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Affaire ENI-Sonatrach : Le tribunal de Milan se prononcera le 19 septembre

13 septembre 2018 à 3 h 00 min

Le tribunal de Milan (Italie) rendra, le 19 septembre, sa décision relative aux «pots-de-vin», versés par des responsables du groupe pétrolier italien Eni et sa filiale Saipem, pour l’obtention de 7 marchés auprès de Sonatrach, en Algérie.

L’annonce a été faite lundi dernier par les juges italiens, qui avaient entendu le représentant du ministère public, Isodoro Palma. Reprises par la presse, notamment le journal Il Fatto Quotidiano qui a publié les détails de l’audience, les déclarations de ce dernier impliquent directement l’ancien PDG du groupe Eni, Paolo Scaroni, actuellement président du prestigieux club de football AC Milan.

Pour Isodoro, Scaroni «savait que Farid Bedjaoui n’était pas un simple secrétaire du ministre algérien de l’Energie (Chakib Khelil, ndlr)», mais «un collecteur de pots-de-vin» entre l’Algérie et Saipem. «En sa qualité de directeur d’Eni, Scaroni savait que Saipem était en croissance exponentielle de manière miraculeuse grâce aux frais des médiations, à savoir les potentielles commissions qui ont augmenté», a souligné le procureur.

Tout en reconstituant les faits de cette affaire, il a parlé d’«une masse d’argent» et de «groupe criminel», en évoquant le versement de commissions d’un montant total de 198 millions de dollars, payées en échange de 7 contrats pétroliers d’une valeur de 8 milliards de dollars.

Palma Isodoro a démontré au tribunal que «la société mère, Eni, avait un pouvoir de choix sur le gestionnaire de la filiale Saipem, le directeur financier Saipem a appelé Eni et Scaroni, et ce dernier a également contrôlé les coûts d’intermédiation (…). Ainsi, le ”chien à six pattes” (le logo de Eni, ndlr) savait que de 36 millions de dollars en 2006, Saipem était passée à 155 millions en 2008 de frais de courtage (…). Si vous constatez cette augmentation des coûts, vous posez-vous une question, ou faut-il imaginer qu’ils étaient des administrateurs d’une incompétence extraordinaire ?»

Alors que Scaroni ne cessait de clamer son innocence, le procureur, quant à lui, semblait convaincu du contraire. Il a accusé l’ancien dirigeant du groupe pétrolier italien de s’être rapproché de Bedjaoui en raison de sa proximité avec le ministre algérien. «Il savait très bien que rencontrer Bedjaoui ne signifiait pas échanger deux plaisanteries…»

Cette affaire, faut-il le préciser, se compose de deux dossiers, l’un pour corruption internationale et l’autre pour fraude fiscale, et dans lesquels, huit accusés – trois Algériens, en l’occurrence Farid Bedjaoui, Samir Ouriad, Omar Habour, et cinq Italiens, dont Paolo Scaroni, Franco Tali, Pietro Faroni, Alessandro Bernini et Antonio Villa – sont poursuivis par le tribunal de Milan. Le procureur Isodoro avait requis 6 ans et 4 mois de prison contre Scaroni, et une sanction pécuniaire contre le groupe Eni et sa filiale Saipem et demandé 8 années de prison contre Farid Bedjaoui.

Dans le premier procès, les faits portaient sur plusieurs versements opérés par Eni, durant la période 2007-2010, à l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, et à son entourage en échange de contrats d’une valeur de 8 milliards d’euros. Le procureur notait qu’il n’y a «aucune preuve que Pearl Partners (la société de Farid Bedjaoui, ndlr) conseillait Saipem pour participer aux appels d’offres en Algérie ou pour la préparation d’un appel d’ offres».

Pour le représentant du ministère public italien, les contrats avec Pearls Partners ont servi à transférer d’importantes sommes d’argent des entreprises italiennes aux intermédiaires algériens derrière lesquels se dissimulaient le ministre de l’Energie. Le procureur avait clairement pointé du doigt les services de contrôle interne de Saipem en disant : «En 2010, il y avait les premiers signes de problèmes liés aux contrats en Algérie, avec le début d’une enquête par les autorités judiciaires du pays nord-africain (Algérie, ndlr), mais aucun contrôle approprié n’a été effectué.»

Lors des dernières audiences, au début de cette année, le même procureur a requis la condamnation du groupe Eni et de sa filiale Saipem à une amende, et demandé une peine de 8 ans de prison (la plus lourde) contre Farid Bedjaoui, 7 ans et quatre mois contre l’ancien directeur des opérations chez Saipem, Pietro Varone (l’homme par qui l’affaire a éclaté durant l’été 2013, après son arrestation, en Italie), 6 ans contre l’ex-directeur financier de Saipem et Eni, Alessandro Bernini, 6 ans et 4 mois contre l’ancien PDG de Saipem, Pierre Faroni, 4 ans et 10 mois contre Samir Ouriad, homme de confiance de Bedjaoui, et 6 ans contre Omar Habour, le seul mis en cause accusé d’avoir recyclé les présumés pots-de-vin.

Ainsi, le 19 septembre le tribunal milanais devra rendre sa décision sur cette affaire qui a défrayé la chronique. Elle fera tache d’huile, parce qu’elle n’a pas élucidé le mystère de l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, cité comme étant le destinataire des commissions versées par le géant pétrolier italien, par l’intermédiaire de son homme de confiance, Farid Bedjaoui, sans pour autant être entendu ou inquiété. Est-ce le fruit d’un quelconque deal avec certaines parties au pouvoir ? La question reste posée…

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