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jeudi, 23 mai, 2019
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Après les marches de protestation du 22 février : Jusqu’où ira la mobilisation ?

24 février 2019 à 11 h 30 min

Inédite, surprenante et, pourtant, tellement prévisible. La forte mobilisation de la rue algérienne avant-hier est un événement qui fera encore parler de lui, à moins d’un épisode encore plus massif de révolte citoyenne dans l’avenir proche, les ingrédients ne manquant pas pour une montée en puissance de la protestation.

L’alchimie parfaite qui a fait que des centaines de milliers d’Algériens, peut-être bien des millions, fassent entendre leurs voix quasi simultanément à travers les quatre coins du pays doit être analysée, rapidement, par tous ceux qui ont pour vocation de scruter les mouvements de fond de la société.

Ce qui est sûr, c’est qu’elle entraîne déjà un sentiment d’euphorie qui prend revanche sur de longues années de mal-être et d’impuissance politique rendant grand ouvert le champ des possibles désormais.

Il apparaît clairement qu’en l’occurrence, la bêtise infuse du pouvoir politique et son caractère suicidaire assumé, à travers cette folie de 5e mandat, ont contribué à rallier les plus indécis à l’idée qu’il y a quand même des seuils de tolérance au-delà desquels pointe l’indignité.

On a du mal en effet à imaginer cette lame de fond déferler comme elle l’a fait ce 22 février, si le pouvoir politique s’était rendu à la décence de présenter un autre prétendant à la magistrature suprême, quitte de son giron le plus intime, que ce Bouteflika aujourd’hui plus à plaindre qu’à blâmer.

Non pas que le rejet ne concerne pas tout le personnel politique qui squatte depuis plus de deux décennies le sommet de l’Etat, sa manière de conduire et de dépecer le pays, son arrogance, son incompétence…

Ce maudit 5e mandat semble avoir accéléré le processus de maturation dans la société et sa conviction qu’il n’y a plus rien à négocier avec le haut, à part la remise des clés des lieux du pouvoir.

Photo : Souhil B.

La rue reviendra à la charge

Diffusé juste après l’annonce, le 10 février dernier, de la volonté du Président à se succéder encore à lui-même, l’appel aux marches de ce 22 février doit peut-être et paradoxalement le large écho qu’il a eu au fait qu’il soit anonyme.

Les réserves, légitimes s’il en est, de nombreux acteurs politiques et associatifs sur le sujet, n’ont pas pesé sur les suites que la rue lui a données.

Il faut dire également que des militants politiques aux réputations bien assises ont relayé l’appel et l’ont soutenu ; des partis politiques et des mouvements sociaux l’ont par ailleurs adopté, certes sur le tard, faisant oublier ainsi ce trait d’anonymat qui aurait pu avoir un effet dissuasif sur certaines catégories sociales.

Bien plus, n’ayant pas porté de signature partisane ou catégorielle, l’appel a eu un effet rassembleur qui a brisé les cloisons idéologiques, voire régionales.

Les jeunes, qui ont incontestablement formés l’essentiel des contingents sortis pour manifester vendredi dernier, il faut l’admettre aujourd’hui, ont leur mode propre de mobilisation. Ils se croisent et échafaudent leurs plans sur les réseaux sociaux. A charge pour les acteurs politiques de les y suivre et de savoir leur parler.

C’est sans doute la première fois que le Rubicon entre le virtuel et le réel est franchi. Le résultat est pour le moins heureux et dit bien que quelque chose d’important est en train de s’opérer dans le pays.

Photo : Lyes H.

L’opposition politique a été unanime hier à tenter, c’est sa vocation, de coller à cet élan de la rue en diffusant des déclarations où il est demandé expressément à Bouteflika et son cercle de renoncer à sa 5e candidature, sous peine de voir les exigences de la protestation se porter sur des objectifs plus globaux et radicaux. Les réseaux sociaux, encore eux, bruissent, déjà, de ce débat sur les suites à donner au soulèvement de vendredi.

La possibilité de voir la rue revenir à la charge est de plus en plus évidente. Un appel est lancé pour une mobilisation des étudiants à travers le territoire, ce mardi. D’autres professions, les avocats notamment, s’apprêteraient à joindre leur voix à la protestation.

L’autre idée qui fait son chemin consiste en une grande marche nationale à Alger, avant le désormais incertain 18 avril. Des militants politiques, dont le constant Djamel Zenati, tranchent que la question de la présidentielle est dépassée par les événements, et estime que «les patriotes doivent en urgence appeler à une négociation avec le pouvoir autour d’un seul et unique point : le départ du système».

Pendant ce temps, le FLN de Bouchareb a bégayé à Oran qu’«il y a des gens qui veulent semer la zizanie et répandre la fitna (discorde)», avant de discourir sur les vertus de cette invendable et définitivement caduque «conférence nationale inclusive» projetée après la présidentielle. L’opinion attend d’entendre Sellal, l’entrepreneur en chef de la campagne de Bouteflika, et le dévoué Ouyahia.

Photo : Souhil B.

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