle du 4 juillet et le chef d’état-major de l’ANP qui sont utilisés par ces «trolls».

Pour l’expert et consultant en télécom, Younes Grar, l’importance du rôle joué par les réseaux sociaux dans le mouvement populaire actuel, permettant, entre autres, aux jeunes de discuter entre eux, d’écouter des personnalités politiques ou des spécialistes, et de se faire une opinion par la suite, fait que les cercles au pouvoir réagissent. Et cela se fait via ces «mouches électroniques».

De quoi s’agit-il exactement ? Notre interlocuteur explique qu’il est question «de se ruer sur des pages très suivies, dirigées par des militants et autres activistes et essayer de les pirater pour changer leur contenu». Ce qui a été déjà fait. Dans le cas où ce n’est pas possible, ces «mouches» se contenteront «d’investir la page en question et de déverser des tonnes de commentaires subversifs».

Cela devient encore plus flagrant lorsque, sur une page donnée, c’est le même message (commentaire) qui est balancé par plusieurs personnes en un laps de temps assez court. Là ce sont souvent des logiciels, ajoute le spécialiste, qui sont mis à contribution.

Grar émet à cet effet une possibilité. D’après lui, la «contre-révolution» existe bel et bien et il y a de fortes chances que «le même réseau», qui s’est appuyé sur une boîte de communication qui avait recruté des jeunes au début du hirak, travaille aujourd’hui «pour un autre clan».

Beaucoup de profils anonymes

Les militants du hirak ont remarqué que dans la majorité des cas, ces «mouches» sont anonymes. Il n’y a pas de photo du titulaire du compte, et son nom est généralement un pseudonyme. Leurs comptes sont également soit récents, créés il y a tout juste un ou deux mois, soit vides. Bien évidemment, cela ne veut pas dire que tous ceux qui ont un avis contraire sont des «mouches».

Il se pourrait qu’il y ait des personnes qui défendent «sincèrement» l’option de l’élection présidentielle du 4 juillet par exemple. Mais ceux-là généralement acceptent le débat contradictoire et ne procèdent pas à la diabolisation de tous ceux qui soutiennent la transition, comme c’est le cas avec ces autres «professionnels».

L’objectif de ces derniers est bien évidemment de provoquer des clivages au sein du mouvement. «Ils sont arrivés jusqu’à dire que les gens qui sont sortis vendredi dernier durant le Ramadhan ne font pas carême», a déclaré, il y a trois jours, l’activiste politique, Abdou Bendjoudi, sur Radio M. Lui aussi est affirmatif : «Il y a des milliers de faux profils sur Facebook utilisés pour provoquer des divisions.» «A l’endroit des islamistes, ils parlent de laïcité, pour les berbéristes, ils évoquent l’arabité…», constate-t-il.

Une contre-révolution sans effet jusque-là

Cette «contre-révolution» a-t-elle produit des effets sur le hirak ? Comme lorsqu’il y a eu une campagne contre le drapeau amazigh, aujourd’hui encore le peuple a continué à sortir dans la rue, malgré toutes ces polémiques et attaques. «Les mouches sont en état de choc. Deux semaines de boulot parties en fumée.

S’ils continuent comme ça, ils subiront des réductions sur salaire», a ironisé, avant-hier, un facebooker après avoir vu les images des manifestations des étudiants à travers plusieurs villes du pays, notamment dans la capitale. «Quand on regarde leur présence sur Facebook, on croirait qu’ils sont des millions, mais vendredi, on les a cherché partout, en vain.

Donc, il ne faut pas avoir peur du terrorisme électronique qui sévit sur Facebook, il n’a aucune existence dans la rue», a affirmé Bendjoudi. Pour Grar, le fait que ces «mouches» ne sont pas retrouvées sur le terrain démontre que «ce sont de faux profils qui ne défendent pas leurs idées par conviction».

Mais la contre-révolution ne s’arrête pas là. Certaines tentations répressives resurgissent de temps à autre. Des journalistes de médias publics ayant pris parti avec le mouvement populaire sont sanctionnés, des conférences empêchées, un chef de parti politique qui s’attaque à une région du pays, des appels anonymes, non assumés, juste des pseudonymes, sont lancés pour des manifestations de soutien à l’élection du 4 juillet, un ministre qui reprend les mêmes éléments de langage présents dans les attaques contre les partisans de la transition… Tout est fait pour faire peur et essayer de provoquer des divisions au sein du mouvement.

Mais jusque-là, tous ces stratagèmes se sont avérés sans résultat sur le cours des événements. Certains avaient misé sur l’essoufflement du mouvement, surtout avec l’arrivée du Ramadhan. Ce ne fut pas le cas. Les Algériens sortent toujours en masse, comme c’était le cas vendredi dernier.

Beaucoup d’appels sont lancés en prévision de vendredi prochain (demain), le deuxième de ce mois de Ramadhan, pour ré-exprimer les mêmes revendications (départ du système, rejet d’élection du 4 juillet…) et afficher l’union entre toutes les franges de la société. C’est aussi une occasion pour répondre à toutes ces «mouches»…


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