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Ali Ghederi se lance dans la bataille présidentielle : «Candidat de la rupture»

20 janvier 2019 à 11 h 12 min

Il saute le pas et décide de mener la bataille présidentielle. Le général-major à la retraite Ali Ghederi a officiellement acté sa candidature à l’élection présidentielle du 18 avril prochain. Il est ainsi la première personnalité nationale à s’être engagée juste au lendemain de la convocation du corps électoral qui met un terme au «faux suspense» autour de la tenue du scrutin présidentiel dans ses délais.

Loin d’être une surprise, la candidature de Ali Ghederi est l’aboutissement d’une construction politique qui a pris forme dans une série d’interventions médiatiques, toutes portées sur l’élection présidentielle, l’espoir qu’elle pourrait susciter tout comme le péril qu’elle pourrait provoquer pour le pays.

Et c’est ainsi que le désormais candidat s’est fait une place dans le débat public alors que le contexte politique national est paralysé par l’incertitude doublée d’une inquiétude qui plane sur le pays. Changeant le paradigme, Ali Ghederi prend tout le monde de vitesse en s’adressant, dans un premier temps, directement au chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, pour l’inviter à passer le relais.

Ensuite, il interpelle le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah lui demandant de ne pas permettre aux «aventuriers de violer d’une manière aussi outrageuse la Constitution». Alors que pesaient de sérieux doutes sur la tenue de l’élection présidentielle dans ses délais en agitant le scénario d’un «report», le général-major Ali Ghederi avait ouvertement demandé, le 25 décembre passé, à Ahmed Gaïd Salah «d’assumer ses responsabilités historiques» en faisant respecter la Constitution.

La démarche est inédite. Jamais un haut gradé de l’armée fraîchement parti à la retraite n’a franchement interpellé de la sorte son ancienne hiérarchie. C’était osé. Son appel a provoqué une levée de boucliers au sommet de l’Etat. Il a également semé le doute dans les rangs, déjà largement gagnés par la méfiance. D’évidence, la sortie de Ali Ghederi a eu l’effet d’une bombe dans un champ politique national aussi hésitant qu’amorphe et qui a eu son effet immédiatement.

Cinq jours après et au lendemain d’un Conseil des ministres, le ministère de la Défense nationale «pilonne» son ancien serviteur en des termes violents. Signe d’une nervosité manifeste au sein du pouvoir. Le communiqué du MDN, qui restera dans les annales, menace carrément Ali Ghederi de poursuites judiciaires.

Et c’est ensuite au tour de l’organe central de l’ANP, la revue El Djeïch, de poursuivre le pilonnage en lui consacrant un éditorial de la même teneur, suivi d’une «salve» tirée par le chef d’état-major en personne à l’occasion d’une tournée dans la 2e Région militaire.

C’est une lourde artillerie qu’ont utilisée le ministère de la Défense et l’état-major de l’armée contre un officier général. Une contre-offensive qui va définitivement et confortablement installer Ali Ghederi dans le paysage politique national. Il est propulsé au centre du débat-polémique.

Ce qui a fait dire au politologue Hasni Abidi que le général-major à la retraite «est désormais un homme politique en devenir». Sa déclaration de candidature annoncée hier vient le sceller assurément. Elle bouscule à gauche comme à droite, sa candidature va sans nul doute brouiller les cartes du régime, mais également chambouler le jeu politique traditionnel.

«la résignation n’est pas une fatalité»

L’homme au long parcours militaire, marqué de distinctions majeures, est aussi bardé de diplômes universitaires. Magistère en relations internationales et docteur d’Etat en sciences politiques, dont le thème traite de sécurité nationale. Une formation universitaire poussée qui complète celle du militaire. Cet ancien major de promo et médaillé d’or de l’Ecole de guerre de Moscou est suffisamment rodé au discours politique. Dans sa déclaration de candidature, il affiche la couleur et esquisse l’esprit de son projet politique.

Saignant. Il dresse un tableau de bord national des plus sombres. «L’Algérie traverse une phase décisive de son histoire. Au désespoir que vit notre peuple, notamment sa jeunesse, s’ajoute la déliquescence de l’Etat et de ses institutions. Le constat est amer : Etat de non-droit, vieillissement de sa composante humaine, injustice sociale, rente érigée en système de gouvernance, népotisme et corruption gangrènent notre société.

L’insécurité qui menace quotidiennement les Algériens est aggravée par le trafic et la consommation de drogues de plus en plus dures», réprimande-t-il sévèrement. La charge est dure mais confirmée quotidiennement par la réalité que vivent le pays et les Algériens.

Il point du doigt la principale raison du grand échec national, lorsqu’il assure que «l’autoritarisme empêche l’émergence d’une réelle démocratie. Le clanisme et la prédation ont érigé le régime politique en oligarchie». Son défi est de vaincre «la résignation» qui plombe le moral de la société. «Face à cette situation qui menace l’existence et la cohésion nationales, la résignation n’est pas une fatalité en soi.

Un sursaut salutaire est possible», ambitionne le candidat. Il se donne comme mot d’ordre à sa candidature : «La rupture sans reniement». Une ligne de démarcation avec la classe politique aux commandes des affaires qui «ne doit pas faire peur», mais qui doit aboutir à l’émergence de la «deuxième République». «La rupture s’impose à nous, si nous voulons aller de l’avant.

La question se pose en termes existentiels pour la nation, pour renouveler le serment avec ceux de Novembre et sauver l’Algérie pour laquelle tant de sacrifices ont été consentis. Cette rupture, je la perçois comme démarche salvatrice (…)», garantit-il.

Puisant dans l’esprit révolutionnaire des «pères fondateurs», mais sans pour autant en faire un marqueur, Ali Ghederi prend le pari de la modernité et de la démocratie. Il affiche clairement son choix pour un projet de société «moderniste, dont le peuple aurait participé à la définition de la philosophie autant qu’à la mise en œuvre».

Il ambitionne de faire «jonction entre le peuple et son élite» indispensable pour la réalisation de son projet. Maintenant qu’il acte sa candidature à la magistrature suprême, il lui reste l’épreuve du terrain dans un champ politique en jachère afin de mobiliser les forces nécessaires pour forcer le destin.

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