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Conflit du Sahara Occidental : L’odieux marchandage entre Trump et Mohammed VI

12 décembre 2020 à 11 h 10 min

Le président américain, Donald Trump, et le roi du Maroc, Mohammed VI, ont conclu jeudi un deal ignominieux. En contrepartie de la normalisation par Rabat de ses relations diplomatiques avec Israël, les Etats-Unis ont accepté de faire fi du droit international et de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental occupé. «Le Maroc a reconnu les Etats-Unis en 1777.

Il convient donc de reconnaître sa souveraineté sur le Sahara occidental», a tweeté Donald Trump qui a ajouté peu de temps après dans un autre tweet : «Aujourd’hui, j’ai signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La proposition d’autonomie sérieuse, crédible et réaliste du Maroc est la ‘‘seule’’ base d’une solution juste et durable pour une paix et une prospérité durables !»

La transaction inclurait, par ailleurs, la vente au Maroc d’au moins quatre drones sophistiqués. Les responsables du département d’Etat américain devraient discuter de l’accord avec les membres du Congrès dans les prochains jours, a rapporté hier l’agence de presse Reuters, citant trois sources américaines familières avec les négociations.

Ces drones, des MQ-9B Sea Guardian fabriqués par General Atomics, ont une portée de 11 100 km et peuvent inspecter d’immenses étendues en mer et dans le désert. L’accord doit être approuvé par les membres du Congrès. Le Congrès peut en théorie bloquer un accord final, mais cela n’est pas envisagé, selon Reuters qui cite deux autres sources.

La légalité internationale bafouée

Survenue à la suite d’un échange téléphonique entre le roi Mohammed VI et le président américain, la décision du locataire de la Maison-Blanche de soutenir l’entreprise coloniale marocaine au Sahara occidental est une violation de la légalité internationale et des nombreuses résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU concernant le dossier du conflit du Sahara occidental. Dernière colonie en Afrique, le Sahara occidental, qui est occupé illégalement depuis 1975 par le Maroc, est inscrit depuis 1966 à la liste des territoires non autonomes. Il est donc éligible à l’application de la résolution 1514 de l’Assemblée générale de l’ONU portant déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux.

Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, a d’ailleurs déclaré à ce propos, peu après l’annonce par Donald Trump et Mohammed VI de leur odieux marchandage, qu’Antonio Guterres a «une position inchangée» sur le dossier du conflit sahraoui. «M. Guterres pense (…) que la solution à cette question peut toujours être trouvée sur la base des résolutions du Conseil de sécurité», a ajouté Stéphane Dujarric lors de son point de presse quotidien. La résolution 690 (1991) du Conseil de sécurité, a-t-il rappelé, a chargé la Minurso d’organiser un référendum libre et équitable au Sahara occidental et en proclamer les résultats.

Ainsi qu’il fallait s’y attendre, le gouvernement sahraoui et le Front Polisario condamnent fermement la décision du président américain sortant, la qualifiant de «violation flagrante de la Charte de l’ONU et de la légalité internationale». «La position annoncée par Trump, qui constitue une violation flagrante de la Charte de l’ONU et de la légalité internationale, entrave les efforts de la communauté internationale visant à trouver une solution pacifique au conflit entre la République sahraouie et le royaume du Maroc», a indiqué jeudi un communiqué du ministère sahraoui de l’Information. «Ce pas intervient à un moment où l’occupant marocain a violé le cessez-le-feu après son agression le 13 novembre dernier», a ajouté la même source.

Le gouvernement sahraoui et le Front Polisario ont souligné en outre que «la décision du président Trump ne change en aucun cas le statut de la cause sahraouie et que la communauté internationale ne reconnaît pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, étant la propriété du peuple sahraoui». Dans la foulée, le gouvernement sahraoui et le Front Polisario ont appelé «les Nations unies et l’UA à condamner cette décision irréfléchie et à faire pression sur le Maroc pour mettre un terme à la colonisation du Sahara occidental». «Le peuple sahraoui poursuivra sa lutte armée afin de recouvrer sa souveraineté avec tous les moyens et les sacrifices possibles.» Le représentant du Front Polisario en Europe et à l’Union européenne (UE), Abi Bouchraya El Bachir, a affirmé de son côté que l’autonomie revendiquée par le Maroc «ne constituera jamais un cadre pour le règlement du conflit au Sahara occidental», car étant contraire au cadre légal de la cause sahraouie.

Moscou dénonce une décision unilatérale

La décision de Trump a suscité des réactions de réprobation dans les plus hautes sphères du pouvoir législatif américain. L’actuel président de la Commission défense du Sénat américain, James Inhofe, et le sénateur Patrick Leahy ont ainsi déploré la démarche de Donald Trump, affirmant qu’il «ne pouvait ignorer le droit international et celui des Sahraouis à l’autodétermination». «L’annonce de la Maison-Blanche (…) alléguant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental est choquante et profondément décevante. Je suis attristé que les droits du peuple du Sahara occidental aient été troqués», regrette l’influent sénateur républicain James Inhofe dans un communiqué.

Le président de la Commission défense du Sénat américain s’est toutefois dit «convaincu que les Etats-Unis seront en mesure de revenir à la politique qu’ils ont menée depuis 1966».

A l’étranger, la Russie est le premier pays à avoir condamné sans ambages l’inique marchandage entre Trump et Mohammed VI. Moscou a estimé que la décision du locataire de la Maison-Blanche «sort complètement du cadre du droit international». «Ce que les Américains ont fait ici, c’est une décision unilatérale qui sort complètement du cadre du droit international», a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, cité par les agences de presse Ria Novosti et TASS. Il a ajouté que cette décision ne respectait pas non plus «les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, avec lesquelles les Américains eux-mêmes étaient d’accord».


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