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vendredi, 24 janvier, 2020
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Cessez-le-feu et tractations diplomatiques : Une chance pour le dialogue en Libye

13 janvier 2020 à 10 h 30 min

L’appel au cessez-le-feu lancé ces derniers jours par la communauté internationale a fini par être entendu par les principaux belligérants du conflit libyen, le gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli et Khalifa Haftar, chef de l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL), dont le quartier général est établi à Tobrouk.

L’arrêt des combats, qui durent depuis plus de 9 mois, ravive à nouveau l’espoir d’un règlement politique et pacifique de la crise libyenne qui s’est internationalisée et a évolué au fil des mois en guerre par procuration. Le conflit a connu, ces dernières semaines, une dangereuse escalade qui présageait le pire.

Après avoir pendant un temps rejeté toute idée de désescalade, le commandant de l’ANL, dont les troupes assiègent Tripoli depuis avril dernier en vue de renverser le GNA, a annoncé en effet samedi soir sa décision d’observer un cessez-le-feu à partir de dimanche 00h00 (22h00 GMT).

Il a prévenu toutefois, dans un bref communiqué, que la «riposte sera sévère en cas de violation de la trêve par le camp adverse», en allusion aux forces du GNA. Quelques heures après cette annonce, les autorités de Tripoli ont accepté à leur tour hier de respecter une trêve, soulignant elles aussi le «droit légitime» de leurs forces de «riposter à toute attaque ou agression qui pourrait provenir de l’autre camp».

Pressions internationales

L’entrée en vigueur de ce cessez-le-feu intervient au lendemain d’intenses consultations entre plusieurs acteurs internationaux concernés de près ou de loin par le dossier libyen. Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, dont les pays soutiennent des camps adverses, avaient appelé dès mercredi à partir d’Istanbul à l’instauration de ce cessez-le-feu, initiative soutenue par Berlin.

L’appel de Moscou et d’Ankara a été précédé mardi par une mise en garde des autorités algériennes à Khalifa Haftar, auquel elles ont clairement indiqué que Tripoli était «une ligne rouge» à ne pas franchir. Alger, qui observe une stricte neutralité dans ce conflit, a demandé également au Conseil de sécurité de l’ONU d’«assumer ses responsabilités» pour arrêter l’engrenage mortel dans lequel est entraîné la Libye et dénoncé les ingérences étrangères. L’Algérie est inquiète des répercutions sur la région de la situation en Libye, pays avec lequel elle partage près de 1000 kilomètres de frontière.

L’arrêt des combats n’aurait donc pas été possible sans les pressions russes, turques, algériennes, égyptiennes, italiennes et allemandes. Tout comme l’Egypte, Ankara et Moscou sont impliqués dans le conflit.

Ces capitales sont, par conséquent, plus entendues que d’autres sur le très disputé dossier libyen. Ankara a déployé des militaires en janvier pour soutenir le GNA, tandis que la Russie, malgré ses dénégations, est fortement soupçonnée de soutenir les troupes rivales du maréchal Haftar.

Il est établi, en revanche, que plus d’un millier de mercenaires russes opèrent en Libye, depuis plusieurs mois, aux côtés des unités de Khalifa Haftar, qui bénéficie également de l’appui des Emirats arabes unis et de l’Egypte. Le ministre turc des Affaires étrangères a accusé par ailleurs, samedi, la France de violer l’embargo sur les armes qui frappe la Libye en faisant parvenir des matériels militaires au gouvernement de Tobrouk.

Des pro-Haftar à Alger

La trêve observée par le GNA et l’armée de Khalifa Haftar est fragile. Elle risque d’être de courte durée si elle n’est pas très vite suivie d’une reprise des négociations interlibyennes. Le défi pour la communauté internationale sera justement de convaincre les protagonistes de la crise de se rasseoir autour d’une table des négociations et de convenir d’un plan de sortie de crise. A ce propos, beaucoup d’espoirs sont suspendus à la conférence internationale sur la Libye, que prévoit d’organiser l’Allemagne dans les prochains jours.
Dans le souci de faciliter le rapprochement des points de vue des différents acteurs libyens, les autorités algériennes ont reçu, samedi à Alger, une délégation de responsables du gouvernement parallèle de Tobrouk. Selon ces derniers, «cette rencontre fait suite à une invitation officielle du ministère algérien des Affaires étrangères».

Cette rencontre, ajoutent-ils, «a réuni autour de la table des discussions le vice-président du Conseil des ministres du gouvernement provisoire, Abdesselam Al Badri, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Abdelhadi Houidj, le ministre de l’Intérieur, Brahim Bouchenaf, et le ministre de la Défense, le général-major Younes Ferhat».

Dans une déclaration à El Watan, le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Benali Cherif, a expliqué que cette rencontre présidée par le chef de la diplomatie algérienne est destinée «à faire le point sur la situation en Libye et explorer avec les frères libyens les possibilités de dépasser la crise par des voies politiques et pacifiques». Abdelaziz Benali Cherif a soutenu en outre que «cette réunion entre dans le cadre des efforts fournis par l’Algérie pour rapprocher les points de vue entre les différents acteurs libyens pour faciliter le retour à un dialogue global devant déboucher sur une solution politique et pacifique à la crise, garantissant l’union de la Libye et de son peuple».

La délégation proche de Khalifa Haftar a indiqué de son côté, dans un communiqué rendu public au terme de sa visite, que «les deux parties ont convenu de la poursuite des consultations et de la coopération dans tous les domaines afin de garantir la stabilité et la souveraineté de la Libye».

L’Algérie confirme, en multipliant les contacts avec les gouvernements de Tripoli et de Tobrouk, son intention de peser dans le dossier libyen. Depuis le renversement en 2011 par les Occidentaux du régime de Mouammar El Gueddafi, la Libye est plongée dans une sanglante lutte pour le pouvoir qui oppose l’Est à l’Ouest. Le conflit a, pour ainsi dire, divisé le pays en deux. Berlin redoute que la Libye devienne une «seconde Syrie».


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