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Abdelmadjid Tebboune prête serment et prend officiellement ses fonctions : «Aidez-moi, encouragez-moi et, au besoin… corrigez-moi !»

21 décembre 2019 à 10 h 30 min

La messe est dite. Le pouvoir en place a accompli, jeudi dernier, l’une des phases cruciales de sa feuille de route : l’investiture d’un Président élu à l’issue d’un scrutin fortement contesté par le mouvement populaire qui est en cours depuis bientôt onze mois. Abdelmadjid Tebboune, déclaré vainqueur de la présidentielle du 12 décembre dernier, prend officiellement ses fonctions de président de la République, juste après la cérémonie d’investiture organisée, avant-hier, au Palais des nations à Club des Pins… dans une ambiance crispée.

En effet, la «fête» a eu lieu sous haute sécurité. L’infrastructure qui devait accueillir cette cérémonie était quadrillée dès les premières heures de la matinée. La présence sécuritaire était fortement remarquable : gendarmes, militaires et autres éléments des services de sécurité. Le parking du Palais des nations était déjà archicomble. Vers 8h, soit deux heures avant le début de la cérémonie officielle, il n’y avait presque plus de place pour les véhicules des invités qui continuaient à affluer.

Les mesures de sécurité ont été également renforcées à l’intérieur du palais. Pour la première fois, les journalistes venus couvrir l’événement ont été priés de laisser leurs portables et leurs smartphones à l’entrée. «C’est inexplicable ! Je n’ai jamais vu cela par la passé», s’étonne un confrère qui avait l’habitude de venir couvrir des rencontres officielles dans cet endroit.

A l’intérieur de la salle, les premiers invités prennent place. Parmi eux, il y avait des soutiens du président déchu, Abdelaziz Bouteflika : Khaled Bounedjma, Tayeb Lahouari, Nouria Hafsi, Abdelaziz Belkhadem, Abdelaziz Ziari, Mohamed Alioui… Ils sont rejoints, quelques minutes plus tard, par l’ancien chef de gouvernement, Mokdad Sifi.

L’auteur d’une initiative de sortie de crise au début du hirak a pris place aux côtés de Abdelaziz Belkhadem. Absent des cérémonies officielles depuis des années, l’ancien membre du Haut comité d’Etat (HCE) dans les années 1990, Ali Haroun, a signé, lui aussi, sa présence à la cérémonie d’hier.

Un carré réservé aux militaires

Les candidats malheureux à la dernière présidentielle ont aussi honoré l’invitation. Le premier arrivé sur les lieux est le secrétaire général par intérim du RND, Azzedine Mihoubi. Ali Benflis, Abdelkader Bengrina et Abdelaziz Belaïd, eux, arrivent presque au même moment. L’autre fait saillant de cette cérémonie est la présence importante des militaires, en majorité des généraux. Ces derniers occupent un carré spécial au milieu de la salle, juste derrière le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, qui les a rejoints juste après l’arrivée du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, et de l’heureux élu, Abdelmadjid Tebboune.

Le premier fait son apparition à Club des Pins vers 10h05. Marchant difficilement sur le tapis rouge, comme on le voit sur un écran placé à l’intérieur de la salle, Abdelkader Bensalah est accueilli à l’entrée par, respectivement, le président du Conseil de la nation par intérim, Salah Goudjil, le chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah, le président de l’APN, Slimane Chenine, et le président du Conseil constitutionnel, Kamel Fenniche.

Le Président élu arrive, une dizaine de minutes plus tard, avec le même protocole. Les deux hommes n’ont fait leur apparition dans la salle des conférences que vers 10h30, sous les applaudissements de l’assistance. Et la cérémonie commence avec la prestation de serment du Président élu.

«Aidez-moi !»

Le premier à prendre la parole est Abdelkader Bensalah, qui prononce ainsi son dernier discours à ce poste de chef de l’Etat «auquel il n’était pas préparé», comme il l’avoue. Il cède juste après le pupitre au président, Abdelmadjid Tebboune, qui le remercie pour la «mission accomplie dans des conditions difficiles». Dans son intervention, ce dernier s’adresse au peuple «qui lui a fait confiance à l’occasion de la présidentielle qui a remis, dit-il, le pays sur la voie de la légitimité constitutionnelle et populaire». «C’est le fruit du hirak national», lance-t-il en adressant aussi ses remerciements aux «Algériens», «à l’Autorité des élections», «aux candidats» et surtout «au premier responsable de l’institution militaire, Gaïd Salah», qu’il a même honoré, à l’issue de la cérémonie, en lui décernant la médaille de l’Ordre du mérite national.

Dans son discours, le nouveau président de la République prend l’engagement de satisfaire «ce qui reste des revendications du mouvement populaire, conformément à la Constitution et aux lois». Pour cela, il lance un appel : «Aidez-moi et encouragez-moi si je suis sur la bonne voie. Corrigez-moi en revanche si je dévie du bon chemin.» «Nous sommes obligés de tourner la page de nos différences. Nous sommes tous des Algériens et il n’y a pas quelqu’un qui est supérieur à l’autre. Mettons la main dans la main pour bâtir la nouvelle Algérie», appelle-t-il, en insistant sur «la nécessité de définir les priorités en vue de réaliser les aspirations du peuple, consistant en un changement radical du système». Sur sa lancée, Abdelmadjid Tebboune prend aussi l’engagement de poursuivre «la lutte contre la corruption» et de mettre un terme «à la politique d’impunité et de la distribution arbitraire de la rente pétrolière».

Révision constitutionnelle : «Dans les prochaines semaines»

Poursuivant, il réitère, une nouvelle fois, son engagement de réviser la Constitution en définissant les délais. «Cette révision aura lieu dans les prochains mois, voire dans les prochaines semaines. Cette Constitution ne permettra le renouvellement du mandat présidentiel qu’une seule fois (un principe intangible dans l’actuelle Constitution, ndlr). Elle réduira aussi les prérogatives du Président», affirme-t-il. Abdelmadjid Tebboune promet aussi de garantir «le respect des droits de l’homme, la liberté de manifester et la liberté de la presse».

Comme chantier qu’il s’engage à ouvrir également, il y a celui de la «révision de la loi électorale pour permettre aux jeunes de prendre part aux joutes politiques et pour, surtout, criminaliser l’intervention de l’argent dans la politique». Le nouveau Président a sérié, ensuite, ses promesses électorales, tout en adressant une invitation officielle «aux hommes d’affaires intègres pour investir tous les créneaux d’activité afin de créer de la richesse».

Promettant de bâtir une économie forte, il affirme «ne pas tolérer la gabegie» et «ne recourir aux importations que des produits dont a véritablement besoin le pays». Le nouveau chef de l’Etat s’engage aussi à réformer le système fiscal et à supprimer l’IRG pour les revenus faibles.
Résoudre la problématique de la publicité

Toujours sur le plan social, il promet de valoriser le travail domestique et encourager les jeunes à fonder leurs propres entreprises. Abdelmadjid Tebboune fait aussi un clin d’œil à la presse, qu’il exhorte toutefois à faire son travail loin de tous les excès. «Je m’engage à résoudre la problématique de la publicité pour qu’elle bénéficie aussi à tous les titres et, particulièrement, à la presse électronique», explique-t-il. La problématique de la publicité institutionnelle, rappelons-le, a été posée depuis plusieurs années, voire depuis des décennies. Cette manne distribuée selon des règles non écrites a été, tout le temps, utilisée comme un moyen de pression sur les titres de presse qui refusent de se soumettre au diktat du pouvoir.

Les détenus et le dialogue zappés

Contrairement à sa conférence de presse de vendredi dernier, Abdelmadjid Tebboune a zappé carrément, dans son discours d’avant-hier, les deux questions qui font l’actualité nationale. Il n’a fait aucune référence à la question des détenus politiques et d’opinion, que la justice continue de condamner à des peines d’emprisonnement. Il ne renouvelle pas non plus son appel au dialogue qu’il avait lancé il y a quelques jours à l’adresse du hirak. Pourquoi ? On n’en sait rien.
La cérémonie d’investiture a été clôturée avec un ordre de «bannir dans le langage officiel le prédicat de ‘‘fakhamatouhou’’ (son excellence)» qui renvoie directement aux pratiques de l’ancien système, où ce mot en arabe est utilisé comme un passe-partout par tous les clients du système…



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